Deux canettes de soda par jour à l’adolescence, et un risque d’hypertension supérieur de 52 % vingt-cinq ans plus tard. C’est la conclusion d’une vaste étude publiée dans la revue Circulation, qui a suivi plus de 25 000 jeunes Américains depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte. Les chercheurs de la Harvard T.H. Chan School of Public Health et de l’université de Toronto viennent de démontrer, avec un recul rarement atteint sur ce type de sujet, que les habitudes de boisson prises devant la télé à 12 ans laissent une empreinte biologique bien après le lycée.
À retenir
- Des habitudes de boisson prises à 12 ans laissent des traces biologiques mesurables un quart de siècle plus tard
- Le jus de fruits longtemps présenté comme sain présente les mêmes risques que le soda pour les artères
- Un seul changement quotidien pourrait réduire le risque cardiovasculaire de 22 % sur toute une vie
Sommaire
- Un quart de siècle de données, un signal qui ne faiblit pas
- Le jus de fruits, mauvaise surprise de l’étude
- Pourquoi ces boissons abîment les artères sur le long terme
- Ce que ça change concrètement pour les familles
Un quart de siècle de données, un signal qui ne faiblit pas
L’étude s’appuie sur la Growing Up Today Study (GUTS), une cohorte lancée aux États-Unis dans les années 1990. Cette étude longitudinale a finalement inclus 25 749 participants après exclusions, issus de deux vagues de recrutement : une première en 1996 avec 16 875 enfants âgés de 9 à 14 ans, une seconde en 2004 avec 10 918 enfants âgés de 9 à 16 ans. Le suivi s’est terminé en 2021, les participants renseignant leur mode de vie, leur état de santé et leur alimentation habituelle via des questionnaires validés tous les un à quatre ans, avec un âge moyen de 12 ans à l’entrée et 36 ans à la fin du suivi.
Le résultat central tient en une phrase, mais elle mérite d’être détaillée. La consommation la plus élevée de boissons sucrées (deux portions ou plus par jour) et de jus de fruits (1,5 portion ou plus par jour) était significativement associée à un risque plus élevé d’hypertension. ce n’est pas la première canette occasionnelle du mercredi après-midi qui inquiète les scientifiques, mais la répétition quotidienne, installée comme un réflexe pendant des années de croissance.
Le chiffre de 52 % concerne précisément les plus gros consommateurs. Les participants ayant la consommation de boissons sucrées la plus élevée avaient un risque 52 % plus élevé de développer une hypertension par rapport à ceux ayant la consommation la plus faible. Sur l’ensemble de la cohorte, 6,3 % des participants ont déclaré un diagnostic d’hypertension au cours des vingt-cinq années de suivi, un taux qui grimpe nettement chez les anciens gros buveurs de soda.
Le jus de fruits, mauvaise surprise de l’étude
Voilà le point qui devrait surprendre le plus de parents. Le jus de fruits, longtemps présenté comme une alternative saine au soda dans les cantines et les petits-déjeuners, n’échappe pas au signal négatif. Les participants ayant la consommation de jus de fruits la plus élevée avaient un risque 35 % plus élevé de développer une hypertension. À l’inverse, le fruit entier, lui, n’était pas associé à un risque d’hypertension.
La différence tient à la structure physique de l’aliment plus qu’à sa teneur en sucre pure. La consommation totale de fructose, prise isolément, n’était pas associée à un risque d’hypertension : ce n’est pas le sucre en lui-même qui compte, mais la forme sous laquelle il arrive dans l’organisme. Un jus perd ses fibres lors du pressage, se boit vite, et n’apporte aucune sensation de satiété comparable à celle d’une orange mastiquée. Le corps reçoit le même fructose, mais dans des conditions d’absorption totalement différentes.
Les auteurs ont aussi regardé ce qui se passe quand on inverse les habitudes. Remplacer une portion quotidienne de boisson sucrée par un fruit entier, du lait ou de l’eau était associé à un risque plus faible d’hypertension, de même que remplacer le jus de fruits par un fruit entier. Concrètement, substituer une boisson sucrée quotidienne par un fruit entier était associé à une baisse de 22 % du risque. Ce n’est pas rien : un simple changement de contenant, du verre à la corbeille de fruits, modifierait la trajectoire cardiovasculaire de toute une vie.
Pourquoi ces boissons abîment les artères sur le long terme
Les chercheurs pointent une explication assez intuitive une fois qu’on y pense. Les boissons délivrent des quantités importantes de sucre sans les fibres et la structure présentes dans un fruit entier, et les liquides se consomment généralement plus vite que les aliments solides, en étant moins rassasiants, ce qui facilite la surconsommation. Un enfant qui boit deux canettes en dix minutes n’a pas le temps de ressentir la moindre satiété, contrairement à celui qui mange une pomme.
L’autrice principale de l’étude, la chercheuse Vasanti Malik, résume l’enjeu de santé publique en des termes clairs : « les habitudes alimentaires au début de la vie peuvent avoir des conséquences durables sur la santé ». Elle ajoute un constat inquiétant sur la tendance actuelle : « l’hypertension artérielle survient également plus tôt dans la vie, avec une prévalence croissante chez les jeunes adultes, les enfants et les adolescents, ce qui souligne l’importance du dépistage précoce et de la prévention ». L’hypertension n’est plus une pathologie de fin de carrière professionnelle, elle s’installe désormais chez des trentenaires qui ont grandi avec un distributeur de sodas au bout du couloir.
Ce que ça change concrètement pour les familles
L’étude reste observationnelle : elle établit une association statistique solide, pas une preuve de causalité biologique directe. Mais son ampleur et sa durée lui donnent un poids que peu de travaux nutritionnels peuvent revendiquer. Parce que l’étude était observationnelle, elle ne peut pas prouver un lien de cause à effet, mais son échelle et son suivi de vingt-cinq ans donnent aux résultats un poids considérable. Les auteurs recommandent de soutenir les repères de santé publique existants qui invitent à limiter la consommation de boissons sucrées chez les plus jeunes, et à ne pas confondre systématiquement jus de fruits et fruit frais dans les recommandations alimentaires familiales.
Reste une question pratique, souvent oubliée dans ces débats : le fructose contenu dans un soda et celui d’une orange sont chimiquement identiques, mais l’un traverse l’organisme en quelques minutes, l’autre en s’accompagnant de fibres qui ralentissent son absorption. Un détail biochimique, presque anecdotique en apparence, qui pourrait expliquer une bonne partie de l’écart de risque observé sur ces vingt-cinq années de suivi.
Sources : sciencesetcivilisations.fr | futura-sciences.com


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