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En barrant la Cure dès 1854 pour envoyer le bois du Morvan jusqu’à Paris, des ingénieurs ont littéralement créé un lac où des milliers de vacanciers se baignent chaque été

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Le lac des Settons, dans la Nièvre, n’a pas été conçu pour qu’on s’y baigne. Il est né d’un barrage de granite construit sur la Cure à partir de 1854, dans un but précis : envoyer le bois de chauffage du Morvan jusqu’à Paris. Aujourd’hui, ses 360 ha accueillent baigneurs, voiliers et pêcheurs.

Cette semaine, les stères achetés cet été rentrent à l’abri pour la première flambée de la saison. Pendant trois siècles environ, des bûches du Morvan ont chauffé la capitale, mais elles voyageaient sur l’eau, pas sur un camion.

À retenir

  • Le barrage des Settons a été construit entre 1854 et 1858 pour créer des crues artificielles transportant les bûches du Morvan jusqu’à Paris.
  • Le flottage de bois à bûches perdues a cessé définitivement dans les années 1920, remplacé par le charbon comme source d’énergie.
  • Le lac de 360 hectares accueille désormais baigneurs, voiliers et pêcheurs, transformant complètement l’usage initial de l’ouvrage en 170 ans.

Sommaire

  1. Des bûches jetées dans la rivière pour chauffer Paris
  2. Un chantier lancé quand le charbon gagnait déjà
  3. 170 ans plus tard, des baigneurs là où flottaient les bûches

Des bûches jetées dans la rivière pour chauffer Paris

Du milieu du XVIe siècle au milieu du XIXe, le bois du Morvan chauffe Paris. Le procédé porte un nom qui dit tout : le flottage à bûches perdues. On jette les bûches dans les rivières, sans les lier, et le courant fait le reste. À Clamecy ou à Vermenton, elles sont ensuite assemblées en trains de bois d’environ 70 m de long sur 4 m de large, que des flotteurs mènent sur l’Yonne puis sur la Seine.

Restait à donner à la Cure de quoi les porter. Au printemps, des lâchers d’eau fabriquent des crues artificielles qui emportent les bûches jusqu’à l’Yonne.

Pour ces lâchers, l’État barre la Cure. Le barrage des Settons, en granite, mesure 271 m de long et 19,50 m de haut, soit à peu près un immeuble de 6 étages posé en travers de la vallée. Commencé en 1854 et inauguré en 1858, il crée un lac de 360 ha, l’équivalent d’environ 500 terrains de football.

Un chantier lancé quand le charbon gagnait déjà

Les premières études dataient pourtant de 1780.

74 ans séparent ces études du début du chantier en 1854. Entre-temps, le charbon a pris le dessus : d’après l’inventaire du Patrimoine du Morvan, le flottage était déjà en déclin quand les travaux ont commencé.

Le barrage est inauguré en 1858. Le flottage, lui, cesse définitivement dans les années 1920, soit environ 6 décennies plus tard. Le lac n’est pas pour autant resté sans emploi, car l’ouvrage avait aussi pour but officiel de réguler l’Yonne et la Seine. D’après l’inventaire, il aide encore, avec d’autres barrages du Morvan, à éviter les crues à Paris en régulant le débit de la Cure et de ses affluents.

170 ans plus tard, des baigneurs là où flottaient les bûches

En 170 ans, l’usage s’est inversé. Le lac vit désormais du tourisme, avec la baignade, la voile et la pêche. Ce qui devait servir à transporter du combustible sert aujourd’hui à occuper les vacances.

Les lâchers d’eau, eux, n’ont pas disparu. Ils servent désormais aux kayakistes sur la Cure, là où descendaient autrefois les bûches.

Le barrage est inscrit monument historique depuis le 12 mars 2024.

Sur place, la digue de granite se lit d’un coup d’œil : 271 m de pierre, l’eau retenue d’un côté, la Cure qui repart de l’autre. Le lac déroule 17 km de périmètre, selon le Parc naturel régional du Morvan. Les bûches, elles, ont quitté la rivière depuis les années 1920.

Plusieurs sources locales situent la fin des travaux en 1861, soit 3 ans après l’inauguration, ce qui expliquerait que les dates varient d’un guide à l’autre. Pour l’inauguration, la base Mérimée du ministère de la Culture retient 1858.

Sources : pleinsoleilparis.fr | salmonmichel.fr

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