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De nombreux patients de la clinique dentaire de Brantford, dans le sud de l’Ontario, vivent actuellement dans la peur et l’inquiétude après avoir reçu, dans les dernières semaines, une lettre de la Santé publique de Grand Erie (SPGE) les incitant à se faire dépister pour l’hépatite et le VIH.
Lyn Portelli était réceptionniste à la clinique exploitée par le Dr George Chan. C’est à la suite du dépôt d’une plainte de sa part, le 29 octobre dernier, que la SPGE a procédé à une enquête sur l’entreprise avant d’ordonner la fermeture de la clinique le 3 novembre.
Selon la SPGE, l’enquête a révélé 15 manquements à la désinfection et à la stérilisation des instruments réutilisables à la clinique du Dr Chan. Un rapport complet, daté du 18 mars, est disponible auprès de la SPGE.
Pour le Dr Aviv Ouanounou, professeur agrégé à la faculté de médecine dentaire de l’Université de Toronto, un tel nombre de manquements est généralement considéré comme significatif. Les fermetures temporaires sont rares, mais une fermeture définitive est extrêmement rare, ajoute-t-il.
Je suis très inquiète
Malgré la fermeture de la clinique à l’automne, ce n’est qu’à la mi-mars que les patients du Dr Chan ont reçu une lettre les informant de la situation et datée du 26 février 2026.
Interrogée par CBC News sur les raisons de ce délai de plus de quatre mois, la SPGE a indiqué n’avoir aucune information supplémentaire à fournir concernant l’enquête.
Heather Harrington, une ancienne patiente de la clinique, était en vacances lorsque son mari lui a envoyé une photo de la lettre.

Reid, le fils d’Heather Harrington, à six ans, dans la salle de soins du cabinet dentaire du Dr George Chan. Il y était patient jusqu’à l’année dernière.
Photo : Avec l’autorisation de Heather Harrington
Je suis très inquiète, surtout en connaissant les risques, avoue-t-elle.
Outre Mme Harrington, ses fils, Reid et Case, étaient également des patients du Dr Chan jusqu’à l’année dernière. C’est une situation qu’un enfant de 12 ans et un autre de 14 ans ne devraient jamais avoir à vivre, affirme-t-elle.
Selon une lettre signée par Jason Malenfant, médecin-hygiéniste de la SPGE, les patients pourraient avoir été exposés à des instruments dentaires mal stérilisés. Les instruments mal stérilisés et utilisés lors des soins dentaires peuvent potentiellement transmettre des infections, notamment l’hépatite B, l’hépatite C et, plus rarement, le VIH.
Bien que la lettre indique que le risque global d’infection est faible, elle recommande aux patients de consulter leur professionnel de la santé ou de se rendre dans une clinique sans rendez-vous pour discuter des tests de dépistage.

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Dion Oxford, qui est atteint de la sclérose en plaques, vit au Manoir Meighen depuis plus de trois ans. Il affirme que c'est «presque» aussi bien que de vivre à la maison.
Photo : Radio-Canada / Mirna Djukic
Une autre lettre, jointe à celle adressée aux patients, est destinée aux professionnels de la santé et détaille les tests recommandés.
Le Dr Ouanounou soutient que l’envoi de telles lettres par les services de santé publique, demandant aux patients de se faire dépister pour l’hépatite B, l’hépatite C et le VIH, n’est pas une pratique courante. Elles ne sont émises qu’en cas de manquement aux mesures de prévention et de contrôle des infections avec risque d’exposition à des agents pathogènes transmissibles par le sang, précise-t-il.
Questionnée par CBC News afin de connaître le nombre de patients concernés, la SPGE indique n’avoir aucune information supplémentaire à fournir, outre celle déjà disponible publiquement sur notre site Web dans le rapport sur le manquement à la prévention et au contrôle des infections.
Cependant, Mme Portelli croit que des centaines de patients pourraient avoir été touchés.
Une bonne réputation
L’ancienne réceptionniste avait commencé à travailler pour le Dr Chan en novembre 2024. À l’époque, elle affirme n’avoir rien remarqué d’anormal.
Il semblait avoir une bonne réputation depuis longtemps. Il avait de bonnes critiques. Je n’avais rien entendu de négatif à son sujet dans le milieu dentaire, souligne-t-elle.
Par contre, seuls le dentiste et son assistante étaient autorisés à entrer dans la zone clinique.
L’après-midi du 28 octobre, après le départ de l’assistante, Mme Portelli a décidé d’inspecter une des salles de soins. C’est alors qu’elle a découvert des instruments en vrac dans un tiroir, non rangés dans des emballages stérilisés, un fait également constaté par la SPGE.
Quand on va voir ces gens, on leur fait confiance, on se dit qu’on est entre de bonnes mains.
Mme Portelli affirme aussi avoir trouvé des composites utilisés pour les obturations périmés depuis 2014, ainsi qu’un anesthésique topique (un gel appliqué sur les gencives avant l’anesthésie locale) périmé depuis 2007.
Mme Portelli et son père âgé étaient également patients du Dr Chan. Ils auront eux aussi à se faire tester.
Des craintes pour l’ensemble de la famille
Justin Currie était patient du Dr Chan depuis environ 22 ans. Aujourd’hui, il s’inquiète non seulement pour lui, mais aussi pour sa conjointe. Bien qu’elle n’ait pas été patiente du Dr Chan, M. Currie craint de lui avoir transmis une infection si les tests se révèlent positifs.
De son côté, Andrew Dukeshire n’a jamais consulté le Dr Chan, mais sa femme et ses enfants étaient des patients de longue date. Ils ont donc tous passé un test.
Mes enfants sont en danger, ma femme est en danger, je suis en danger, angoisse-t-il alors que sa famille attend toujours les résultats de leurs tests.
Mme Harrington se dit aussi très inquiète du risque qu’elle court, elle et ses fils. Mon fils de 14 ans posait des questions et faisait des recherches sur Internet : "Peut-on mourir du VIH? Quels sont les effets de l’hépatite?" Ce sont des choses qui ne devraient jamais effrayer les enfants, croit-elle.
Le Dr Chan toujours autorisé à pratiquer
Selon l’Ordre royal des chirurgiens dentistes de l’Ontario, l’organisme de réglementation des dentistes de la province, le Dr Chan est toujours autorisé à exercer. Il est inscrit à l’Ordre depuis 1986.
Le 7 juillet 2005, la société professionnelle Dr. George Chan Dentistry a reçu un certificat d’autorisation étant actif.

La Santé publique de Grand Erie a envoyé une lettre aux anciens patients du Dr George Chan à la mi-mars. Datée du 26 février, cette lettre leur recommande de se faire dépister pour l’hépatite B, l’hépatite C et le VIH.
Photo : Avec l’autorisation de Heather Harrington
Dans une déclaration écrite, l’Ordre a confirmé à CBC News qu’il examinait le rapport de la SPGE concernant la clinique du Dr Chan.
L’Ordre a le pouvoir d’enquêter et de prendre les mesures appropriées en fonction des préoccupations survenues pendant la période où un dentiste est inscrit au barreau, peut-on y lire. Ce pouvoir ne dépend ni du statut d’inscription actuel ni des conditions de travail du dentiste. Autrement dit, un dentiste peut ne plus exercer tout en étant inscrit, mais s’il exerçait au moment où un problème est survenu, l’Ordre peut mener une enquête.
Les services de santé publique ont l’obligation de signaler les plaintes concernant les pratiques de prévention et de contrôle des infections aux organismes de réglementation, comme l’Ordre.
La SPGE a également répondu à la demande de commentaires de CBC News, sans commenter précisément le cas de la clinique du Dr Chan.

La Santé publique de Grand Erie a envoyé deux lettres aux anciens patients du Dr Chan : l’une adressée aux patients et l’autre aux professionnels de santé.
Photo : Avec l’autorisation de Heather Harrington
Toutes les plaintes relatives à la prévention et au contrôle des infections font l’objet d’une enquête. Lorsqu’une infraction est constatée, l’information est rendue publique et les parties concernées sont avisées. La SPGE s’engage à assurer la conformité aux normes de Santé publique Ontario, a déclaré l’organisme par communiqué.
Le Dr Jeya Nadarajah, médecin responsable de la prévention et du contrôle des infections à Santé publique Ontario, rappelle que les enquêtes sur la prévention et le contrôle des infections sont menées en réaction à des plaintes.
Les recommandations de santé publique ne sont vraiment efficaces que si chacun s’engage à les appliquer et à veiller à ce que nous les respections tous. C’est donc, à mon avis, la meilleure façon d’éviter que de tels incidents ne se reproduisent. Et nous avons des preuves qu’un environnement où les protocoles de prévention et de contrôle des infections sont appliqués est très efficace pour réduire la transmission des infections, rappelle-t-il.
Puis-je faire confiance à mon dentiste?
Pour le Dr Ouanounou, la fermeture d’une clinique pour plus de 15 manquements au protocole protection et contrôle des infections est dévastatrice pour les patients.
Je suis assez choqué qu’en 2026, nous soyons confrontés à de telles situations… à soigner des patients avec des mesures de contrôle des infections insuffisantes.
De manière générale, il explique qu’un dentiste peut ne pas suivre correctement le protocole de prévention et de contrôle des infections pour plusieurs raisons, notamment un manque de formation à jour, le manque de temps, des problèmes d’organisation du travail et le coût. Bien sûr, rien de tout cela ne justifie le non-respect des règles, précise-t-il.
Nous sommes confrontés à du sang, à de la salive, à un risque de contamination croisée. Si du sang reste sur place sans nettoyage, sans désinfection, le virus peut survivre pendant 24 à 48 heures, explique-t-il.
M. Dukeshire soutient qu’il n’évitera pas les dentistes à l’avenir, mais qu’il se questionne : Puis-je faire confiance à mon dentiste? Puis-je faire confiance aux professionnels de santé? Puis-je faire confiance au laboratoire d’analyses où j’ai effectué ma prise de sang?
Le Dr Ouanounou souligne que les patients peuvent vérifier si leur dentiste respecte les protocoles d’hygiène, notamment :
- En observant le cabinet dentaire, y compris la salle d’attente et les salles de soins. « La salle de soins doit être propre entre chaque patient, avec les surfaces désinfectées. Observez votre dentiste, ce qu’il fait », explique-t-il ;
- Vérifiez que les instruments dentaires sont dans un emballage stérilisé scellé. Si l’emballage est ouvert, interrogez le dentiste ;
- Vérifiez si les dentistes se lavent les mains en entrant dans la salle, s’ils portent des gants, utilisent du gel hydroalcoolique et un équipement de protection adéquat, comme un masque, des gants et des lunettes de protection.
Si le dentiste ou la clinique refuse de répondre aux questions des patients, c’est également un autre signe d’alerte, selon le Dr Ouanounou.
Le Dr Nadarajah suggère qu’en cas de pratique inquiétante, le patient en parle d’abord au dentiste ou à l’hygiéniste afin de comprendre la raison. Si vos inquiétudes persistent, envisagez de signaler le problème à votre ordre professionnel ou à votre bureau local de santé publique, conclut-il.
CBC News a tenté de joindre le Dr Chan pour une entrevue, mais n’a reçu aucune réponse avant la date de tombée de l’article.
Avec les informations de Lauren Kuivenhoven, CBC News


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