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Tout le monde est certain qu’une pomme tombée au sol doit être ramassée au plus vite : dans un grand jardin royal anglais, on la laisse pourtant exprès jusqu’en plein hiver

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Au RHS Garden Wisley, dans le Surrey, au sud-ouest de Londres, une partie des pommes tombées reste volontairement au sol pendant tout l’automne et l’hiver. Ce n’est pas de la négligence : des relevés écologiques menés dans le verger ont conduit l’équipe à laisser une partie des fruits non cueillis. Paul Kettell, chef de l’équipe des cultures comestibles du jardin de la Royal Horticultural Society, l’explique sur le site de l’institution.

Le geste réputé propre, tout ramasser, appauvrit le jardin.

À retenir

  • Les pommes tombées nourrissent merles, grives et autres oiseaux migrateurs qui dépendent de cette ressource en hiver
  • Les fruits au sol offrent sucre et nutriments aux papillons, guêpes, fourmis et insectes décomposeurs
  • Il suffit de laisser les fruits abîmés loin des passages pour bénéficier de cet effet écologique sans inconvénient

Sommaire

  1. Un buffet de fin de saison pour les oiseaux
  2. Cidre, compost : ce que Wisley fait du reste
  3. Comment reproduire ça dans un jardin ordinaire

Un buffet de fin de saison pour les oiseaux

Merles noirs, grives musiciennes et grives draines vivent dans le verger toute l’année, et les fruits au sol font partie de leur menu. À l’automne, d’autres convives débarquent : les grives litornes et les grives mauvis, qui arrivent du nord pour passer l’hiver et qui, selon Paul Kettell, dépendent de cette ressource. Ces deux espèces hivernent aussi en France, où elles sont courantes. Un pommier de jardin français pourrait donc jouer le même rôle pour elles, à sa mesure.

Le buffet ne s’arrête pas aux plumes. Les pommes tombées sont aussi mangées par des mammifères, comme les blaireaux, les mulots et les campagnols.

Restent les insectes. Selon la RHS, ces fruits offrent un sucre de fin de saison aux papillons, aux guêpes, aux fourmis et à d’autres invertébrés. Et ce sont justement les pommes abîmées, en train de fermenter, que viennent chercher oiseaux et insectes, pas les plus belles du panier.

Cidre, compost : ce que Wisley fait du reste

Laisser des fruits au sol ne veut pas dire tout abandonner. Pour les pommes à cidre, Paul Kettell rappelle que la fermentation détruit les bactéries nocives : on peut donc les ramasser par terre et en faire du cidre. Le jardin en laisse pourtant une partie sur place, pour nourrir la faune et profiter au biome du sol. Le tri se fait donc en gardant une part pour le vivant, plutôt qu’en choisissant entre récolte et faune.

Trop de fruits dans le composteur, et l’odeur devient celle d’une brasserie.

La RHS décrit le mécanisme : ces déchets riches en azote se transforment en bouillie et se mettent à fermenter si on les entasse seuls. Il faut y mêler des matières ligneuses (carton, feuilles, fines tailles) pour équilibrer le mélange. Découper les fruits en morceaux accélère aussi la décomposition.

La précaution de bon sens tient en un mot : les guêpes. Les fruits laissés au sol sont à écarter des passages, de la terrasse, de la table du jardin et du chemin vers le potager. La Provence donne le même conseil : loin des zones de passage, ces fruits profitent à la faune du jardin, dont les insectes décomposeurs.

Pas besoin de tout laisser. Une partie suffit, celle qui a déjà pris des coups.

Sur les fruits visiblement malades, la RHS ne donne pas de consigne claire dans la page consultée. Dans le doute, le composteur, avec ses matières sèches, reste l’option la plus prudente pour ceux-là.

Le verger de Wisley n’a rien d’un potager de banlieue : la RHS le décrit comme une bibliothèque vivante de variétés fruitières, avec des collections de poires, de pommes, de prunes et de prunes de Damas particulièrement riches. Même là, où la récolte compte et où chaque variété est suivie, on a choisi de laisser au sol une partie des fruits.

Sources : facebook.com | yourweather.co.uk

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