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Le français perd du terrain à Saint-Georges, au Manitoba, mais le centre Les P’tits Loups ne compte pas rester les bras croisés. Son personnel tente de familiariser les enfants dès l'âge de 12 mois à la langue française.
Ce rôle prend une importance particulière dans cette petite communauté rurale, où la majorité des familles du centre sont anglophones ou exogames.
Une porte d’entrée vers le français
Le centre peut accueillir jusqu’à 12 enfants par jour, âgés de 12 mois à 6 ans. La plupart sont anglophones, même si certains enfants ont un parent francophone.
Pendant la journée, le personnel parle français autant que possible, même lorsque les enfants s’expriment en anglais. Les éducatrices utilisent des images, des jeux et des gestes et encouragent les enfants à demander eux-mêmes comment dire certains mots.
Pour Debbie Junke, directrice du centre depuis 2022, cette immersion prépare les enfants à leur rentrée à l’école Saint-Georges, située dans le même établissement. Elle observe que plusieurs enfants comprennent rapidement la langue française, même lorsqu’ils ne la parlent pas encore.

Debbie Junke dirige le centre Les P’tits Loups depuis 2022. Malgré son français limité, elle s’efforce de maintenir un environnement francophone pour les enfants qui le fréquentent.
Photo : Radio-Canada / Farah Mekki
Pendant un certain temps, presque plus personne ne parlait français, à part les aînés. Maintenant, ils essaient de le réintroduire pour que plus de gens le parlent, explique la directrice. Selon elle, les enfants finissent par prendre confiance et commencent progressivement à utiliser leurs propres mots et expressions en français.
Une langue moins présente dans le village
Le besoin de maintenir cette culture francophone se revendique également à l’échelle de la communauté.
Kayliah Scharpe, qui a grandi à Saint-Georges et travaille désormais aux P’tits Loups, se souvient d’une époque où le français était beaucoup plus présent dans son quotidien. Elle constate désormais qu’il est plus difficile de trouver quelqu’un avec qui le parler.
Quand j’étais enfant, je savais que je pouvais parler français à n’importe qui dans cette communauté et qu’on me répondrait. Aujourd’hui, c’est un peu plus difficile de trouver des gens qui veulent communiquer en français, raconte-t-elle.
Pour Kayliah Scharpe, la petite enfance représente donc un point de départ essentiel. Les enfants peuvent apprendre la langue avant de prendre l’habitude de communiquer uniquement en anglais.
La solution, c’est de l’enseigner aux enfants pour faire revivre le français. C’est pour cela que la garderie est le point de départ idéal : c’est là que réside la base de l'éducation.

Kaylah Sharpe a grandi à Saint-Georges et travaille désormais aux P’tits Loups. Elle constate que le français est moins présent dans la communauté que pendant son enfance.
Photo : Radio-Canada / Farah Mekki
Un service essentiel, mais fragile
La mission de raviver le français en contexte rural n’a rien d’évident. En 2022, le centre était menacé de fermeture après le départ de sa directrice et l’épuisement des bénévoles du conseil d’administration. La Fédération des parents francophones du Manitoba (FPFM) a alors repris la gouvernance de l’établissement avec l’aide du Centre d’appui à la petite enfance du Manitoba (CAJEM).
La nouvelle directrice, Debbie Junke, est anglophone. À l’époque, et malgré les démarches entreprises, aucune candidate francophone qualifiée n’a été trouvée. Le CAJEM l’accompagne donc depuis son arrivée, notamment en recrutant du personnel francophone ou bilingue et en offrant de l’accompagnement en francisation.

Le centre Les P’tits Loups tente de maintenir un environnement francophone pour les jeunes enfants de Saint-Georges, dans une communauté où le français est de moins en moins présent.
Photo : Radio-Canada / Farah Mekki
Pour Juliette Chabot, gestionnaire au CAJEM, cette situation illustre un dilemme propre à certaines petites communautés : conserver la langue tout en maintenant les services qui permettent à la communauté de rester vivante.
D’un côté, nous voulons absolument préserver la langue française. Dans les très petites communautés, le français se perd rapidement. Mais d’un autre côté, il est primordial de garder les portes ouvertes et d’offrir un service de garde à la communauté, explique-t-elle.
Juliette Chabot ajoute que le recrutement reste un obstacle majeur au projet de francisation du village. L'emplacement géographique de Saint-Georges décourage les potentiels candidats, tandis que les exigences de formation compliquent l’embauche de personnel qualifié venant d’ailleurs.
Malgré tout, Debbie Junke se dit optimiste : le centre affiche désormais une liste d’attente et son équipe bilingue actuelle est appelée à rester en place pour donner aux enfants une première raison de parler le français.


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