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250 000 saumons retirés de plus de 50 rivières : la Norvège paie encore ce que l’URSS a lâché près de chez elle en 1956

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En 2023, la Norvège a posé des pièges dans le cours inférieur de plus de 50 rivières pour tuer le saumon rose avant qu’il ne ponde. Selon la NASCO, l’organisation intergouvernementale de conservation du saumon atlantique, environ 250 000 adultes ont ainsi été retirés. Ce poisson n’a rien de norvégien : il vient de lâchers volontaires menés en Russie, à quelques centaines de kilomètres de la frontière.

250 000 poissons, c’est plus de 3 Stades de France remplis.

À retenir

  • L’URSS a lâché du saumon rose dans la péninsule de Kola à partir de 1956 pour développer une nouvelle pêche.
  • En Norvège, cette espèce s’est reproduite naturellement et les populations explosent les années impaires, passant de 11 654 captures en 2017 à 361 548 en 2023.
  • La Norvège installe des pièges dans les rivières pour stopper le saumon rose avant la reproduction, mais certains franchissent les dispositifs et menacent le saumon atlantique.

Sommaire

  1. Un poisson du Pacifique lâché sur la péninsule de Kola
  2. Une explosion qui suit le calendrier
  3. Les pièges : ce qu’ils ont retiré, ce qu’on ignore encore

Un poisson du Pacifique lâché sur la péninsule de Kola

L’Union soviétique cherchait une pêche nouvelle. À partir de 1956, elle déverse du saumon rose (Oncorhynchus gorbuscha, dit « saumon à bosse ») dans les rivières de la péninsule de Kola et de la mer Blanche. Les introductions durent jusqu’en 1979, reprennent de 1985 à 1999 sous l’égide de la Russie, puis s’arrêtent.

Le poisson, lui, ne s’est pas arrêté. Des individus errants ont été signalés en Norvège, en Suède, en Écosse, en Irlande et en Islande. En Norvège, des populations se reproduisent désormais seules, ce que l’Agence norvégienne de l’environnement confirme, avec une migration de jeunes vers la mer documentée en 2024. Le saumon rose revient une année sur deux, les années impaires.

En Russie, c’est une ressource ; ailleurs, une espèce exotique ou invasive.

Une explosion qui suit le calendrier

Les chiffres de la NASCO racontent la montée en puissance. Les captures des années impaires (pièges, pêche en rivière, pêche côtière) passent de 11 654 en 2017 à 14 633 en 2019, puis à 151 437 en 2021 et 361 548 en 2023. En août 2021, le poisson remonte jusqu’à l’Akerselva, en plein Oslo, ce qu’avait relevé Aftenposten. La capitale découvrait ce que le Finnmark voyait déjà.

Dans le nord de la Norvège et en Finlande, la NASCO note que certaines rivières reçoivent désormais, les années impaires, plus de saumons roses que de saumons atlantiques. L’Institut norvégien de recherche sur la nature (NINA) a estimé à près de 580 000 le nombre de saumons roses présents dans les rivières et les zones côtières norvégiennes en 2023, dont 97 % en Finnmark.

Le saumon rose meurt après la fraie, et ses carcasses pourrissent dans des rivières qui sont celles du saumon atlantique. L’Agence norvégienne de l’environnement rappelle qu’un poisson arrêté à l’embouchure ne peut ni frayer, ni gêner la pêche de loisir, ni dégrader la qualité de l’eau en mourant. Le NINA range l’espèce dans la catégorie « très haut risque » de la liste norvégienne des espèces exotiques.

Les pièges : ce qu’ils ont retiré, ce qu’on ignore encore

Le principe est simple : le saumon rose est bloqué et retiré, tandis que les salmonidés sauvages continuent vers l’amont pour frayer. Le tri se fait le plus souvent à la main. Mais les grandes rivières résistent : dans la Tana, la plus grande rivière à saumon du nord de la Norvège, la sonar a indiqué qu’environ 170 000 saumons roses avaient franchi le dispositif en 2023, contre 7 666 capturés. Dans la Reisa, aucun piège n’avait été installé cette année-là, et environ 10 000 saumons roses s’y sont reproduits.

Le chiffre de 250 000 mérite une précision : l’Agence de l’environnement indique qu’il regroupe les pièges et d’autres mesures de lutte. Il ne s’agit donc pas uniquement de poissons piégés à l’entrée des rivières.

En 2025, l’État a financé des mesures dans plus de 60 rivières, soit le double de 2023. La NASCO fait état d’environ 161 000 saumons roses retirés en Norvège cette année-là, dont une part en baisse vers le nord-est, côté russe, et une hausse dans les régions plus à l’ouest. À Tana, un piège de 400 mètres a capturé près de 30 000 poissons et laissé passer environ 2 500 saumons atlantiques sauvages.

Le coût reste flou : selon un compte rendu de la réunion 2024 de la NASCO, le gouvernement avait alloué plus de 65 millions de couronnes norvégiennes à la lutte contre l’espèce. Sur l’effet du saumon rose sur son cousin atlantique, la NASCO reconnaît que très peu de recherches existent, et il serait abusif d’attribuer le recul du second au premier. À titre de comparaison, environ 323 000 saumons sauvages sont revenus frayer en Norvège en 2024, alors que 481 463 saumons roses avaient été capturés ou observés en 2023.

L’Agence norvégienne de l’environnement prévient que les effectifs peuvent varier fortement et de façon imprévisible. Elle estime que les poissons de 2025 descendent probablement de rivières où la remontée n’avait pas pu être stoppée en 2023. Et pour la Finnmark, où les captures ont baissé, elle juge « difficile à dire » si les pièges y sont pour quelque chose.

Source : environmentagency.no

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