Deux tsunamis ont frappé le lac d’Iseo, dans le nord de l’Italie, au Moyen Âge, et les paysans du Val Camonica y ont contribué sans le savoir. Selon une étude parue en 2026 dans Nature Communications (Zafar et al.), le défrichement, l’agriculture et le pâturage, pratiqués dès l’époque romaine, ont triplé la quantité de sédiments qui arrive au lac. Ce surplus a fabriqué un delta instable, qui a cédé lors des séismes du 3 janvier 1117 et du 25 décembre 1222.
L’histoire est racontée par Denys Dutykh, coauteur de l’étude, dans un texte publié le 23 octobre sur phys.org. Iseo reste loin derrière Garde ou Côme dans l’imaginaire des voyageurs, et personne n’y associe le mot « tsunami ».
À retenir
- Le défrichement romain a triplé les sédiments arrivant au lac d’Iseo
- Le delta de l’Oglio s’est effondré en 1117 puis en 1222, après deux séismes
- Une vague simulée atteindrait aujourd’hui la rive nord en moins d’une minute
Sommaire
Des pentes mises à nu, un delta qui gonfle
Le Val Camonica compte parmi les grandes vallées des Alpes du Sud, et sa rivière, l’Oglio, entre dans le lac par le nord. À cet endroit, elle a bâti un delta : un empilement de sable et de limon qui s’avance sous l’eau. Depuis l’époque romaine, couper la forêt, cultiver et faire paître les troupeaux ont exposé les versants à l’érosion. Résultat : la quantité de sédiments qui atteint le lac a été multipliée par 3.
Un versant boisé retient la terre grâce aux racines, alors qu’une pente défrichée la laisse partir à chaque pluie. Le delta a donc grossi vite, et son front immergé est devenu de plus en plus raide et surchargé.
Pour remonter le fil, l’équipe a croisé la géologie, l’histoire et les simulations numériques. Dutykh s’est chargé des mathématiques des vagues. La thèse de Muhammad Naveed Zafar, point de départ du travail, a été codirigée avec le géologue Pierre Sabatier à l’Université Savoie Mont Blanc, en France. Dans les fonds du lac, des couches de sédiments anormalement épaisses correspondent aux effondrements étudiés.
1117 et 1222 : deux séismes, deux vagues simulées
Le delta de l’Oglio s’est effondré deux fois, en 1117 puis en 1222.
Chaque effondrement a suivi un séisme. Les sédiments qui glissaient vers les grands fonds ont poussé l’eau située au-dessus d’eux, et cette eau est repartie en vague. Les lacs sont rarement associés au mot tsunami, mais un delta qui cède suffit.
Les hauteurs de vague sont des simulations, pas des mesures. Dans les simulations des auteurs, la vague de 1117 remonte d’environ 50 m, celle de 1222 d’environ 13 m.
À titre de comparaison, 50 m équivalent à peu près à un immeuble de 16 étages, et 13 m à un immeuble de 4 étages. La première vague simulée est donc près de quatre fois plus haute que la seconde. Il s’agit de la remontée de l’eau sur les rives, pas de la hauteur de l’eau au milieu du lac. Les deux épisodes ne se valent pas, mais ils ont la même origine : un delta trop chargé qui lâche sous l’effet d’une secousse.
Les paysans n’ont pas déclenché les séismes. Les tremblements de terre ont mis le feu aux poudres, mais des siècles de défrichement avaient préparé la poudre.
Le passé ne repose pas seulement sur des calculs. Un manuscrit du XIIe siècle, conservé à la Bibliothèque vaticane, décrirait un lac sorti de son lit, au point que très peu d’habitants des villages voisins auraient survécu. Il mentionnerait aussi de nombreux châteaux et forteresses détruits.
Un delta reconstruit, des rives habitées
Le delta n’a pas disparu avec les séismes. Il s’est reformé, nourri par la même rivière, et dans les simulations une vague toucherait aujourd’hui la rive nord en moins d’une minute.
Cette rive n’a plus grand-chose à voir avec celle du XIIe siècle : des villes, des ports de plaisance et des sites touristiques bordent désormais le lac. Une vague qui arrive en moins d’une minute laisse très peu de temps pour donner l’alerte.
Trois lacs, plus de 370 000 habitants sur leurs rives.
Ce chiffre additionne les riverains d’Iseo, de Garde et de Côme, soit davantage que la population de Nice. Le tsunami reconstitué concerne Iseo et lui seul : Garde et Côme n’entrent ici que dans le décompte des habitants.
Les auteurs rangent ce scénario parmi les événements peu probables mais aux conséquences lourdes, et l’étude n’estime pas quand un nouvel effondrement pourrait survenir.


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