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Dans les calanques de Marseille vivait encore vers 1945 un animal de 315 kg dont des chercheurs d’Aix-Marseille étudient aujourd’hui le retour

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L’animal de 315 kg, c’est le phoque moine de Méditerranée, Monachus monachus de son nom savant (Hermann, 1779). Vers 1945, les derniers individus des calanques de Marseille ont été tués, en grande partie par des pêcheurs. Aujourd’hui, une équipe d’Aix-Marseille Université étudie ce que supposerait son retour sur les côtes françaises.

Précision d’emblée : aucune observation récente n’a été vérifiée en France.

Sur la liste rouge de France métropolitaine, l’espèce figure comme « Éteinte à l’état sauvage ». La fiche de l’Office français de la biodiversité (OFB) indique qu’elle n’est plus présente dans les eaux françaises, mais qu’elle pourrait regagner son ancienne aire méditerranéenne. Au niveau mondial, l’UICN la classe « Vulnérable ». Entre 260 et 415 individus subsisteraient en Europe selon l’UICN, un chiffre repris par la Fondation de la Mer, qui n’inclut pas les colonies atlantiques de Madère et de Mauritanie. Même la fourchette haute tiendrait dans un grand amphithéâtre universitaire.

À retenir

  • Le phoque moine a disparu des calanques de Marseille vers 1945.
  • L’espèce est classée « Éteinte à l’état sauvage » sur la liste rouge de France métropolitaine.
  • Entre 260 et 415 individus subsisteraient en Europe selon l’UICN.
  • Le programme B3M, porté par Daniel Faget, étudie l’acceptabilité de son retour sur les côtes françaises et italiennes.

Sommaire

  1. Un géant de 2,8 mètres qui mettait bas dans les grottes
  2. Des îles d’Hyères à Scandola, l’effacement d’une espèce
  3. Cosquer, ou les phoques peints il y a 19 000 ans
  4. Ce que cherchent les chercheurs d’Aix-Marseille

Un géant de 2,8 mètres qui mettait bas dans les grottes

Le phoque moine pèse de 250 à 315 kg pour 2,3 à 2,8 m de long, soit à peu près la longueur d’un canapé d’angle. Il vit en colonies de 2 à 20 individus.

Les femelles mettent bas dans des grottes, et la fiche de l’OFB situe le pic des naissances entre septembre et novembre. Ce détail pèse lourd dans l’histoire locale. Une espèce qui dépend de cavités littorales discrètes supporte mal les dérangements, la fréquentation croissante des côtes et la perte de ses plages de mise bas, trois pressions qui se sont ajoutées à la chasse.

Des îles d’Hyères à Scandola, l’effacement d’une espèce

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, l’animal était présent de la Cerdagne à Nice. Les colonies se sont maintenues le plus longtemps aux îles d’Hyères et dans les calanques. Selon une étude publiée dans la revue Mammalia en 1980, la reproduction y cesse vers 1930-35.

Les dates de disparition qui circulent sont des repères, pas des certitudes : vers 1935 pour Hyères, vers 1945 pour les calanques, où les derniers individus sont tués par des pêcheurs. Une source secondaire place pourtant le dernier phoque d’Hyères tué dans les années 1940, avec des observations jusque dans les années 1950. Pour la Corse, la même source évoque un dernier animal vu en 1973, ce qui reste cohérent avec la date de 1975 que l’on retient habituellement. La chasse n’explique pas tout, mais elle a donné le coup de grâce.

En Corse, sur la côte ouest autour de Scandola, la chute devient brutale vers 1970. L’espèce y disparaît presque totalement moins de 5 ans plus tard, soit vers 1975.

Dans les calanques, une dizaine d’années séparent la fin de la reproduction du dernier animal tué.

Cosquer, ou les phoques peints il y a 19 000 ans

À Marseille, la relation entre l’humain et le phoque ne date pas d’hier. La grotte Cosquer, ouverte dans la calanque de la Triperie, s’atteint aujourd’hui par une entrée située à 37 m sous la mer. Elle a été fréquentée de 33 000 à 19 000 ans avant le présent.

Les animaux figuratifs datent surtout de la phase la plus récente, il y a environ 19 000 ans. Parmi les 16 animaux marins recensés, 9 sont des phoques. Un phoque gravé est barré d’un trait que l’on interprète comme un possible projectile, et une gravure d’« homme tué » porte une tête de phoque.

Ces images ne prouvent pas une chasse systématique, et personne ne devrait les lire comme telles. Elles montrent que l’animal comptait assez pour être représenté, peut-être craint, peut-être convoité, dans un lieu où il fallait déjà nager ou longer des couloirs pour entrer. Les chercheurs avancent d’ailleurs ces lectures avec prudence, car une gravure se prête à plusieurs interprétations.

Ce que cherchent les chercheurs d’Aix-Marseille

Le programme B3M (Back to the Mediterranean Monachus monachus, AMU/Pelagos) est porté par l’équipe de Daniel Faget, d’Aix-Marseille Université, du CNRS et du laboratoire TELEMMe. Elle travaille sur la présence historique du phoque moine et sur l’acceptabilité de son retour sur les côtes françaises et italiennes. Le projet est actif depuis 2025.

Le constat de Daniel Faget n’a rien de triomphal. « Sur les côtes françaises, nous ne sommes pas prêts pour accueillir à nouveau des phoques moines. » Il faudrait, selon lui, laisser à l’animal de l’espace pour vivre à l’abri des regards, ce qui touche autant la plaisance que la pêche et l’aquaculture.

Les résultats historiques paraissent dans la Revue d’histoire moderne & contemporaine (2026/2, n° 73-2, p. 61-84), sous le titre « Le moine au travail », signé notamment par Hugo Vermeren. Le public marseillais a pu en discuter lors d’un bar des sciences organisé le 17 décembre 2025, avec Daniel Faget, Anne-Sophie Tribot et Hugo Vermeren.

Le volet de terrain se déroule loin de Marseille. La Fondation de la Mer déploie depuis octobre 2025 un programme avec l’association grecque Kosamare, l’Université d’Aix-Marseille et l’Université de Thessalonique. Il repose sur la photo-identification, une méthode qui permet de reconnaître chaque animal à ses marques, en mer Ionienne, en Grèce. Ces données aident à comprendre comment vit une population encore présente, et donc ce qu’il faudrait protéger ailleurs.

Sur la côte corse, un nom de lieu a survécu à l’animal : la « grotte des veaux marins », près de Calvi.

Sources : coulisses-tv.fr | subaqua.ffessm.fr

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