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Deux parcelles voisines après la même coupe, l’une replantée par les forestiers, l’autre laissée sans personne : des années plus tard, les botanistes ont compté les espèces

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Green Mountain, point culminant de l’île d’Ascension, porte aujourd’hui une forêt de brume que la nature n’avait pas programmée. Cette île volcanique de l’Atlantique sud s’élève à 859 mètres au-dessus de la mer pour une superficie d’environ 91 km². À partir de 1850, la Marine britannique et les jardins botaniques de Kew y ont planté, sur le sommet, des végétaux venus d’Europe, d’Afrique du Sud et d’Argentine. Quand Charles Darwin y avait fait escale en 1836, il avait décrit une terre brûlée, dépourvue d’arbres.

Les Britanniques n’y installent une garnison qu’en 1815, et les marins cultivent alors un potager sur Green Mountain pour se nourrir. Rien, à ce stade, ne ressemble à une forêt.

À retenir

  • La régénération naturelle surpasse la restauration active pour les plantes, les oiseaux et les invertébrés dans les forêts tropicales.
  • Les forêts qui se régénèrent seules devancent les forêts replantées de 34 à 56 % en richesse écologique.
  • À Ascension, une forêt entière a été plantée à la main sur un volcan nu entre 1847 et 1870.

Sommaire

  1. Un volcan nu, un botaniste pressé et 5 000 arbres
  2. 133 études, un verdict : les forêts laissées tranquilles gagnent
  3. Planter ou attendre : la réponse dépend du sol

Un volcan nu, un botaniste pressé et 5 000 arbres

Joseph Hooker, ami de Darwin, visite l’île en 1843 et imagine de la rendre plus verte en y plantant des arbres du monde entier. En 1847, il conseille à la Royal Navy de se lancer, avec l’aide de Kew, dans un plan de plantation à long terme, dans l’espoir que les arbres captent la brume et fournissent assez d’eau douce pour supprimer les importations d’eau potable. Son père dirigeait alors les jardins de Kew, ce qui facilite l’approvisionnement.

Entre 1847 et 1850, plus de 300 arbres partent de Kew pour Ascension et sont plantés sur le plus haut sommet. D’autres plantes arrivent ensuite de jardins botaniques sud-africains, européens et argentins, et à la fin des années 1870 les pins de Norfolk, eucalyptus, bambous et bananiers y poussent en abondance. En 1870, 5 000 arbres supplémentaires avaient été plantés. Ce n’était plus un essai de jardinier, mais un chantier à l’échelle d’une montagne.

Les récits d’une pluie accrue ne reposent sur aucune mesure fiable.

Le bilan botanique, lui, est spectaculaire. Le biologiste David Wilkinson, de l’université Liverpool John Moores, décrit un écosystème passé de pentes pauvres en espèces et dominées par les fougères à une forêt de nuages riche en espèces, en environ 150 ans. Une forêt fabriquée de toutes pièces, donc, et qui fonctionne.

Dans son journal, retrouvé plus tard par des archivistes, Hooker vieillissant exprimait des regrets pour toute l’entreprise et prédisait ses effets un siècle plus tard.

133 études, un verdict : les forêts laissées tranquilles gagnent

Ascension reste un cas à part, et les écologues le savent. Sur le terrain, la comparaison la plus troublante oppose deux parcelles voisines. D’un côté, des millions de dollars, des décennies de travail et des équipes mobilisées ; de l’autre, une parcelle où personne n’a posé le pied depuis quarante ans, et que les inventaires montrent bien plus riche en espèces. Une méta-analyse de 133 études établit que ce n’est pas une anecdote : dans les forêts tropicales, la régénération naturelle surpasse la restauration active pour les plantes, les oiseaux et les invertébrés.

Les forêts qui se régénèrent seules devancent les forêts activement restaurées de 34 à 56 % en richesse écologique. Et la nature n’a pas besoin d’une éternité : en 20 ans, une forêt tropicale récupère naturellement 80 % de sa fertilité et de sa diversité, sans intervention humaine. Selon le texte qui relaie ces travaux, la fertilité des sols se rétablit même en moins d’une décennie.

Cette méta-analyse porte sur des forêts tropicales.

Le Défi de Bonn, qui ambitionne de restaurer 350 millions d’hectares d’ici 2030, soit plus de 5 fois la superficie de la France, a dépensé des milliards. D’après les chiffres relayés autour de l’étude, 80 % de ses engagements concernent des monocultures ou des espèces non indigènes, avec un effet limité sur le stockage du CO₂ et négatif sur la biodiversité.

Planter ou attendre : la réponse dépend du sol

L’île volcanique et la parcelle abandonnée ne se contredisent pas, car elles partent de situations opposées. Sur un volcan sans arbres, il n’y avait probablement ni jeunes pousses à protéger ni réserve de graines à réveiller, et seule l’introduction pouvait créer une forêt. Une parcelle forestière dégradée, elle, abrite souvent déjà des semis capables de repartir.

C’est le terrain de la régénération naturelle assistée, qui consiste à repérer les jeunes pousses d’essences variées déjà présentes dans le sol et à les protéger en écartant ce qui menace leur croissance. Reforestaction indique que cette méthode demande une quinzaine d’années et coûte moins cher que des travaux de plantation.

Le choix entre plantation et régénération assistée dépend du type de parcelle et de l’historique de la forêt à restaurer. En France et en Europe, l’enjeu est la dégradation des forêts, pas la déforestation qui laisse des parcelles mises à nu. Dans un projet de plantation, le risque de mortalité des arbres est plus élevé que dans un projet de régénération assistée.

Les deux approches peuvent aussi se combiner sur une même parcelle.

À Ascension, l’histoire n’est pas close. L’élimination des espèces invasives sur Green Mountain a créé un site de restauration où l’on réintroduit des espèces endémiques. L’euphorbe Euphorbia origanoides, seule plante endémique de basse altitude de l’île, est aujourd’hui cantonnée aux zones désertiques les plus reculées. Un conservationniste cité par National Geographic étend de son côté la forêt de Hooker, des arbres qui interceptent la brume, pour offrir aux fougères un abri où survivre.

Sources : didierramon.substack.com | zfarm.fr

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