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Texte et photos : Juliette Straet

Devant la modeste maison winnipégoise d’Elyas Tesfaye, nul ne devinerait qu'il s'y trouve une machine à voyager dans le temps. Cent ans d'histoire prennent vie sur la toile grâce à un moteur et à une puissante lampe.


Les pellicules renferment des images d’une autre époque, des documentaires sur l’agriculture des Prairies des années 1950 aux publicités alimentaires des années 1970.

Elyas Tesfaye ne boude aucun sujet; c’est l’objet qui le passionne. Sur ses étagères s’empilent des centaines de bobines de films en 16 mm.

La passion d’Elyas Tesfaye pour la pellicule est née à l’adolescence, dans son pays natal, l’Éthiopie. À 14 ans, alors qu’il regardait un film avec son père, il l’a interrogé sur la machine qui lui permettait de voir ces images. Il m’a dit que c’était un projecteur. J’ai toujours aimé les machines et les films, alors je suis tombé amoureux des projecteurs, se remémore-t-il.


C’est en arrivant au Canada que l’Éthiopien a pu se consacrer plus particulièrement à sa collection. Alors qu’il était étudiant au département des sciences animales à l’Université du Manitoba, sa professeure lui a offert un film en 16 mm sur les vaches laitières. Il a enfin acheté un projecteur digne de ce nom et a commencé à éplucher les annonces à la recherche de nouvelles pépites.

Quelques années plus tard, son déménagement à Killarney, une petite ville agricole du sud du Manitoba, a donné une tout autre échelle à son passe-temps. Une journaliste locale a fait un article sur Elyas Tesfaye et sa collection.
Peu de temps après, ce dernier a été joint par une famille qui souhaitait lui donner leur collection de films. Le cadeau se chiffrait à 600 bobines.

Le Manitoba rural garde une place de choix dans la vie du collectionneur depuis son retour à Winnipeg. Elyas Tesfaye continue de travailler dans le secteur agricole et l’un de ses films favoris est un documentaire de 45 minutes datant de 1953 qui raconte l’histoire de l’agriculture au Manitoba.


L’amour d’Elyas Tesfaye pour le septième art l’a accompagné tout au long de son voyage depuis sa ville natale, Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, jusqu’aux paysages du Manitoba. Les quelques bobines qui dépeignent son pays d’origine sont parmi ses plus précieuses. Il a trouvé dans ces films un compagnon d’aventure quand la solitude et la nostalgie du pays se font sentir.


Au fil du temps, Elyas Tesfaye a intégré une communauté de passionnés de films, du Canada et d’ailleurs. J’ai acheté des films de collectionneurs en Europe et aux États-Unis; c’est incroyable, raconte-t-il.

Il s’est aussi lié d'amitié avec Dave Barber, le défunt programmateur de la cinémathèque de Winnipeg et pilier du cinéma dans la province. Dave Barber l'a même invité à montrer ses films au grand public dans la salle de cinéma qui porte aujourd’hui son nom.

Il y a un peu plus d’une décennie, le passionné a décidé de partager sa collection avec le reste du monde. Elyas Tesfaye a appris à numériser ses pellicules et a créé une chaîne YouTube. Certaines de ses vidéos dépassent aujourd’hui les 100 000 vues.

Il a nommé la chaîne Canada 150, en référence au 150e anniversaire du pays. Sa collection contient, pour la majeure partie, des films canadiens, un vrai patrimoine visuel national.


Aujourd’hui jeune parent, Elyas Tesfaye partage sa passion avec son fils, comme son père l’a fait avec lui. Il choisit une pellicule, éteint la lumière et allume le projecteur, avec l’espoir que son fils reprendra un jour le flambeau de cette collection.
Crédits
- Texte, photos et vidéo : Juliette Straet
- Designer : Elliott Sloan
- Édimestre : Marie Mounier
- Révision : Pierre Duschesneau
- Édition et réalisation : Gavin Boutroy et Marylene Têtu
Les vidéos d'archives ont été fournies par Elyas Tesfaye, elles sont disponibles sur sa chaîne YouTube Canada 150 Archive (Nouvelle fenêtre).


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