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Au tribunal de Toronto, Matthew Althorpe écope de 20 ans de prison sans droit de libération conditionnelle avant qu'il n'ait accompli le tiers de sa peine pour sa participation au groupe terroriste Division Atomwaffen. L’homme de 30 ans avait plaidé coupable en 2025 d'accusations de nature terroriste pour des faits qui se sont déroulés en Ontario et au Québec de 2018 à 2022.
Le plaidoyer de culpabilité de Matthew Althorpe avait permis d'apprendre qu'il avait facilité une activité terroriste, conseillé à des tiers de commettre un attentat et commis une infraction au profit d’un groupe terroriste.
Son présumé complice, Kristoffer Nippak, est en train de subir son procès sans jury depuis le 14 janvier, mais il ne fait face qu'à une seule accusation, celle d'avoir facilité une activité terroriste.
Contrairement à Nippak, Althorpe s'était vu refuser une libération sous caution après leur arrestation en 2022. Il vit en détention préventive depuis plus de trois ans au Centre de détention du Sud de Toronto.

Un membre de la Division Atomwaffen photographié à côté d'une photo d'Adolf Hitler dans une forêt en juillet 2019; la Couronne croit qu'il s'agit de Kristoffer Nippak. (Photo d'archives)
Photo : AVEC L'AUTORISATION DE LA COUR SUPÉRIEURE DE L'ONTARIO
Les deux hommes avaient été arrêtés après une enquête de 18 mois de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) dans le Centre-du-Québec, l'Est et le Nord de l'Ontario et la région du Niagara.
Un message clair
Dans sa décision, la juge Jane Kelly, de la Cour supérieure de l’Ontario, rappelle que les formes les plus extrêmes de terrorisme doivent conduire à des peines sévères de plus de 20 ans de prison.
Il incombe aux tribunaux d'envoyer à la société un message clair et sans équivoque selon lequel le terrorisme est répréhensible et que ceux qui choisissent de s'y adonner en paieront le prix fort.
Elle précise que Matthew Althorpe était le cerveau de la Division Atomwaffen, dont il a été membre pendant une décennie, et que les délits qu'il a commis sont très sérieux.
M. Althorpe a recruté des membres, publié du matériel de propagande et encouragé son groupe à commettre des actes de sabotage contre des infrastructures et de violence contre certains groupes de la société, dit-elle.

Des agents de la GRC participent à un raid à Saint-Ferdinand le 16 juin 2022 en lien avec le groupe d'extrême droite Division Atomwaffen.
Photo : Avec l'autorisation de la Gendarmerie royale du Canada
La magistrate ajoute que les incitations à la haine de l'individu sont à l'origine de six attentats mortels dans des endroits qu'elle n'a toutefois pas cités.
Elle a retenu de nombreux facteurs aggravants dans la détermination de la peine, comme l'importance de ses crimes, ses appels à la mort, à la haine et à la destruction et son influence sur des individus de la société.
La juge laisse par ailleurs entendre qu'elle a quelques doutes sur les réelles possibilités de sa réinsertion sociale à sa sortie de prison, parce que sa famille semble minimiser la gravité de sa conduite.
Elle explique qu'elle est guidée par des principes de dénonciation et de dissuasion. Ses écrits et ses vidéos ont eu un effet dévastateur sur les communautés qu'il visait, ajoute-t-elle.
La magistrate a néanmoins pris en compte beaucoup de facteurs atténuants, comme son jeune âge relatif, son plaidoyer de culpabilité, ses profonds remords, le soutien de ses proches, son enfance difficile (il a été agressé sexuellement, NDLR), sa santé mentale et ses conditions difficiles de détention préventive depuis son arrestation.

Des agents de la GRC effectuent une descente dans une maison à Saint-Ferdinand, au Québec, lors d'une « opération de sécurité nationale » qui cible le groupe néonazi Division Atomwaffen.
Photo : Avec l'autorisation de la Gendarmerie royale du Canada
Elle indique que Matthew Althorpe aura maintenant l'occasion de suivre en prison des thérapies pour soigner les problèmes liés au trouble limite de la personnalité dont il est atteint, comme l'a recommandé la psychiatre Alina Iosif.
La juge lui accorde en outre un crédit de 48 mois pour le temps qu'il a passé en détention préventive et les dures conditions d'emprisonnement dans une prison provinciale. Cela signifie qu'il ne lui restera plus que 16 ans à purger dans un pénitencier fédéral.
Position des parties
Ce châtiment est une victoire sur toute la ligne pour la Couronne qui avait réclamé 20 ans d'emprisonnement, parce que Matthew Althorpe représente, selon elle, un danger pour la société et un risque de récidive.
Des organisations juive, noire, hindoue, chrétienne et LGBTQ+ avaient, elles aussi, exigé un châtiment exemplaire après avoir été invitées à témoigner lors des recommandations sur la peine.
Les procureurs avaient rappelé lors de l'audience sur la détermination de la peine que Matthew Althorpe avait écrit, reproduit, publié, filmé, monté et diffusé du matériel de propagande appartenant à son idéologie à des fins de recrutement, tout en relevant le caractère haineux des écrits et des vidéos.

Capture d'écran d'une vidéo de propagande du groupe Division Atomwaffen. (Photo d'archives)
Photo : Avec l'autorisation de la Gendarmerie royale du Canada
Une narration accompagnait les vidéos avec des slogans haineux et violents.
On pouvait y entendre que la Division Atomwaffen représentait une nouvelle avant-garde de guerre ou encore des messages comme rejoignez-nous ou périssez avec les autres et la terreur est le langage de ceux qui sont sans voix.
Les procureurs avaient mentionné que la Division Atomwaffen véhiculait des idées racistes et violentes contre les juifs, les musulmans, les Indiens, les Noirs et les communautés LGBTQ+.
La défense de Matthew Althorpe avait plutôt demandé de 12 à 14 ans, en invoquant sa réponse à l'accusation, l’absence d’antécédents judiciaires et ses profonds remords.
Elle avait rappelé dans ses arguments finaux que son client endosse l’entière responsabilité de ses actions.
Elle avait expliqué que Matthew Althorpe avait reçu l’an dernier un diagnostic de trouble de personnalité limite après avoir consulté une psychiatre en détention.
Profonds remords
En s'adressant à la juge avant qu'elle ne réfléchisse à la peine à lui infliger, Matthew Althorpe avait réaffirmé ses regrets pour ce qu’il avait fait et il avait invité les jeunes à ne pas devenir une version médiocre de leur personne à cause de leurs souffrances passées.
J’ai laissé mes problèmes se manifester de manière hostile contre des individus que je ne connaissais même pas, a-t-il, notamment, déclaré en promettant de changer, de ne pas retomber dans le radicalisme et de suivre les thérapies qu’on voudra bien lui proposer en prison.
L'avocat de Matthew Althorpe, Robb MacDonald, s'est dit déçu de la peine que la juge Kelly a infligée à son client.
Dans un entretien avec la presse à l'extérieur du prétoire, il affirme que les profonds remords de son client auraient peut-être permis d'obtenir une peine plus clémente.
Je pensais que la juge aurait tranché au milieu, conclut-il, en se disant néanmoins satisfait du fait que son client pourra soumettre une demande de libération conditionnelle après avoir purgé le tiers de sa peine et non la moitié, comme l'exigeait la Couronne.


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