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Dans les Landes se dressaient dès 2009 des murs de pins couchés par Klaus que les forestiers arrosaient jour et nuit au lieu de les laisser sécher

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Vus du ciel, ces stocks ressemblaient à des immeubles, à des paquebots, à d’interminables murs de bois, selon Sud Ouest qui revenait sur l’épisode dix ans plus tard. Ils étaient faits de pins maritimes couchés par la tempête Klaus en janvier 2009, tronçonnés puis arrosés sans interruption. Le but était d’empêcher le bois de sécher, car un bois gorgé d’eau échappe aux champignons et aux insectes.

Arroser du bois mort, l’idée surprend.

À retenir

  • Le stockage sous aspersion gorge le bois d’eau pour bloquer champignons et insectes.
  • Le massif des Landes a perdu 39 millions de m³ de bois lors de la tempête Klaus.
  • Le prix du pin maritime a chuté de près de 60 % après la tempête.

Sommaire

  1. Une nuit de janvier, 39 millions de m³ au sol
  2. Comment garder un tronc humide pendant des mois
  3. Un marché saturé, un prix qui s’effondre

Une nuit de janvier, 39 millions de m³ au sol

Klaus se forme le 23 janvier 2009 et se dissipe le 25, avec des rafales maximales de 216 km/h. Pour le seul massif des Landes de Gascogne, 39 millions de m³ de bois ont été abattus, soit quatre fois la récolte annuelle. À l’échelle du pays, le total grimpe à 45 millions de m³, contre 32 millions en 1999. Le coût pour la France a été estimé à 1,2 milliard d’euros.

L’État, l’Europe et la région Aquitaine ont réuni un plan chablis de 857 millions d’euros. Sur cette enveloppe, 355 millions étaient réservés à la mobilisation des bois, et 502 millions à la reconstitution de 204 000 hectares de forêt, soit près de 20 fois la superficie de Paris intra-muros.

Première urgence, dégager les routes. Dans les Landes, il fallait rouvrir les 28 000 km de pistes forestières du département. Venait ensuite le nettoyage des parcelles, indispensable contre le risque d’incendie, un chantier colossal puisque presque 30 millions de mètres cubes ont été sortis puis exploités pendant les deux années d’évacuation, 2009 et 2010.

Le principe de l’aspersion tient à la physique du bois. Selon un responsable de la Société forestière cité par L’Usine Nouvelle, il faut gorger le bois d’eau pour en chasser l’oxygène, ce qui prive de vie les organismes qui le dégradent. La première aire ouvre en mars 2009 à Mimizan, et la noria de camions démarre à Solférino à l’été 2009, avec jusqu’à 185 camions par jour.

Deux mois, jour et nuit, d’abord.

À Solférino, la plus grande aire de stockage de France s’étendait sur 45 hectares et abritait 740 000 tonnes de bois issues de Klaus. Les canons d’arrosage, d’un débit de 136 m³ par heure, se déclenchaient deux mois d’affilée, jour et nuit. Venait ensuite un cycle de 3 heures d’arrosage pour 3 heures d’arrêt, surtout valable en été, l’arrosage étant interrompu en hiver jusqu’en mars. L’eau retournait vers des bassins de réserve, avec une perte estimée à 10 %.

Tout le bois ne passait pas sous les canons. Selon la notice de l’INA consacrée à la tempête, une grande partie des pins était exportée en Allemagne et en Autriche comme bois d’énergie, tandis que les plus beaux étaient stockés. Fin octobre 2010, 7 à 8 millions de tonnes se trouvaient sur 21 aires aménagées avec aspersion.

Le procédé avait ses limites, et les photos le montrent. Wikipédia publie un cliché de filaments d’armillaire développés sur des rondins de pins maritimes stockés sous aspersion après Klaus, au bout de trois ans de stockage. Ce champignon, parasite bien connu des forestiers, rappelle que l’arrosage retarde la dégradation sans l’abolir. Mon avis : c’est un sursis très bien utilisé, pas une conservation illimitée.

Un marché saturé, un prix qui s’effondre

Quand 39 millions de m³ tombent d’un coup sur un massif dont la récolte annuelle est dix fois moindre, le marché ne suit plus. Selon The Conversation, le prix du pin maritime a chuté de près de 60 % après Klaus, avec un cours proche de zéro en 2009 et 2010. Stocker revenait à retirer du bois du marché pour éviter que l’offre n’écrase tout. Les objectifs affichés du plan de l’État étaient d’accroître les volumes mobilisés, de mettre le massif en sécurité face aux incendies et de soutenir les cours des bois sur pied.

En 2018, le mètre cube valait environ 50 €, contre 25 € en 2005.

The Conversation rattache cette logique de stockage aux deux tempêtes successives, celle de 1999 puis celle de 2009. Chaque catastrophe a laissé aux forestiers landais un apprentissage technique sur la manière d’absorber un choc de cette taille.

Tout n’a pourtant pas été réglé en 2010. Dans une question écrite à l’Assemblée nationale datée d’avril 2011, un parlementaire affirmait que les volumes détruits par les scolytes dépasseraient 6 millions de m³, près d’une année d’exploitation, et que l’effet cumulé des scolytes et de Klaus se traduirait par la perte de 250 000 hectares sur un million avant 2009. Ces chiffres sont ceux d’un élu et non d’un bilan officiel, mais ils montrent que les murs de bois arrosés n’étaient qu’une des batailles menées dans le massif landais après la tempête.

Sources : klaus-landes.over-blog.com | fr.wikipedia.org | landes.gip-ecofor.org

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