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« Le Canada est de retour. » En lançant cette phrase à la conférence énergétique CERAWeek, à Houston, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Tim Hodgson, envoie un message aux plus de 10 000 participants de 85 pays différents. Les entreprises ont la même impression, mais ajoutent toujours un « mais ».
Le PDG de Shell, Wael Sawan, est parmi ceux qui ont relevé le changement de ton du gouvernement fédéral en matière d’énergies fossiles. Sur la scène de cette énorme conférence énergétique, il se réjouit d’avoir investi dans le projet de gaz naturel liquéfié LNG Canada, en Colombie-Britannique, alors que ce marché du GNL subit les contrecoups du conflit au Moyen-Orient.
Parmi les avantages de ce projet, il cite un gouvernement qui soutient désormais les possibilités d'investissement majeures dans la chaîne de valeur du GNL.
Pour Tim Hodfson, ce genre de commentaires fait plaisir à entendre. Je pense que, lorsqu'on se trouve ici, à la CERAWeek, on constate un niveau d'intérêt pour le Canada que l'on n'avait pas vu depuis une décennie, souligne-t-il en entrevue.
C’est une véritable occasion, et je pense que 2026 sera l'année où nous saurons en tirer profit.
Le PDG de TC Énergie, François Poirier, observe aussi un regain d’intérêt pour le Canada. Le conflit au Moyen-Orient et l’ébranlement des marchés énergétiques qui en résulte forcent de nombreux pays à diversifier leur source d’approvisionnement.
Nous constatons déjà une reprise du dialogue et de l'intérêt de la part des acheteurs de GNL et des investisseurs internationaux sur le rôle que le Canada peut jouer, affirme-t-il.

Le PDG de TC Énergie, François Poirier, participe à une table ronde sur les infrastructures énergétiques en Amérique du Nord.
Photo : Grant Miller Photography
Le dialogue désormais positif avec le gouvernement fédéral l’encourage.
La politique a beaucoup évolué, ils ont bien compris l'importance du secteur énergétique. [...] Alors, ce qu'on attend en ce moment, c'est du progrès du côté de l'exécution de permis, de l'attraction d'investissement d'investisseurs globaux au Canada, souligne-t-il toutefois.
Du concret attendu
Son concurrent Enbridge exprime les mêmes réserves. Selon le président des pipelines de liquides, Colin Gruending, les conditions réglementaires au Canada ne sont pas encore assez bonnes pour que son entreprise envisage d’investir dans le projet d’oléoduc de l’Alberta vers la Colombie-Britannique.
Il y a de nombreuses occasions d’investissement pour approvisionner la société en énergie. [...] C'est un projet de très grande envergure. Nous recherchons donc véritablement un ensemble de conditions qui favorisent l'investissement, fait-il valoir.

Colin Gruending apprécie l'approche collaborative du gouvernement fédéral, mais dit qu'il reste du travail à faire.
Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette
La réglementation sur l’électricité propre et le moratoire sur les navires pétroliers au large des côtes nécessitent encore des négociations avec le gouvernement fédéral, selon M. Gruending.
Lors d’une table ronde avec d’autres acteurs canadiens, il ajoute que le Canada poursuit une stratégie différente des États-Unis, à savoir une politique énergétique qui inclut la performance environnementale, l’intensité des émissions et la réconciliation avec les peuples autochtones.
Tout cela complexifie l'équation et la rend plus difficile à résoudre, observe-t-il.

Emmanuelle Toussaint participe à la conférence CERAWeek pour la deuxième fois.
Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette
L’hésitation n’est pas que du côté pétrolier et gazier. La PDG de l’Association minière du Québec, Emmanuelle Toussaint, qui participe aussi à la conférence, ressent la même ambivalence vis-à-vis de la politique énergétique du gouvernement fédéral.
Définitivement, je pense qu'on voit vraiment un vent de changement. Le secteur minier est vraiment mis à l'avant-plan depuis à peu près un an du côté du fédéral, explique-t-elle. Mais oui, il y a des mesures qui sont attendues. Entre autres, c'est vraiment d'avoir une meilleure efficacité administrative et réglementaire. C'est quelque chose qui revient continuellement.
Le processus de la découverte d’un gisement à la production d’une mine peut prendre plus de 10 ans, souligne-t-elle, alors que la transition énergétique a créé une véritable course à l’exploitation des minéraux critiques.
Elle attend des avancées pour diminuer le dédoublement des réglementations provinciales et fédérales ainsi que dans la construction d’infrastructures nécessaires au développement minier. Elle ajoute que la création du Bureau des grands projets est également un progrès, tout en ajoutant : On n'a pas encore vu nécessairement de concret. Quinze projets ont été soumis jusqu'à maintenant à ce Bureau.
Je pense qu'il y a beaucoup d'éléments qui ont été annoncés, mais il y a encore énormément de travail à faire pour que ça se concrétise.
Selon Mme Toussaint, ce travail est d’autant plus important que le Canada ne doit pas seulement rattraper son retard, mais aussi soutenir le rythme accéléré de concurrents européens et américains.


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