Sur la côte est de Chypre, 6,19 km² de front de mer sont restés bouclés par une clôture militaire pendant 46 ans, soit environ 870 terrains de football. Le quartier s’appelle Varosha et fait partie de l’agglomération de Famagouste. Il comptait environ 39 000 habitants à son apogée, et Brigitte Bardot figurait parmi les célébrités venues y chercher le soleil.
Puis, en 1974, tout s’est arrêté en quelques heures.
À retenir
- Varosha comptait environ 39 000 habitants et 45 hôtels avant 1974.
- La population grecque chypriote a fui en quelques heures lors de l’intervention turque.
- Une partie du quartier a rouvert aux visiteurs en octobre 2020, sous surveillance militaire.
Sommaire
Quatre années au sommet de la mode balnéaire
Entre 1970 et 1974, Varosha comptait parmi les destinations touristiques les plus courues du monde. Elizabeth Taylor, Richard Burton, Raquel Welch et Brigitte Bardot en étaient des visiteurs favoris. Les hôtels portaient des noms que les habitués connaissaient par cœur : le King George, l’Asterias, le Grecian, le Florida, l’Argo. Selon un site de voyage consacré au quartier, c’est à l’Argo que Brigitte Bardot aurait séjourné.
Au début des années 1970, Famagouste était la première destination touristique de Chypre. Pour accueillir des visiteurs toujours plus nombreux, on y a élevé de nombreux immeubles et hôtels. La télévision suisse RTS rappelle qu’on surnommait alors le quartier la « Saint-Tropez chypriote ».
Le nom vient du turc « varoş », qui désigne un faubourg, et l’endroit n’était à l’origine qu’un champ où paissaient des animaux, selon Wikipédia. En turc, le quartier s’appelle aussi Maraş.
Les chiffres de l’époque donnent le vertige, même s’ils sont à manier avec prudence. D’après une publication spécialisée dans les lieux abandonnés, Varosha aurait compté 45 hôtels pour plus de 12 000 lits. Elle aurait aussi abrité 21 banques et 24 cinémas. Le tout aurait généré plus de la moitié des recettes touristiques de Chypre.
Quelques heures pour tout laisser derrière soi
Lors de l’intervention turque de 1974, toute la population grecque chypriote a fui quelques heures avant les combats. Beaucoup pensaient revenir sous quelques jours, selon plusieurs récits, et ont laissé des repas sur le feu et des voitures dans la rue. L’armée turque a ensuite entouré la zone de barbelés et l’a placée sous contrôle militaire.
Les estimations varient selon les sources. RTS parle de 40 000 habitants contraints de fuir vers le sud, d’autres récits de 39 000, et certains blogs de voyage de seulement 15 000 personnes évacuées en moins de 24 heures.
Aucun habitant n’est revenu pendant 46 ans.
Derrière la clôture, la végétation a repris ses droits, rapporte RTS. Le quartier est devenu un symbole de la division de l’île et une monnaie d’échange dans toute tentative de règlement du conflit. Euronews souligne que, malgré une résolution de l’ONU accordant aux anciens habitants un droit de retour, Ankara a maintenu Varosha fermée.
Un reportage d’Al Jazeera de 2006 décrivait un quartier vide, hormis quelques postes de garde turcs et des officiers en train de bronzer. Prodromos Papavassilou, né à Varosha, y disait se souvenir de sa ville « chaque minute, chaque heure et chaque jour ». Il vit désormais dans le sud de l’île, comme des milliers d’anciens habitants. Selon plusieurs récits de voyage, le plan Annan aurait pu ramener Varosha sous contrôle chypriote grec, mais les électeurs chypriotes grecs l’ont rejeté.
Octobre 2020, une réouverture qui divise
Après 46 ans, une partie de Varosha a rouvert le 8 octobre 2020, date que Wikipédia en français fixe plutôt au 6. RTS précise que le 6 octobre, Ersin Tatar, alors « Premier ministre » de la République turque de Chypre-Nord autoproclamée, a annoncé la mesure avec le président turc Recep Tayyip Erdogan. Elle a suscité l’opposition de Chypriotes grecs et turcs, de l’Union européenne et de l’ONU, et fait éclater la coalition au pouvoir au nord, à quelques jours de la présidentielle.
En juillet 2021, Ersin Tatar a annoncé qu’une section de 3,5 km² repasserait du contrôle militaire au contrôle civil, juste avant un défilé militaire auquel assistait Erdogan. Le Conseil de sécurité de l’ONU a répondu par une déclaration réclamant l’annulation immédiate de cette décision et de toutes les mesures prises sur Varosha depuis octobre 2020.
Les 15 membres du Conseil ont approuvé ce texte.
Le jour de l’annonce, Erdogan avait déclaré que des décennies d’efforts de l’ONU avaient échoué et plaidé pour « deux peuples et deux États ». Les États-Unis ont estimé que ces propos risquaient de refroidir les efforts menés sous l’égide de l’ONU. Le Conseil a aussi rappelé que toute tentative d’installer à Varosha d’autres personnes que ses habitants est inadmissible.
Ce qu’un visiteur y trouve aujourd’hui
Selon un guide de voyage spécialisé, on peut se baigner sur deux portions de plage et parcourir une partie de la ville à vélo, sous la surveillance de policiers en civil, de soldats et de caméras. L’entrée dans les bâtiments est interdite, et l’accès se fait sur présentation d’une pièce d’identité. Les hôtels du front de mer, eux, restent vus de loin, des façades que la végétation et le temps ont marquées.
Varosha n’est donc plus tout à fait de l’autre côté du grillage : des visiteurs en parcourent une fraction depuis 2020, sans pouvoir entrer dans les hôtels. Les 3,5 km² annoncés en juillet 2021 représentent un peu plus de la moitié des 6,19 km² du quartier, et le Conseil de sécurité en avait exigé l’annulation immédiate.
Sources : fr.euronews.com | rts.ch


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