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3 chèvres lâchées en 1959 par des pêcheurs pour avoir de la viande : dix ans plus tard, une île des Galápagos en comptait plus de 40 000

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Trois chèvres. C’est tout ce qu’il a fallu pour transformer une île préservée des Galápagos en désert végétal. Lâchées en 1959 par des pêcheurs en manque de viande fraîche, elles se sont multipliées à une vitesse vertigineuse. Dix ans plus tard, elles étaient 40 000, et une espèce entière de tortue géante payait déjà le prix de cette invasion.

À retenir

  • En l'absence de prédateur, les chèvres ont rasé la végétation endémique de Pinta, rendant l'île impropre à la survie des tortues géantes.
  • Il a fallu attendre 2003, après trente ans de campagnes d'éradication et plus de 41 000 chèvres abattues, pour que Pinta soit officiellement déclarée sans chèvres.
  • George le Solitaire, dernier spécimen de la tortue géante de Pinta découvert en 1971, est mort en 2012 sans descendance, actant l'extinction de son espèce.

Trois chèvres, un pari insensé : comment l’île de Pinta a basculé en dix ans

Avant 1959, l’île de Pinta faisait figure de sanctuaire. Ce bout de terre de 5 940 hectares, situé dans le nord de l’archipel des Galápagos, abritait une végétation quasiment intacte. Plus de 180 espèces végétales y poussaient, dont 59 ne se trouvent nulle part ailleurs sur Terre. Seule ombre au tableau : les tortues géantes avaient déjà disparu du paysage.

C’est dans ce décor presque vierge que des pêcheurs de passage ont pris une décision anodine en apparence. Ils ont relâché trois chèvres sur l’île, simplement pour disposer de viande fraîche lors de leurs longues campagnes en mer. Une solution pratique, pensée pour eux, sans la moindre considération pour l’équilibre écologique du lieu.

Le problème, c’est que les chèvres ne connaissent qu’une règle : manger et se reproduire. Sans prédateur naturel sur Pinta, le trio initial s’est transformé en véritable armée. En seulement une décennie, les scientifiques ont estimé la population à environ 40 000 individus. Un chiffre qui donne le vertige quand on sait d’où tout est parti.

Quand l’appétit des chèvres a signé l’arrêt de mort d’un écosystème

Une chèvre mange presque tout ce qui lui tombe sous la dent. Multipliez cet appétit par 40 000 et vous obtenez un rouleau compresseur végétal. Les plantes endémiques de Pinta, qui avaient mis des millénaires à s’adapter à ce milieu isolé, n’avaient aucune chance face à cette pression de broutage constante.

Les chèvres ont littéralement rasé la végétation de l’île. Résultat : l’habitat qui aurait pu permettre un jour le retour des tortues géantes s’est retrouvé anéanti. L’île n’offrait plus ni ombre, ni nourriture suffisante, ni les conditions nécessaires à la survie de ces reptiles emblématiques.

Face à ce désastre, les autorités du parc national ont lancé une campagne d’éradication titanesque. Plus de 41 000 chèvres ont été abattues lors de l’opération de chasse initiale, selon l’étude de Campbell et ses collègues publiée dans la revue Oryx. Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée là.

À deux reprises dans la décennie qui a suivi, l’île a été déclarée à tort totalement débarrassée de ses chèvres. Quelques individus survivaient toujours, cachés dans les recoins du relief volcanique. Il a fallu attendre 1999 pour voir arriver des techniques de chasse révisées et un programme de suivi rigoureux. À la fin des années 1990, Pinta est même devenue un terrain d’entraînement pour le Projet Isabela, une opération d’éradication d’envergure menée sur d’autres îles de l’archipel. Ce n’est qu’en 2003 que Pinta a enfin été officiellement déclarée sans chèvres, après trente ans de lutte acharnée.

George le Solitaire : le dernier témoin d’une espèce rayée de la carte

En 1971, le scientifique hongrois József Vágvölgyi étudiait des escargots sur Pinta quand il est tombé sur une tortue géante. Une découverte extraordinaire, puisque l’espèce était considérée comme éteinte sur l’île depuis des années. Ce reptile allait devenir mondialement célèbre sous le nom de George le Solitaire.

Au printemps 1972, les gardes du parc national ont transféré George vers le centre d’élevage de Santa Cruz. L’espoir était simple : lui trouver une partenaire pour perpétuer son espèce, la tortue géante de Pinta. Des années de recherches et de tentatives de reproduction ont suivi, sans jamais aboutir.

George représentait le dernier maillon visible d’une chaîne brisée par l’appétit des chèvres. Sans habitat viable, sans partenaire de sa propre sous-espèce, il incarnait à lui seul une extinction en cours. Les scientifiques du monde entier suivaient son histoire avec une attention particulière, conscients de ce qu’il symbolisait.

Le 24 juin 2012, son gardien Fausto Llerena l’a retrouvé mort dans son enclos. Avec lui disparaissait officiellement la tortue géante de l’île Pinta, une espèce entière rayée de la carte. Lâchées comme réserve de viande, les chèvres avaient dévoré la végétation dont dépendaient ces tortues, scellant leur sort bien avant que George ne rende son dernier souffle.

L’histoire de Pinta n’est pourtant pas qu’un récit de perte. Elle a aussi servi de leçon pour les projets de restauration qui ont suivi dans l’archipel. Le 20 février 2026, 158 jeunes tortues géantes de lignée Floreana ont été relâchées sur l’île Floreana, première étape d’un programme de restauration écologique prévoyant la réintroduction de 12 espèces natives. Une manière de prouver que, même après des décennies de ravages, la nature peut parfois retrouver un semblant d’équilibre, à condition qu’on lui en donne les moyens.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il écrit des articles scientifiques depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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