À Landerneau, dans le Finistère, une rue entière repose sur un pont reconstruit en 1510. Ce « pont-rue » d’environ 70 mètres est bordé de maisons où l’on habite et où l’on commerce encore aujourd’hui. En août 2021, une partie de l’ouvrage s’est effondrée sur la zone d’habitation, et chacun a pu se souvenir que cette rue-là a de l’eau en dessous.
Sous les devantures, l’Elorn monte et descend avec la marée.
À retenir
- Le pont de Rohan a été reconstruit en 1510 par Jean II de Rohan.
- Des maisons du XVIIe siècle s’appuient sur le pont et sur des pilotis.
- Une partie du pont s’est effondrée en août 2021.
- Le pont a été classé monument historique dans son intégralité en janvier 2023.
Sommaire
1510 : un vicomte reconstruit le pont et se rembourse par un péage
Le premier ouvrage dont on trouve la trace date de 1336. C’est l’acte de fondation d’un hôpital dédié à saint Georges, situé à la tête du pont, qui en atteste l’existence, et ce pont était probablement en bois. En 1510, Jean II de Rohan, vicomte, seigneur de Léon et comte de Porhoët, le reconstruit, sans doute dans son intégralité. Il y ajoute un moulin et, vraisemblablement, une prison, puis meurt en 1516, six ans après la fin du chantier.
Le chantier ne pèse pas durablement sur sa bourse, puisque le vicomte se rembourse par un péage. Les sources consultées ne précisent ni le tarif ni la durée de ce droit de passage. Le principe, lui, est clair : franchir l’Elorn à Landerneau se paye.
Le contexte ne manque pas de clients. Pendant les trois siècles qui suivent sa construction, la ville et son pont forment un nœud du commerce de la toile fabriquée dans les campagnes du Léon, exportée vers l’Angleterre, l’Espagne, les Flandres, les Pays-Bas et jusqu’à la Baltique. La DRAC Bretagne y voit le symbole et le témoin de cette prospérité.
Un peu plus de 500 ans plus tard, l’ouvrage est toujours là.
Des maisons du XVIIe siècle, appuyées sur le pont et sur des pilotis
Au XVIIe siècle, des maisons s’installent sur le pont. D’un côté, elles s’appuient sur l’ouvrage lui-même, de l’autre sur des pilotis plantés dans la rivière. L’une d’elles, une maison bourgeoise de 1639, a ses fondations dans le lit même de l’Elorn, 129 ans après la reconstruction voulue par Jean II.
Aujourd’hui, les édifices des XVIIe et XIXe siècles abritent toujours des habitations et de nombreux commerces. Le pont a traversé quatre incendies, la puissance des marées et les inondations de l’Elorn. Selon la DRAC Bretagne, une partie de la structure du début du XVIe siècle subsiste, ainsi que les maisons des siècles suivants. L’occupation continue des lieux y est sans doute pour quelque chose, car un bâtiment habité se surveille et s’entretient.
Le ministère de la Culture range le pont de Rohan parmi les rares ponts habités que l’on peut encore voir en France, et même en Europe. Avec le pont des Marchands de Narbonne, il constitue selon lui l’architecture de pont habité la plus emblématique encore visible dans le pays. La formule est prudente, et c’est tant mieux : elle compare deux monuments sans trancher un concours de ancienneté que personne n’a organisé.
Entre eau douce et eau saumâtre, un pont qui vit au rythme de la marée
Le pont est situé au fond de l’estuaire, à la limite de remontée de la marée. À cet endroit précis, il sépare l’eau douce de l’eau saumâtre. La DRAC Bretagne le décrit comme parfaitement inséré dans un paysage urbain qui évolue au gré des marées.
Les fondations de 1639 vivent donc avec la marée.
Pour situer l’échelle, 70 mètres représentent environ les deux tiers d’un terrain de football. C’est un tronçon entier de rue, avec ses logements et ses boutiques, qui s’appuie sur une structure en partie du début du XVIe siècle et sur des pilotis.
Août 2021 : l’effondrement, le géoradar, puis le classement
En août 2021, une partie de l’ouvrage s’effondre sur la zone d’habitation. L’épisode rappelle que l’ensemble repose sur une construction vieille de plus de 500 ans, sollicitée par l’eau depuis son origine. Un diagnostic au géoradar est mené en 2021 et 2022.
Cet instrument sonde les maçonneries et les sols sans les démonter, ce qui convient à un monument que l’on veut préserver. Les sources consultées ne détaillent pas ses conclusions, et il serait hasardeux de les deviner. La suite administrative, elle, est documentée : un arrêté du 28 novembre 2022 prononce le classement intégral du pont au titre des monuments historiques, officialisé le 25 janvier 2023.
Un peu plus d’un an après l’effondrement, l’État classe tout le pont.
Le pont n’était pas sans protection auparavant. Une inscription en 2010, l’année des 500 ans, avait posé un premier niveau décidé à l’échelon régional, et la maison du 12 rue du Pont était déjà classée depuis 1929. Le classement, décidé à l’échelon national, correspond au niveau de protection le plus élevé. Il impose que tout travail d’entretien, de réparation, de restauration ou de modification préserve l’intérêt culturel qui l’a justifié.
Pour voir cela de près, le pont est une voie publique en plein centre-ville, accessible librement à toute heure d’après le Routard. Il relie le quai de Léon au nord et le quai de Cornouaille au sud, et c’est depuis ces quais que l’on lit le mieux la façade côté rivière. Les commerces étant en activité, on le traverse comme n’importe quelle rue commerçante, à ceci près que l’Elorn passe dessous.
Dernier détail pour qui comparerait les fiches : le ministère de la Culture parle d’environ 70 mètres, quand d’autres sources indiquent 67 mètres. L’écart pourrait venir de ce que l’on mesure, le pont seul ou le tronçon de la rue du Pont entre les deux quais.
Sources : culture.gouv.fr | sncf-connect.com


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