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Tout le monde est certain qu’une pierre finit toujours par couler : en 2012, un volcan du Pacifique en a pourtant lâché 400 km² à la surface de l’océan

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Une pierre ponce, contrairement à la plupart des roches, contient tellement de bulles d’air qu’elle peut flotter comme du bois. En juillet 2012, le volcan sous-marin Havre, niché dans l’arc des Kermadec au nord de la Nouvelle-Zélande, en a projeté une quantité suffisante pour former un radeau de 400 km² à la surface du Pacifique, en une seule journée. L’éruption s’est produite sous l’eau, entre 900 et 1 220 mètres de profondeur, sur au moins quatorze bouches volcaniques distinctes.

Le plus étonnant, ce n’est pas la taille du radeau. C’est que personne, sur le moment, ne s’est rendu compte que quoi que ce soit venait de se produire. Les volcanologues ignoraient même que le Havre était un volcan actif.

À retenir

  • Le volcan Havre a généré un radeau de pierre ponce de 400 km² en une seule journée en juillet 2012
  • La pierre ponce flotte car elle contient assez de bulles d’air pour être moins dense que l’eau
  • Plus de quatre-vingts espèces marines ont colonisé les blocs flottants, voyageant sur des milliers de kilomètres
  • L’éruption s’est produite à 900-1220 mètres de profondeur sans être détectée en temps réel

Sommaire

  1. Comment une éruption invisible a fini par affleurer
  2. Pourquoi cette pierre défie la logique
  3. Un radeau devenu écosystème mobile

Personne n’a assisté à l’éruption elle-même.

Ce sont des images satellite, reconsultées après coup, qui ont révélé la scène : un volcanologue et un spécialiste de la NASA ont retrouvé, dans les données du capteur MODIS, un panache et une eau grisâtre datés du 19 juillet 2012. Trois semaines plus tard, le 9 août, un avion de patrouille Orion de l’armée de l’air néo-zélandaise a photographié une étendue blanchâtre en survolant la zone entre Samoa et la Nouvelle-Zélande. Les pilotes ont transmis l’information au navire de guerre HMNZS Canterbury, qui a croisé le radeau le jour même, à environ 160 kilomètres au sud-ouest de l’île Raoul. L’équipage a alors mesuré une couche de pierre ponce d’environ 0,6 mètre d’épaisseur, sur un kilomètre de large, qui s’étendait à perte de vue.

Les marins ont récupéré des échantillons directement dans les filtres à eau du bateau, avant que les géologues néo-zélandais ne remontent la piste jusqu’au volcan Havre grâce aux relevés sismiques du 17 et 18 juillet. Des morceaux de la taille d’une balle de golf à celle d’un ballon de football flottaient par milliers.

Pourquoi cette pierre défie la logique

La pierre ponce naît quand le magma riche en gaz se fige brutalement au contact de l’eau froide, piégeant d’innombrables microbulles à l’intérieur de la roche. Cette porosité abaisse tellement sa densité que le clast flotte, parfois pendant des années, avant de s’imbiber d’eau et de finir par sombrer.

Sur le volcan Havre, plus de 75 % du volume total émis lors de l’éruption s’est retrouvé sous cette forme flottante, contre une minorité transformée en lave ou en dépôts au fond de l’océan. Les scientifiques estiment le volume global émis à environ 1,5 km³ de magma rhyolitique. L’événement est officiellement classé VEI-1, l’échelle la plus faible, par le Smithsonian Institution, mais son volume correspond en réalité à un VEI-5, preuve que cette échelle reste mal adaptée aux éruptions sous-marines profondes.

Un radeau devenu écosystème mobile

Le radeau de pierre ponce ne s’est pas contenté de flotter sur place. Dès le 19 août 2012, la nappe s’étalait déjà sur environ 270 000 km² du Pacifique, poussée par les vents et les courants. Les filaments de ponce ont continué leur dérive pendant des mois, certains se dispersant en rubans trop fins pour être repérés par satellite. Une partie a fini par s’échouer sur les côtes des Tonga et du nord de la Nouvelle-Zélande, tandis que d’autres fragments ont atteint la côte est de l’Australie près d’un an après l’éruption.

Ce trajet de plusieurs milliers de kilomètres a transformé chaque bloc de pierre ponce en radeau de survie miniature. Des chercheurs ont recensé plus de quatre-vingts espèces marines différentes ayant colonisé ces roches flottantes, des balanes aux coraux en passant par les bryozoaires et diverses algues.

Ce voyage biologique n’a rien d’anecdotique pour les scientifiques. La pierre ponce, résistante à l’usure et increvable dans l’eau salée, s’avère être un vecteur redoutablement efficace pour disperser la vie marine sur de très longues distances, bien plus qu’un simple débris flottant. Une expédition menée en 2015 avec un véhicule sous-marin autonome a permis de cartographier en détail le fond de la caldeira du Havre, révélant des blocs de pierre ponce géants atteignant 9 mètres de diamètre, abandonnés là par ce qui reste à ce jour la plus grosse éruption silicique en eau profonde jamais documentée.

Sources : volcano.si.edu | ncbi.nlm.nih.gov | osti.gov

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