Des athlètes venus du monde entier y ont mangé pendant les Jeux de 2024. Les propriétaires avaient évincé EuropaCorp pour que la nef serve de cantine aux sportifs, et le public y vient depuis 2026 pour des expositions, des concerts ou des séances de cinéma. Dans les deux cas, ils occupent un site qui a coûté près de 170 millions d’euros et que Luc Besson destinait aux tournages.
À retenir
- La Cité du cinéma de Saint-Denis a coûté près de 170 millions d’euros.
- La Cour des comptes a signalé en 2013 un possible délit de détournement de fonds publics.
- EuropaCorp a été évincée, et le site accueille désormais expositions, concerts et séances de cinéma.
Sommaire
Un chantier à 170 millions, des soupçons dès 2013
Installée dans une ancienne centrale thermique de Saint-Denis, la Cité du cinéma a été inaugurée en septembre 2012, en l’absence remarquée de la ministre de la Culture Aurélie Filippetti. Le bâtiment avait été commandé en 1933 pour alimenter le métro parisien. Côté cinéma, c’était le plus grand complexe de studios de France, conçu pour concurrencer Pinewood, Babelsberg et Cinecittà, et « Les Schtroumpfs 2 » y tournait depuis 3 semaines avant l’ouverture officielle, dans des Paris Studios dotés de 9 plateaux.
Le rêve d’un « Hollywood-sur-Seine » n’a pourtant jamais été atteint.
Le montage financier repose sur un paradoxe. Selon EuropaCorp, le complexe a été financé par un partenariat public-privé associant la Caisse des Dépôts et le groupe Vinci. La Cité appartient à la société Nef Lumière, détenue majoritairement par la Caisse des dépôts, c’est-à-dire par l’État. Quant à la société de Besson, elle rappelle n’être que locataire de la Cité du cinéma.
En novembre 2013, Le Parisien dévoile une note confidentielle de la Cour des comptes. Les magistrats y écrivent que les conditions de montage et de financement de l’opération pourraient caractériser un délit de détournement de fonds publics et de recel. Le document a été transmis à la justice et se trouvait sur le bureau de la garde des Sceaux, Christiane Taubira.
Le raisonnement des juges financiers tient en une phrase. Le financement public, décidé par quelques hauts responsables, aurait servi un projet porté par une société privée pour son bénéfice, « le caractère général du projet restant à démontrer ». La note insiste sur le souhait de la présidence de la République, sous Nicolas Sarkozy, de voir le projet aboutir. Elle rappelle que le directeur général d’EuropaCorp, Christophe Lambert, avait travaillé auprès de Nicolas Sarkozy pendant la campagne de 2007, et le nom de Claude Guéant y est cité à plusieurs reprises.
EuropaCorp s’est déclarée surprise et indignée, affirmant n’avoir eu connaissance d’aucun rapport et n’avoir été interrogée par personne. Le groupe a regretté que cette réalisation soit « prise en otage pour des règlements de compte politiques ». Il a défendu un projet d’intérêt général, pour la Seine-Saint-Denis comme à l’échelle nationale. Le parquet de Paris a ensuite ouvert une enquête préliminaire, confiée à l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales.
Une nef publique, sans cinéastes
Les propriétaires ont fini par évincer EuropaCorp.
Faute de rentabilité, la société de production a quitté les lieux. L’immense nef industrielle, entourée de constructions flambant neuves, a servi de cantine aux athlètes pendant les JO 2024. Elle se trouve aujourd’hui au cœur du nouveau quartier du village olympique. L’ironie est difficile à ignorer : un site bâti avec un partenaire public, aux conditions épinglées par la Cour des comptes, se retrouve au milieu d’un quartier olympique.
Côté mairie, le discours est celui de la restitution. Le maire PS de Saint-Denis, Mathieu Hanotin, voulait que ce patrimoine majestueux soit rendu aux habitants, alors qu’il le juge « complètement méconnu ».
Depuis 2026, le public a la clé
Le 5 février 2025, un nouvel exploitant a dévoilé son projet. La société Seine & Watts exploite 12 000 m² pour 10 ans et ambitionne d’attirer quelque 300 000 visiteurs par an grâce à de grandes expositions. Son président, Didier Goubaud, cherche des expositions qui utilisent les technologies du cinéma ou qui sont construites autour du cinéma et de l’audiovisuel.
Le programme prévoit aussi des événements d’entreprise, l’exploitation d’une salle de cinéma de 450 places et un restaurant pouvant aller jusqu’à 1 000 couverts. Les travaux devaient durer 1 an. Le site conserve par ailleurs certains locataires historiques. Le lieu ne se réduit donc plus à des plateaux de tournage.
Selon Paris je t’aime, le site a rouvert au public en mai 2026.
Un week-end d’ouverture a eu lieu les 19 et 20 septembre, pendant les Journées du patrimoine, avec visites, concerts, démonstrations de doublage, de cascades et de maquillage. La programmation s’articule autour de 4 univers : cinéma, arts vivants, musique et médias. L’accès dépend toutefois de chaque événement. Le calendrier se remplit déjà, avec l’Usine de Films Amateurs de Michel Gondry à partir du 30 novembre 2026.
La grande salle de projection de 437 places, avec son écran de 17 mètres de large et sa projection 4K, ouvre au public en octobre 2026. Elle propose dès l’ouverture une programmation mêlant cinéma et opéra, avec des week-ends thématiques et des films pour enfants. La jauge diffère de celle annoncée en 2025 (450 places), un écart que seule la fiche de L’Officiel des spectacles permet de constater.
Le coût initial varie selon les sources : près de 170 millions d’euros pour franceinfo, 160 millions d’euros pour Variety en 2012. Quant aux travaux de reconversion, aucun acteur du projet n’avait communiqué les montants investis lors de l’annonce.
Sources : franceinfo.fr | assemblee-nationale.fr | variety.com


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