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Procès pour le meurtre Reeyaz Habib : la Couronne assemble les dernières pièces du puzzle

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La Couronne a terminé jeudi la présentation de sa preuve au procès du couple accusé du meurtre de Reeyaz Habib, survenu en 2023. L’accusation a ainsi assemblé les dernières pièces du casse-tête pour démontrer le modus operandi des suspects. Khoa Tran fait face à une accusation de meurtre non prémédité, tandis que son épouse, Quynh Nguyen, est poursuivie pour complicité après les faits et outrage à un cadavre. Le corps du cinéaste de 53 ans avait été découvert dans le compacteur à déchets de leur complexe résidentiel.

Le dernier témoin à charge est le détective Theepan Vilvanathan de la police de Toronto, qui a analysé toutes les caméras de surveillance du complexe des accusés et de la victime dans le quartier Liberty Village.

La Couronne projette les vidéos sur grand écran pour le jury, tandis que le détective explique les images de façon chronologique avant et après la découverte du cadavre de la victime au sous-sol du complexe.

Reeyaz Habib.

Selon la police, Reeyaz Habib a été tué le 6 juin 2023 et son corps a été retrouvé emmailloté dans des serviettes et des couvertures deux jours plus tard dans un compacteur à ordures. (Photo d’archives)

Photo : Service de police de Toronto

Le procès a pour l’instant montré que Reeyaz Habib se plaignait souvent de la fumée et des odeurs du barbecue du couple Tran-Nguyen qui vivait sous son appartement.

La Couronne croit que les accusés ont tué la victime chez elle, dans la nuit du 6 juin 2023, avant de nettoyer son logement et de se départir de son corps dans les ordures dans le garage souterrain.

Chronologie des événements

Le détective montre d’abord la victime en vie, le 1er juin, dans le gymnase du quartier, dont il était membre.

On voit Reeyaz Habib en tenue de sport avec une casquette blanc et orange décorée du logo d’une école de cinéma de Californie, où il a étudié durant deux ans de 2019 à 2021. On le revoit le jour suivant à bicyclette, toujours avec la même casquette.

Aucune image de la victime les 3 et 4 juin, mais la caméra d’en face filme la façade de son appartement.

Le soir du 5 juin, à 21 h 40, les lumières dans la résidence du cinéaste sont allumées. Le matin du 6 juin, juste avant l’aube, à 4 h 13, elles sont éteintes.

Un complexe de logements en copropriété dans Liberty Village à Toronto.

Reeyaz Habib habitait au 26, rue Western Battery, dans ce complexe de logements en copropriété. Khoa Tran et Quynh Nguyen vivaient dans l’appartement en dessous du sien. (Photo d’archives)

Photo : Google map

L’après-midi du 6 juin, à 14 h 38, un objet difficilement identifiable apparaît dans l’une des fenêtres du logement avant de disparaître quelques heures plus tard. Un gros plan montre que les fenêtres du dernier étage sont cette fois ouvertes.

Le détective fait remarquer que, dans l’après-midi du 7 juin, les fenêtres sont maintenant fermées et qu’un drap a été posé sur la fenêtre de l’étage inférieur, là où un objet était apparu la veille.

En s’attardant sur ces détails, la Couronne laisse entendre que les accusés étaient dans le logement de la victime après sa mort. Le cinéaste est porté disparu et son corps ne sera retrouvé que le lendemain, le 8 juin.

Le détective attire l’attention du jury sur deux bicyclettes, qui sont cadenassées à la rampe des escaliers menant aux appartements des accusés et de la victime.

On comprend qu’il s’agit de la même bicyclette que l’on a aperçue dans le trafic le 2 juin.

Une façade de logements en rangée dans Liberty Village à Toronto.

Les accusés et la victime habitaient dans des logements en rangée semblables à ceux-là, mais aux numéros 217 et 218.

Photo : Google map

Il projette alors une vidéo de la caméra de surveillance du garage datée du 8 juin à 4 h 30 du matin. On y voit une personne d’intérêt de taille moyenne habillée en noir en train de pousser une chaise à roulettes noir et blanc, dit-il en relevant que l’individu porte une casquette blanc et orange avec un logo.

Le détective mentionne que la clef magnétique de la victime pour accéder au garage a été utilisée le même matin entre 3 h 55 et 4 h 55.

Un autre vidéo, provenant d’une caméra extérieure cette fois, montre ensuite la même personne d’intérêt traversant à 6 h 15 du matin l’allée du complexe avec un sac-poubelle.

Elle porte toujours la même casquette et elle revient les mains vides. Elle enlève sa casquette pour se gratter les cheveux.

À 6 h 20, le même jour, une caméra filme le même individu en train de rouler à bicyclette dans le complexe. Il s’est changé et rasé; il porte maintenant un chandail noir et un pantalon gris, mais il n’a plus la casquette sur la tête.

Une autre caméra le surprend, ensuite, en train de jeter, à bout de bras, le vélo dans un conteneur à l’extérieur du complexe. L’individu retourne chez lui à pied.

Une caméra du complexe le montre quelques minutes plus tard avec un sac d’ordinateurs qu’il va aller déposer dans le même conteneur à 6 h 53 du matin.

À 7 h 38, le détective relève que l’un des vélos n’est plus attaché à la rampe.

Une entrée de garage souterrain dans un complexe de logements en copropriété.

L’entrée du garage souterrain du complexe de logements en copropriété dans lequel se trouvait le compacteur à ordures dans l’aire réservée aux déchets. (Photo d’archives)

Photo : Google Maps

La Couronne projette ensuite la vidéo de la caméra qui a capté l’éboueur Brando Banatao, le matin du 8 juin, en train de tirer avec un tracteur de grands bacs à ordures sur roulettes qu’il mène vers le compacteur à déchets.

Un gros plan sur l’image dévoile une chaise noir et blanc accotée contre le mur devant lequel M. Banatao passe avec son chargement.

L’information est cruciale dans la mesure où une inspectrice de police a révélé, hier, dans son témoignage, qu’elle avait vu la même chaise à bureau dans le logement des accusés lorsqu’elle leur a rendu visite à la fin juin.

Le détective confirme à la fin de son témoignage que l’individu et la personne d’intérêt sont bien Khoa Tran.

Début du témoignage de l’accusé

Avant d’appeler son client à la barre des témoins, la défense s’est adressée au jury. Mon client n’est pas obligé de témoigner à son procès, déclare l’avocat Liam Connor d’entrée de jeu.

Libre à vous d’accepter ou de rejeter une partie ou tout son témoignage, poursuit-il.

La Couronne prétend qu’il est un meurtrier, mais je n’en suis pas convaincu, ajoute-t-il en rappelant qu’il n’est convaincu que de deux choses.

Les jurés auront droit aux meilleures instructions qui soient du juge et ils entendront des arguments juridiques.

Khoa Tran assis sur un banc dans un parc.

Khoa Tran a commencé à témoigner jeudi. (Photo d’archives)

Photo : Instagram

Khoa Tran explique qu’il est né au Vietnam il y a 36 ans, que son père y était médecin et sa mère, infirmière.

La guerre du Vietnam a forcé mon père à trouver refuge en Thaïlande, avant d’immigrer au Canada, dit-il.

Il mentionne qu’il avait 5 ans lorsque son père a fait venir au pays sa mère, son frère aîné et lui, après avoir économisé assez d’argent en Alberta.

Il souligne qu’il a eu une enfance normale, qu’il était doué à l’école, que leur vie s’est améliorée, même si ses parents ne pouvaient plus travailler dans le même domaine.

L’accusé précise qu’il obtient un diplôme en biologie de l’Université de Calgary en 2013.

La santé de ma grand-mère atteinte de démence m’a persuadé d’étudier la neurologie, confie-t-il en ajoutant qu’il a poursuivi ses études l’année suivante à la maîtrise à l’Université de Guelph.

Khoa Tran souligne que Toronto est la capitale de la recherche médicale, mais qu’il n’a pas les moyens pour y vivre.

Il fait alors un détour par Windsor pour vivre avec deux amis qui l’initient à l’informatique. Il devient programmeur.

Quynh Nguyen et Khoa Tran.

Khoa Tran fait face à une accusation de meurtre non prémédité, tandis que son épouse, Quynh Nguyen, est poursuivie pour complicité après les faits et outrage à un cadavre. (Photo d’archives)

Photo : Facebook

Il arrive en 2016 à Toronto, où il peut vivre grâce à l’argent qu’il a économisé à Windsor. Il travaille à forfait pour différentes compagnies, où il affine ses talents d’informaticien.

Il travaille de 10 à 16 heures par jour à fabriquer notamment des logiciels, des systèmes informatiques et des banques de données.

Khoa Tran explique qu’il retourne voir ses parents à Calgary une fois par an. Il y rencontre alors sa future femme en 2017. Il l’invite à vivre avec lui à Toronto à la fin de ses études en comptabilité.

Ils se marient et emménagent en 2019 dans le complexe de Liberty Village après avoir vécu dans un sous-sol pendant un an. Le couple y achète un logement en copropriété.

Khoa Tran explique qu’ils veulent un enfant, mais que sa femme l’encourage à réaliser son rêve de retourner dans le domaine de la neuroscience et de l’intelligence artificielle.

Il tente de développer pour le soin d’une compagnie en biotechnologie un logiciel pour réduire les coûts de santé au Canada.

Le projet échoue faute d’investisseurs. Son témoignage se poursuivra vendredi matin.

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