Le 29 septembre 1872, il y a 154 ans jour pour jour, la frégate Danaé touche Nouméa. Elle avait quitté Brest le 3 mai avec le premier convoi de communards à destination de la Nouvelle-Calédonie. Vingt convois suivront jusqu’en 1878, pour un peu plus de 3 800 personnes.
Une partie d’entre elles finira sur l’île des Pins.
C’est James Cook qui a donné son nom à cette île du Pacifique, en raison de l’abondance de ses pins colonnaires. Un siècle plus tard, la France y installe une colonie pénitentiaire dont les ruines sont aujourd’hui recouvertes par la végétation tropicale.
À retenir
- La loi du 23 mars 1872 désigne la Nouvelle-Calédonie comme terre de déportation pour les insurgés de la Commune.
- Plus de 3 800 communards sont envoyés en Nouvelle-Calédonie répartis dans trois lieux selon leur régime : île des Pins, presqu’île Ducos et île Nou.
- Le château d’eau d’Ouro et le canal de 5 km creusé par les déportés subsistent toujours sur l’île des Pins, tandis que cellules et murs disparaissent sous la végétation tropicale.
Sommaire
Une loi, trois lieux d’exil
La loi du 23 mars 1872 désigne la Nouvelle-Calédonie comme terre de déportation pour les insurgés de la Commune. Le texte distingue trois régimes, donc trois destinations. La déportation simple envoie à l’île des Pins, la déportation en enceinte fortifiée à la presqu’île Ducos, près de Nouméa. Les condamnés aux travaux forcés vont au bagne de l’île Nou.
La traversée compte déjà comme une peine. Les déportés voyagent enfermés dans de grandes cages et n’en sortent qu’une trentaine de minutes par jour. Le Danaé ouvre la série, la Virginie embarquera Louise Michel un an plus tard.
Ouro, la colonie des déportés simples
À l’île des Pins, l’administration investit le sud-ouest dès 1872 et laisse l’est aux Kunié, les habitants de l’île. La colonie est découpée en cinq « communes » : Ouro, Koéville, Ouamen, Ouaméo et la « Cinquième », dite camp des Arabes, où furent placés des Kabyles condamnés après l’insurrection de 1871 en Algérie. Les déportés simples peuvent circuler dans un rayon de 25 km. Beaucoup vivent pourtant dans la misère.
Sur place, tout n’a pas disparu. Le château d’eau d’Ouro, bâti en 1874-1875, fonctionne toujours, et il a été rénové en 2005 pour les Journées du patrimoine. Le canal de 5 km creusé par les déportés court encore à flanc de colline, du captage de la Ouinteureu jusqu’à Ouro, même si l’eau provient désormais directement du captage. Le reste, cellules et murs, se laisse mordre par la végétation.
Le « cimetière des déportés », près d’Ouro, garde des centaines de tombes, presque toutes anonymes, et une stèle blanche en forme de pyramide. Il a été restauré en 1968 par l’association Les Amis de la Commune, ce qui explique qu’il ne ressemble plus tout à fait à son état d’origine.
Louise Michel, elle, n’était pas ici mais à Ducos.
Ducos, les évadés et Louise Michel
La confusion est fréquente, entretenue jusque dans les noms de rues parisiennes. Sur la presqu’île Ducos, à Nouméa, les déportés vivent en enceinte fortifiée, un régime plus dur que celui de l’île des Pins. Gustave Kanappe y compte encore 550 communards en février 1879. Louise Michel, embarquée sur la Virginie le 9 août 1873, y débarque le 13 décembre de la même année, apprend une langue kanak et prend le parti des Kanak lors de la révolte de 1878.
Certains n’ont pas attendu l’amnistie. En 1874, six déportés s’évadent, dont le journaliste Henri Rochefort, François Jourde et Paschal Grousset. L’épisode fit du bruit bien au-delà du Pacifique.
Le retour, par étapes
La loi d’amnistie partielle du 3 mars 1879 ouvre les portes. Environ 2 000 déportés rentrent dès l’automne 1879. Une seconde loi, celle du 11 juillet 1880, met fin à la déportation.
Le 9 novembre 1880, Louise Michel descend enfin à la gare Saint-Lazare.
Les historiens ne s’accordent pas sur tous les chiffres : plus de 3 800 déportés en Nouvelle-Calédonie selon les travaux de Tillier, 3 000 pour la seule île des Pins selon d’autres sources, et aucun bilan fiable des morts. Le site a continué de servir jusqu’en 1909 pour des bagnards condamnés à la transportation et à la relégation. Aujourd’hui, l’île des Pins, surnommée « l’île la plus proche du paradis », compte 2 037 habitants (recensement 2019).
Sources : persee.fr | commune1871.org


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