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Près d’un million d’euros engloutis par la première station thermale de France dans un procédé au nom savant : pas un seul des effets annoncés n’a jamais été constaté

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Près d’un million d’euros. C’est la somme que la société publique qui exploite les thermes de Balaruc-les-Bains, première station thermale de France par le nombre de curistes, a dépensée pour un procédé baptisé « hyperionisation ». Ce dispositif de traitement de l’eau thermale n’a jamais été mis en service. Le constat figure noir sur blanc dans le rapport d’observations définitives publié le 17 septembre 2026 par la Chambre régionale des comptes (CRC) Occitanie sur la SPLETH, la société publique locale gestionnaire des thermes.

À retenir

  • La SPLETH a dépensé 904 680 € en équipements d’hyperionisation restés trois ans dans les sous-sols sans être activés
  • Les autorisations sanitaires indispensables n’ont jamais été obtenues avant l’achat du matériel en 2022-2023
  • Un employé ayant participé au projet technique est le fils d’une administratrice de la SPLETH, révélant des failles de gouvernance

Sommaire

  1. Un équipement payé, jamais branché
  2. Des liens familiaux qui interrogent
  3. Des finances saines, mais une gouvernance à clarifier

Un équipement payé, jamais branché

Le montant exact retenu par les magistrats financiers s’élève à 904 680 € d’équipements non mis en service. L’acquisition de ces dispositifs d’hyperionisation de l’eau destinés aux thermes s’est faite en 2022 et en 2023. Trois ans plus tard, le matériel dort toujours dans les sous-sols des thermes.

La raison de cet échec tient à une case administrative jamais cochée. Le dispositif n’aurait jamais été mis en service dans les thermes, les autorisations sanitaires indispensables n’ayant jamais été obtenues pour cette technologie de traitement de l’eau. Le communiqué accompagnant le rapport de la CRC est sans ambiguïté sur ce point : « à défaut d’obtention des autorisations sanitaires indispensables en amont, ce dispositif n’a, au final, pas été mis en service ».

Un million d’euros dormant dans un sous-sol.

La Chambre relève une anomalie de méthode en amont de l’achat. Aucune recherche formalisée de solutions techniques alternatives n’avait précédé le recours à une procédure sans publicité ni mise en concurrence. personne n’a comparé ce procédé à d’autres technologies avant de signer le chèque. Les magistrats notent aussi que le besoin avait été défini à partir d’une technologie déjà expérimentée par la société exploitant les thermes, un choix qui a orienté d’emblée le cahier des charges vers un fournisseur précis.

Des liens familiaux qui interrogent

Le dossier prend une tournure plus sensible encore avec la question des conflits d’intérêts. Selon la CRC, un salarié de la SPLETH, fils d’une adjointe au maire et administratrice de la SPLETH, a participé à la préparation technique du projet porté par le fournisseur retenu par les magistrats sous le nom de « Société X ». Ce n’est pas un détail anodin : la même personne qui prépare techniquement l’achat a un lien de parenté direct avec une élue qui siège au conseil d’administration de la société qui va valider la dépense.

La commune et la SPLETH ont déclaré ne pas avoir eu connaissance de ces liens soulignés par les magistrats. Reste que la chaîne de décision, selon la Chambre, n’a pas été suffisamment sécurisée. Les magistrats pointent une « chaîne décisionnelle insuffisamment sécurisée » et une « insuffisante sécurisation de la définition du besoin » pour cet investissement pourtant loin d’être anecdotique.

Ce n’est pas la première fois que ce dossier fait parler de lui. Les éléments avancés par la CRC concordent avec ceux révélés en avril 2025 par un média local qui avait déjà pointé ce montage. La Chambre parle prudemment de « Société X » ; la presse spécialisée, elle, avait déjà identifié la technologie et son promoteur dès l’année précédente.

Des finances saines, mais une gouvernance à clarifier

Le paradoxe du dossier tient à ce contraste. La SPLETH n’est pas une société en difficulté. En 2024, la Spleth affiche 39,5 millions d’euros de chiffre d’affaires, contre 34,1 millions en 2019. Son résultat net atteint 3,3 millions d’euros et sa trésorerie disponible 20,5 millions d’euros. Autant dire que les 905 000 euros perdus dans le procédé d’hyperionisation ne menacent pas l’équilibre de l’entreprise. Mais l’argument financier n’efface rien du problème de méthode soulevé par les magistrats.

La station reste un poids lourd du thermalisme français. La station a accueilli 50 265 curistes en 2024, soit 10,7 % de la fréquentation thermale nationale. Cette activité irrigue directement les finances communales : la commune, propriétaire des équipements et actionnaire majoritaire de la SPLETH, a perçu en 2024 environ 7,6 millions d’euros de redevances, auxquels s’ajoutent 1,7 million d’euros de dividendes, soit près de 21 % du chiffre d’affaires de la société.

La gouvernance, elle, reste dans le viseur de la Chambre. Les magistrats relèvent une concentration des fonctions exécutives et un exercice limité du rôle stratégique des instances collégiales, ainsi qu’une prévention des conflits d’intérêts lacunaire ou absente. Plusieurs recrutements à des postes sensibles auraient également été effectués sans procédure transparente, certains dans une proximité familiale avec des élus locaux.

La CRC recommande une clarification de la gouvernance de la société. Reste à savoir si le matériel d’hyperionisation, toujours installé mais inutilisé, finira un jour par obtenir les autorisations sanitaires qui lui manquent, ou s’il restera comme le symbole d’une dépense décidée trop vite pour une technologie jamais éprouvée à cette échelle dans un établissement thermal français.

Sources : shango.media | assemblee-nationale.fr | news.google.com

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