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Sur les parois de la grotte de Lascaux s’étalent depuis 2001 des taches noires laissées par deux champignons qu’aucun laboratoire n’avait jamais décrits

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Quatre mois. C’est le délai entre la première application de biocides dans la grotte de Lascaux et l’apparition des premières taches noires. Ces taches, qui s’étalent depuis 2001 sur les parois, sont l’œuvre de deux champignons qu’aucun laboratoire n’avait décrits : Ochroconis lascauxensis et Ochroconis anomala. Pour la science, « décrire » une espèce veut dire lui donner un nom, documenter sa forme et lire son ADN. Cette description date de 2012, et l’étude qui la porte relie l’essor de ces champignons aux traitements censés protéger les peintures.

À retenir

  • Des taches noires apparaissent dans la grotte quatre mois après la première application de biocides.
  • Deux champignons inconnus, Ochroconis lascauxensis et Ochroconis anomala, ont été décrits en 2012.
  • Les taches noires doivent surtout leur couleur à la mélanine de ces champignons, sans traitement depuis 2008.

Sommaire

  1. Une moisissure blanche, puis 3 ans de biocides
  2. Deux espèces inconnues, décrites par leurs formes et leurs gènes
  3. De la mélanine, mais pas seulement
  4. Une grotte au repos, des taches sous surveillance

Une moisissure blanche, puis 3 ans de biocides

Lascaux, à Montignac en Dordogne, a été découverte en septembre 1940. Elle est fermée au public depuis 1963, soit plus de 60 ans, et classée à l’UNESCO depuis 1979. Ses peintures ont environ 18 000 ans, et c’est dans cet écrin isolé que la crise biologique s’est jouée.

En septembre 2001, une moisissure blanche due à Fusarium solani, associé à la bactérie Pseudomonas fluorescens, apparaît dans la grotte. La riposte est lourde : chaux vive, fongicide, antibiotique, puis des biocides appliqués pendant 3 ans, de 2001 à 2003.

Quatre mois après la première application, des taches noires apparaissent.

Elles s’étendent, et si l’étude date leurs débuts de 2001, une autre source situe leur apparition dans le Passage en 2006. En 2007, elles comptent parmi les problèmes majeurs de la grotte, avec des colonies d’environ 10 cm de diamètre dans le Passage, sous la voûte de la Nef, sur le Cheval barbu, les Cerfs nageant et la Grande vache noire. Dix centimètres, c’est à peu près la largeur d’une paume, posée sur des figures vieilles de 18 000 ans. De nouveaux biocides sont appliqués en janvier 2008.

Deux espèces inconnues, décrites par leurs formes et leurs gènes

L’équipe formée de Pedro Martin-Sanchez, Alena Nováková, Fabiola Bastian, Claude Alabouvette et Cesáreo Saiz-Jimenez publie en 2012 dans la revue Fungal Biology (volume 116, numéro 5, pages 574 à 589) la description des deux nouveaux venus. Elle s’appuie sur la morphologie des champignons et sur deux régions de leur génome, appelées ITS et RPB2. Ces deux portions d’ADN fonctionnent comme des codes-barres : comparées à celles d’espèces voisines, elles permettent de dire si l’on tient un champignon déjà connu ou une nouveauté.

Parmi les souches isolées dans les taches noires, les Ochroconis étaient abondantes. Elles formaient le principal groupe de champignons mélanisés, c’est-à-dire pigmentés de sombre.

Reste la question de l’origine. L’étude relie l’essor de ces champignons aux sources inhabituelles de carbone et d’azote apportées par les biocides, ce qui laisse penser qu’ils ont probablement profité des produits censés les combattre. Le lien est probable, pas démontré, et la nuance compte : une grotte est un milieu fermé où bien d’autres paramètres jouent.

Quant à O. anomala, elle n’apparaît que dans deux échantillons.

De la mélanine, mais pas seulement

Le noir vient de la mélanine du champignon, un mot qui désigne aussi le pigment de notre peau. Une étude parue dans Science of the Total Environment en 2013 désigne O. lascauxensis comme le principal agent des taches noires. Sur ce calcaire, les marques résultent donc surtout de l’accumulation de pigment fongique, bien plus que d’une simple poussière sombre qu’on pourrait épousseter.

Les champignons n’agissent pas seuls. Des déjections de collemboles, notamment de l’espèce Folsomia candida, participent aussi aux taches, d’après une étude du Journal of Raman Spectroscopy publiée en 2012.

Une grotte au repos, des taches sous surveillance

En 2008, les traitements chimiques cessent et la grotte est mise au repos. Les sources divergent sur le mois exact, juillet pour l’une, automne pour l’autre, mais pas sur l’année.

Depuis, la presse des années 2019 à 2023 parle de taches stabilisées. Les équipes procèdent à un grattage manuel, sans retour aux biocides. Aucun bilan officiel récent n’a pu être retrouvé, ce qui invite à la prudence sur l’état exact des taches aujourd’hui.

Sur un cerf, une tache laissée sans traitement a régressé d’elle-même.

Le journal suisse Le Temps l’a rapporté en 2023, et l’observation donne du crédit à la stratégie du repos. Mais le chapitre n’est pas clos : en 2022, une étude publiée dans Microorganisms (volume 10, article 2449) a retrouvé des Ochroconis, genre rebaptisé Scolecobasidium, dans de nouvelles zones sombres de l’Abside.

Sources : archive.francesoir.fr | nature.com

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