Port-Couvreux occupait le fond de la baie du Hillsborough, dans la partie la plus reculée du golfe des Baleiniers, sur la Grande Terre des Kerguelen. Ce hameau des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) est abandonné depuis 1931. Sa population était de 0 habitant en 2025.
Sur 1 600 moutons embarqués, environ 600 ont touché terre vivants.
À retenir
- Port-Couvreux a été fondé en 1900 sur les Kerguelen par les armateurs havrais Bossière pour l’élevage de moutons.
- Sur 1 600 moutons embarqués en 1913, seulement 600 ont survécu à la traversée et débarqué vivants.
- Le village a été définitivement abandonné en 1931 suite à une épidémie de béribéri sur l’île Saint-Paul qui a forcé l’évacuation du personnel.
Sommaire
Un pari calqué sur les Malouines
Tout commence en 1893, quand l’État accorde aux frères Henry et René-Émile Bossière une concession de 50 ans sur les Kerguelen. Les deux armateurs havrais étudient l’élevage ovin et fondent la Compagnie des Îles Kerguelen en 1900. Le projet reprend ce que les Britanniques avaient fait aux îles Malouines, c’est-à-dire installer une population permanente autour du mouton.
En 1912, le baron Pierre Decouz choisit le site, fait venir des moutons de Durban et effectue un premier hivernage. Le nom de Port-Couvreux date de 1915 : le Service hydrographique de la Marine l’a donné aux installations des Bossière, en hommage à Abel Couvreux, principal soutien de leur première expédition.
Le décor n’a rien d’un pâturage de carte postale. Le golfe des Baleiniers s’étend sur 37 km de long et jusqu’à 54 km de large, et le hameau se trouve à 49° de latitude sud, à peu près celle de Paris dans l’hémisphère nord. La comparaison s’arrête là : vents, pluie et isolement n’ont rien de parisien.
600 survivants, puis plus rien
En 1913, René Bossière embarque 1 600 moutons aux Malouines sur le voilier Jacques, qui quitte l’archipel le 10 juillet. Le navire atteint Port-Couvreux le 16 août, au terme d’une traversée agitée. Il ne débarque qu’environ 600 bêtes, soit un peu plus d’une sur trois, confiées à trois bergers logés dans un abri provisoire.
Un an plus tard, la guerre éclate.
En août 1914, les bergers sont évacués et les moutons restent seuls sur place. En 1920, on découvre que le troupeau n’a pas survécu. René Bossière revient et constate que tous les moutons sont morts et que les bâtiments sont endommagés.
Il laisse tout de même un berger, cinquante moutons et quelques porcs. De 1920 à 1927, les Bossière expédient d’autres animaux pour compenser une mortalité élevée.
Les familles du Havre, dernier acte
À la fin de 1927, trois familles havraises s’installent à Port-Couvreux. Les Ménager arrivent avec leur fille Léone, 12 ans, et les Le Galloudec avec leur fille Georgette, 9 ans. Le couple Petit complète la troupe.
Les nouveaux venus rénovent les bâtiments et montent une petite usine d’huile d’éléphant de mer. L’élevage, lui, périclite faute de pâturages suffisants. Des habitants meurent sur place, sans que les sources consultées en donnent le nombre. Au plus fort de l’occupation, le village compte une dizaine de personnes.
La fin vient de l’île Saint-Paul, à des milliers de kilomètres. Une épidémie de béribéri frappe la conserverie de langoustes des Bossière, et les derniers bergers de Port-Couvreux sont embarqués en urgence sur le navire parti porter secours au personnel. Wikipédia date l’évacuation de 1931, tandis qu’un hivernant qui a documenté les lieux situe l’épidémie en 1930.
La concession est retirée par décret en 1937.
Ce que le vent a laissé debout
Le site est aujourd’hui inhabité, mais pas effacé. On y voit les vestiges de l’usine, des enclos, la ferme et un petit cimetière entretenu par les TAAF. La cabane des bergers subsiste, enfermée dans un coffrage de tôles qui la protège depuis 2004. Des piquets de clôture jonchent encore le terrain, et sur la plage on trouve une chaudière qui servait à fondre le lard d’éléphant de mer.
Une tombe raconte pourtant une autre histoire que celle des Bossière. C’est celle du marin allemand Bernhard Herrmann, mort lors de l’escale du croiseur auxiliaire Atlantis en 1940. Le navire avait relâché aux Kerguelen pour se mettre à l’abri, et son équipage a enterré son camarade dans le cimetière du village abandonné.
Sources : alexauxkerguelen.blogspot.com | gettyimages.com


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