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Sous les rues de Pyongyang roule depuis 1973 un métro à 110 m de fond que presque aucun étranger n’a pu parcourir en entier

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Un métro, c’est en théorie un simple moyen de transport souterrain. Mais à Pyongyang, cette définition de base ne suffit pas : sous les avenues de la capitale nord-coréenne se cache un réseau si profond, si secret et si étroitement surveillé qu’il ressemble davantage à une forteresse enterrée qu’à un service public ordinaire. Depuis son ouverture en 1973, ce métro fascine les rares visiteurs étrangers autorisés à y poser un pied, sans jamais leur permettre d’en percer tous les mystères. Car ici, sous les pieds des habitants, se dissimule bien plus qu’un simple trajet entre deux stations.

À retenir

  • Le métro de Pyongyang plonge à plus de 110 mètres de profondeur, ce qui en fait le plus profond du monde, et fut conçu dès l'origine pour servir aussi d'abri anti-aérien.
  • Le réseau compte deux lignes et 22,5 km de voies, avec dix-sept stations à l'origine, dont Kwangmyong, fermée en 1995 car reliée au palais de Kumsusan.
  • Inspirées du métro moscovite et bâties dès 1968 avec l'aide de l'URSS et de la Chine, les stations arborent marbre et fresques, tandis que l'accès des étrangers au réseau reste strictement limité par les autorités.

Un métro creusé comme un bunker géant

Pour comprendre le métro de Pyongyang, il faut d’abord oublier tout ce que l’on connaît des réseaux souterrains européens. Là où le métro parisien s’enfonce rarement à plus d’une vingtaine de mètres, celui de la capitale nord-coréenne plonge à plus de 110 mètres sous terre, ce qui en fait le métro le plus profond du monde. Pour y accéder, les usagers empruntent des escalators mécaniques interminables, dont la descente dure environ 3,5 minutes, un vertige temporel qui donne immédiatement le ton : ici, rien n’a été laissé au hasard.

Cette profondeur inhabituelle n’est pas le fruit d’une contrainte géologique, mais bien d’un choix stratégique assumé. Le métro a été conçu dès le départ pour servir également d’abri anti-aérien, capable de résister à des frappes en cas de conflit. Les stations, avec leurs lourdes portes et leur architecture massive, ont ainsi été pensées comme des refuges potentiels pour la population, une dimension défensive qui explique en grande partie pourquoi ce chantier a nécessité une telle prouesse technique pour l’époque.

Deux lignes, dix-sept stations : le mystère d’un réseau figé depuis un demi-siècle

Contrairement aux grandes métropoles occidentales qui étendent régulièrement leurs réseaux de transport, celui de Pyongyang n’a pratiquement pas bougé depuis son inauguration le 6 septembre 1973. Il se compose de deux lignes seulement : la ligne Chŏllima, qui relie la station Puhŭng, sur les rives du fleuve Taedong, jusqu’à Pulgŭnbyŏl, et la ligne Hyŏksin, qui va de Kwangbok au sud-ouest jusqu’à Ragwŏn au nord-est. Ces deux lignes se croisent à la station Chŏnu, sur un total de 22,5 kilomètres de voies.

À l’origine, dix-sept stations formaient ce réseau, espacées d’environ 1 500 mètres les unes des autres. Pourtant, une seule d’entre elles a disparu de la circulation publique : la station Kwangmyong, ouverte en 1978 puis fermée en 1995. Officiellement, cette fermeture s’explique par sa connexion directe au palais du Soleil de Kumsusan, où reposent les dépouilles de Kim Il-sung et Kim Jong-il. Depuis, les rames y passent sans jamais s’arrêter, traversant ce quai fantôme dans l’indifférence apparente des voyageurs, habitués à ce vide architectural au cœur de leur trajet quotidien.

Des palais souterrains interdits aux regards étrangers

Ce qui frappe le plus lorsqu’on évoque ce métro, c’est son décorum quasiment digne d’un musée. Les stations rivalisent de marbre poli, de lustres monumentaux et de bronzes soigneusement ouvragés. On y dénombre plus d’une centaine de fresques murales grandioses, dans un style qui n’est pas sans rappeler le faste du métro moscovite, dont il s’inspire directement. Ce choix esthétique n’a rien d’un hasard : les travaux ont débuté en 1968 à l’initiative de Kim Jong-il, marqué par sa visite du métro de Pékin deux ans plus tôt, le tout financé conjointement par l’URSS et la République populaire de Chine.

Autre particularité unique au monde : les noms des stations n’ont aucun lien avec la géographie environnante. Ils font plutôt référence à des thèmes glorifiant la Révolution nord-coréenne, comme autant de symboles idéologiques disséminés sous terre. Pour un touriste occidental habitué aux noms de rues ou de quartiers dans son propre métro, cette logique narrative et politique déstabilise autant qu’elle intrigue, renforçant l’idée que ce réseau n’est pas qu’un simple outil de mobilité, mais une véritable vitrine du régime.

Ce que révèle vraiment le métro le plus secret du monde

Si peu d’étrangers ont pu parcourir l’intégralité du réseau, ce n’est pas un hasard. Les autorités nord-coréennes limitent volontairement l’accès à certaines stations et encadrent étroitement les visites touristiques, révélant seulement une infime partie de ce système souterrain. Ce contrôle strict alimente depuis des décennies les spéculations sur ce qui se cache réellement derrière les portes fermées, les tunnels annexes ou les zones jamais montrées aux caméras étrangères.

En creusant un métro aussi profond, aussi orné et aussi verrouillé, la Corée du Nord a en réalité construit bien plus qu’un simple moyen de transport : elle a façonné un symbole. Un symbole de résilience face à une menace militaire redoutée, un symbole de grandeur architecturale destiné à impressionner, et un symbole de contrôle absolu sur ce que le monde extérieur est autorisé à voir. Depuis plus de cinquante ans, ce réseau figé dans le temps continue ainsi de fonctionner sous les yeux d’une population qui l’emprunte quotidiennement, sans jamais en dévoiler tous les secrets à ceux qui l’observent de l’extérieur.

Entre prouesse d’ingénierie, vestige de la guerre froide et outil de propagande, le métro de Pyongyang illustre à sa manière comment un espace aussi banal en apparence, un simple tunnel sous une ville, peut devenir le reflet fidèle d’un système politique tout entier. Et si le véritable mystère ne résidait pas tant dans sa profondeur que dans ce qu’il choisit de ne jamais montrer ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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