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Grand-messe du pétrole et de gaz, la conférence CERAWeek n’a jamais été la scène de fortes ambitions climatiques. Les mentions de transition énergétique ont toutefois presque entièrement disparu des discours des dirigeants pétroliers. Symptôme d’un arrêt de mort de leurs actions environnementales?
Le gouvernement américain a, en tout cas, frappé fort au premier jour de la conférence. Le secrétaire américain à l’Intérieur, Doug Burgum, a conclu une entente avec la compagnie TotalEnergies.
En échange d’un remboursement de près d’un milliard de dollars, la pétrolière a accepté d’abandonner deux programmes d’éoliennes au large des côtes américaines et de réinvestir cet argent dans l’exploitation du pétrole, du gaz naturel et du GNL aux États-Unis.
L’entreprise a aussi promis de ne plus investir dans l’éolien en haute mer pour des questions d’abordabilité et de fiabilité du réseau électrique. L’administration américaine parle même de sécurité nationale.

Mark Brownstein d'Environmental Defense Fund estime que la transition énergétique se poursuit, mais le sentiment d'urgence climatique s'est effrité.
Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette
Selon Mark Brownstein, vice-président principal à la transition énergétique chez Environmental Defense Fund, ce genre d’annonce cache toutefois les progrès accomplis en matière de réduction des émissions de carbone.
Quand j'ai commencé à venir ici [il y a 25 ans], le seul sujet de conversation était le pétrole et le gaz. Aujourd'hui, quand on vient à CERAWeek, on voit que plus de la moitié de la conférence est consacrée aux nouvelles technologies énergétiques, à l'innovation, note-t-il.
Deux espaces, à l’extérieur de la conférence principale, sont en effet consacrés aux nouvelles énergies ainsi qu’au carbone et au climat.
La transition au service de la sécurité énergétique
Maintenant, est-ce que cela se produit assez vite ? C'est une autre question. Et c'est préoccupant, ajoute-t-il.
Au lieu d’être un élément de distraction de la crise climatique, le conflit au Moyen-Orient et la question qui en découle de sécurité de l’approvisionnement énergétique peuvent participer à ce sentiment d’urgence, selon lui.
Ce que nous constatons, c'est que les pays qui ont investi dans les technologies énergétiques alternatives sont eux-mêmes mieux positionnés dans cette crise que ceux qui sont plus dépendants des combustibles fossiles, souligne-t-il, citant notamment la Chine.
Encore très dépendant du pétrole et du charbon, le pays a accru la part de sa production consacrée aux énergies bas carbone à plus de 20 %. Elle souhaite atteindre un pic de consommation du pétrole et du charbon en 2030.
Les preuves suggèrent donc qu'une stratégie de transition énergétique réfléchie est en réalité une stratégie de sécurité énergétique réfléchie.
Des pays qui résistent
Stéphane Germain, le président de l’entreprise GHGSat, qui mesure les émissions de méthane depuis l’espace, constate que la situation géopolitique a pompé beaucoup de l’oxygène des discussions.
Dans le contexte actuel, [la réduction des émissions de méthane] prend un peu plus de recul. Mais on a de l'écoute. On a quand même plusieurs clients qui continuent leur effort parce qu'ils voient que, sur le long terme, il est très important de gérer leurs émissions pour qu'ils puissent avoir accès au marché où les émissions et les effets du changement climatique sont importants, souligne-t-il.
L’Union européenne, par exemple, a mis en place une taxe sur le carbone pour les importations de produits.

Le président de GHGSat, Stéphane Germain, estime que le Canada s'en sort bien en matière d'émissions de méthane.
Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette
Sur la scène de CERAWeek, entouré de panélistes américains, le ministre fédéral de l’Énergie et des Ressources naturelles, Tim Hodgson, a également défendu l’établissement d’un projet de capture et de stockage du carbone pour les émissions des sables bitumineux et le maintien d’une tarification industrielle sur le carbone, même si cela diminue la compétitivité des ressources canadiennes face à leurs concurrents américains.
Nous voulons préparer l'avenir. À terme, nous sommes convaincus que nous nous dirigeons vers un monde à plus faible intensité carbone.
Nous avons dit à l’industrie que nous étions heureux de les laisser grossir si elle produisait le baril de pétrole le plus bas en dioxyde de carbone, a-t-il dit. Nous pensons que cela place l’industrie à l’épreuve du temps, quelle que soit le gouvernement en place.

Le ministre canadien de l'Énergie et des Ressources naturelles, Tim Hodgson (au centre), a participé à une table ronde sur le financement des grandes infrastructures.
Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette
L'IA, accélérateur d'énergies propres
L’intelligence artificielle et les centres de données participent aussi à rendre la transition énergétique inéluctable, selon Douglas Giuffre, directeur de la recherche sur les énergies renouvelables et l’électricité à S&P Global.
L’agence d'intelligence financière a évalué que la demande d’électricité aux États-Unis va s’accroître de 35 % à 50 % d’ici 2040, ce qui force à investir massivement dans la production.
La question était de savoir : les fournisseurs d'énergie seraient-ils prêts à assumer le risque d'investir dans le nouveau nucléaire ou la géothermie? Il semble que les hyperscalers soient disposés à prendre davantage ce risque technologique à leur charge, ce qui pourrait leur permettre d'accélérer le développement de ces technologies, explique-t-il.


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