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Tout le monde est certain que seuls les singes se servent d’un outil pour se toiletter : au large de Vancouver, des orques cassent pourtant des algues géantes pour le faire à deux

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Les singes n’ont pas le monopole du toilettage à deux avec un accessoire. Dans la mer des Salish, entre la Colombie-Britannique et l’État de Washington, des orques résidentes du Sud (Orcinus orca ater) se frottent l’une à l’autre avec un morceau d’algue qu’elles ont elles-mêmes détaché. Une étude parue dans Current Biology rapporte la fabrication et l’usage répandus de ces outils de toilettage dans cette population. Elle date de juin 2025.

Le geste porte un nom : l’allokelping.

À retenir

  • Les orques résidentes du Sud du Pacifique Nord cassent des algues bull kelp et les utilisent à deux pour se toiletter mutuellement.
  • Ce comportement d’allokelping est le premier cas connu de cétacés qui fabriquent et utilisent des outils pour l’hygiène personnelle.
  • La population de moins de 80 individus risque de perdre cette tradition culturelle avec le déclin des algues géantes dû aux températures croissantes.

Sommaire

  1. Une algue, deux orques, un rouleau
  2. Près de 50 ans de suivi, et personne n’avait rien vu
  3. Soin de la peau ou ciment social : la question reste ouverte
  4. Une tradition qui dépend d’une algue en recul

Une algue, deux orques, un rouleau

La séquence est toujours à peu près la même. Les baleines façonnent de courts tronçons de tige de bull kelp (Nereocystis luetkeana) à partir de tiges entières, placent le morceau entre elles et leur partenaire, puis le font rouler le long de leurs corps. Un animal casse l’algue, la presse contre le flanc d’un congénère, et les deux la laissent glisser entre eux. Cela dure parfois longtemps.

Ce n’est pas une curiosité rare. Les chercheurs du Center for Whale Research l’ont observé dans tous les groupes sociaux, chez les deux sexes et à tous les âges, presque chaque jour de survol par drone.

Le choix de l’algue n’a rien d’anodin, à en croire Michael Weiss, directeur de recherche du Center for Whale Research. Il décrit la tige du bull kelp comme ferme mais souple, comparable à un tuyau d’arrosage rempli d’eau, avec une surface extérieure glissante. Il soupçonne que ces qualités en font un instrument de toilettage idéal. Un objet de brosse à dos, en somme, sauf qu’il pousse au fond de l’eau.

Près de 50 ans de suivi, et personne n’avait rien vu

Le plus déroutant, c’est le temps qu’il a fallu pour le remarquer.

Cette population figure parmi les orques les mieux étudiées du monde. Weiss parle de près de 50 ans d’observation attentive. Le comportement est resté invisible faute de résolution vidéo suffisante, et les images de drone recueillies depuis 2018 ont fini par le révéler.

Rachel John, étudiante de l’université d’Exeter et coautrice, en tire la même leçon. Elle note que de nouvelles découvertes restent possibles, même chez les animaux les mieux étudiés. L’étude est signée de Michael Weiss avec Darren Croft, de l’université d’Exeter.

Sur le plan scientifique, l’apport est net. Fabriquer et utiliser des outils est courant chez les animaux terrestres, mais plus rare chez les animaux marins. Chez les cétacés, les cas clairs d’usage d’outils se limitaient jusqu’ici à l’alimentation, et aucun n’impliquait de façonner un objet. Cette fois, les auteurs y voient le premier exemple connu de cétacés qui fabriquent et utilisent des outils pour se toiletter. Le recul s’impose pourtant : d’autres animaux marins se servent d’outils, à commencer par les loutres de mer avec leurs pierres. L’exclusivité tient au fait que l’objet est modifié et que l’usage est mutuel.

Personne ne sait encore à quoi sert vraiment ce rituel. Les hypothèses avancées vont de l’entretien de la peau à la baisse du stress, en passant par le renforcement des liens entre individus. Le bull kelp, comme d’autres algues brunes, possède aussi des propriétés antibactériennes et anti-inflammatoires qui pourraient s’ajouter aux bénéfices.

Ces pistes restent à démontrer. L’équipe travaille à confirmer ces premiers résultats et à étudier les bénéfices sociaux et cutanés du comportement. Un chercheur cité par le Smithsonian rappelle que baleines et dauphins ont plusieurs façons de se débarrasser de leur peau morte, et que l’allokelping pourrait en être une de plus.

Reste aussi à savoir si d’autres populations d’orques font la même chose.

Une tradition qui dépend d’une algue en recul

Le calendrier n’arrange rien. Le bull kelp recule dans l’habitat des orques résidentes du Sud à cause de la hausse des températures, ce qui pourrait menacer la persistance du comportement. La population, en danger critique, compte moins de 80 individus. Weiss juge ses perspectives « très sombres », le taux de naissances actuel ne suffisant pas à la maintenir sur le long terme.

Les auteurs formulent une hypothèse : l’allokelping serait un comportement culturel propre aux orques résidentes du Sud. Ils rappellent aussi que la « continuité culturelle » de ces animaux est un objectif clé de la loi canadienne sur les espèces en péril. Ils notent enfin que le frottement sur les plages des orques résidentes du Nord fait déjà l’objet de mesures de conservation, et que l’allokelping pourrait en justifier de semblables.

Sources : jpost.com | cell.com | thehill.com

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