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Le service provincial de lutte contre les feux de forêt de la Colombie-Britannique a franchi un cap historique en déployant pour la première fois au Canada un drone d’allumage contre un brasier actif. La mission a réussi à ralentir la progression vers le sud du complexe d'incendies de Brunswick Creek vers le fleuve Fraser, près de Boston Bar, à la mi-juillet.
J’ai versé une larme de joie, confie le surintendant des feux culturels et dirigés de BC Wildfire, Fons Raedschelders, car le succès de cette opération marquait une victoire des pompiers dans leur combat contre ces feux d'importance près de la communauté et la culmination d’au moins six ans d’efforts de l'agence provinciale.
Jusqu’à cet été, les drones d’allumage servaient exclusivement aux brûlages dirigés. Ce sont des opérations préventives planifiées pour réduire la présence de combustible ou régénérer des écosystèmes.

Fons Raedschelders entrevoit l'utilisation de ces drones comme un outil de plus dans l'arsenal de BC Wildfire, sans pour autant les privilégier dans tous les cas de brûlage planifié ou dirigé.
Photo : BC Wildfire Service
Ils tardent toutefois à être adoptés pour des brûlages planifiés et des contre-feux. Ces tactiques d’intervention consistent à éliminer la matière inflammable entre un incendie et une ligne de contrôle des pompiers ou pour ramener la bordure d’un feu vers un terrain plus accessible pour ces derniers.
Face au relief escarpé et difficile d'accès pour des pompiers au sol, le drone s'est imposé comme un outil idéal. Tous les ingrédients pour réussir étaient présents, explique Fons Raedschelders.
Un bal aérien précis
Le drone est muni d’un dispositif d'allumage, un distributeur des sphères de plastique semblable à des balles de ping-pong, capable de larguer une combinaison de substances chimiques qui s'enflamment dans un délai prédéterminé sur une zone précise.
Ce système permet à l'opérateur d'ajuster la cadence et la répartition des foyers d'incendie avec une grande précision.

Vue d'un drone d'allumage en train de larguer les sphères de plastique (en blanc et en orange) dans une autre opération de brûlage.
Photo : BC Wildfire Service
L'intervention repose également sur un second drone d'observation. Équipé de caméras thermiques et infrarouges, il retransmet des images en temps réel au poste de commandement ou aux pompiers sur le sol pour assurer le bon déroulement du brûlage.

Un drone d'observation relayait en direct des images infrarouges (en noir et blanc, à droite) des points chauds au sol à travers la fumée et la situation en temps réel vu du ciel (à droite) lors de l'opération.
Photo : BC Wildfire Service
Cela nous permet de voir à travers la fumée, de repérer le transport de tisons, d'évaluer l'efficacité de la mise à feu et l’évolution du feu, explique Fons Raedschelders.
Afûter l'expertise privée et publique
Cette réussite s'appuie sur une collaboration étroite et de nombreuses années entre le service de gestion des feux de forêt de la province, BC Wildfire, et l'entreprise Hummingbird Drones, cofondée par Richard Sullivan, un ancien pompier forestier.

De nombreux drones sont nécessaires pour mener ce genre de mission.
Photo : BC Wildfire Service
Il était non seulement là durant l’opération de juillet, mais aussi les premiers tests de brûlage dirigé par drone dans la province en 2020.
Cette technologie était vraiment nouvelle pour nous, [même si] des gens l'utilisaient déjà sur le terrain aux États-Unis et en Australie depuis quelques années, dit Richard Sullivan, lui-même ancien pompier forestier de BC Wildfire.
Le cadre de mise à l’essai de BC Wildfire a également permis à son entreprise de peaufiner son logiciel d'analyse infrarouge, appelé Nova.
Cet outil décèle, en moins de 12 heures, des milliers de foyers de feux sur une zone cartographiée de milliers d'hectares. Cette tâche était autrefois effectuée manuellement, en déplaçant un drone de points chauds en point chaud.
Ça a été un long processus, explique Richard Sullivan. Nous n’en serions pas là si BC Wildfire n'avait pas voulu essayer notre technologie.
Élargir cette application pour le reste du pays?
Fons Raedschelders rappelle que le drone n'est qu'un outil, même si la mission de Boston Bar a démontré sa viabilité.
Le plus difficile, ce n'est pas d'utiliser la technologie, mais d'apprendre à l'intégrer en toute sécurité dans nos opérations.
Il entrevoit malgré tout de nombreuses nouvelles applications, comme le développement de capteurs capables de mesurer la qualité de l'air et les conditions météorologiques en temps réel.
De son côté, Richard Sullivan souhaite que la nouvelle de cette réussite technique se répande dans les autres provinces canadiennes.
Son entreprise envisage déjà de continuer à peaufiner sa méthode pour, peut-être, pouvoir réaliser des opérations la nuit, un moment où le comportement du feu est généralement plus calme.


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