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Des ouvriers ont commencé en août 1991 à changer un câble sur un mât polonais : pendant l’opération, le record du monde de hauteur s’est effondré

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Un câble à changer, un matin d’août, et c’est toute la fierté technique d’un pays qui s’écroule en quelques secondes. Le 8 août 1991, le mât radio de Konstantynów, près de Gąbin en Pologne, se plie en deux pendant une opération de maintenance sur ses haubans. La plus haute construction du monde depuis 1974 disparaît en un instant.

Le géant mesurait 646,30 m et fut le mât le plus haut du monde de 1974 jusqu’à son effondrement le 8 août 1991. Sa masse, elle, atteignait 420 tonnes, pour une construction en treillis d’acier à section triangulaire de 4,8 mètres de côté. Un colosse conçu pour une seule mission : porter le signal de la radio d’État polonaise le plus loin possible. Et il y parvenait largement, puisque sa hauteur extrême visait à diffuser les médias d’État polonais dans le monde entier, jusqu’au Canada, aux États-Unis, et même en Antarctique.

À retenir

  • Le mât de Konstantynów mesurait 646,30 mètres et fut le plus haut du monde de 1974 à 1991
  • L’effondrement du 8 août 1991 fut causé par le desserrage d’un câble auxiliaire pendant une maintenance de routine
  • Le record de hauteur demeura inégalé jusqu’en 2008 avec la construction du Burj Khalifa à Dubaï

Sommaire

  1. Un chantier de routine qui vire au désastre
  2. Dix-sept ans de règne, puis plus rien
  3. Le Burj Khalifa, dix-sept ans plus tard

Un chantier de routine qui vire au désastre

Rien ne laissait présager la catastrophe ce jour-là. Les équipes procédaient à un remplacement de haubans, une opération classique sur ce type de structure haubanée. Selon les explications reprises par Wikipédia, la cause directe de l’effondrement fut le desserrage d’un des câbles dans la dernière, cinquième section des haubans : l’un des câbles auxiliaires s’est échappé des fixations, et l’autre câble auxiliaire s’est rompu de son ancrage.

Le résultat ne s’est pas fait attendre. Le mât s’est plié à mi-hauteur avant de s’effondrer sur lui-même, dans un fracas que les habitants des environs ont entendu à des kilomètres à la ronde. L’enquête qui a suivi a révélé des lacunes organisationnelles troublantes : le responsable des travaux de maintenance n’avait pas les qualifications nécessaires, et aucun journal de chantier n’était tenu, ce qui a compliqué l’enquête. Un mât record, entretenu à la légère.

Aucune victime n’a été rapportée. C’est le point le plus surprenant de cette histoire.

Les conséquences judiciaires, elles, ont suivi leur cours. Le chef d’équipe responsable des travaux a été condamné à deux ans et demi de prison. Une sanction qui n’a jamais permis de faire renaître le géant de Konstantynów.

Dix-sept ans de règne, puis plus rien

Avant sa chute, le mât polonais dominait le classement mondial depuis longtemps déjà. À partir de 1974 et pendant 17 années, la construction la plus haute du monde s’est trouvée au centre de la Pologne, à Konstantynów. Une performance d’autant plus remarquable qu’elle n’avait, à l’origine, rien d’une course au record : les ingénieurs cherchaient avant tout à garantir une diffusion radio efficace sur tout le territoire et au-delà.

La reconstruction du mât n’a jamais eu lieu. Les habitants de la région, longtemps inquiets des effets supposés des ondes émises par cette antenne géante, se sont mobilisés contre tout projet de résurrection du colosse. Un comité local s’est même formé pour s’opposer à toute nouvelle construction similaire, invoquant des risques sanitaires que les études scientifiques n’ont jamais confirmés. La Pologne a fini par construire un dispositif de remplacement bien différent : deux mâts jumeaux d’une hauteur de 330 mètres chacun, soit la moitié du record initial, ont finalement été érigés non pas près de Gąbin mais en pleine forêt, sur un ancien terrain militaire entre Bydgoszcz et Toruń, à hauteur de Solec Kujawski, mis en service en 1999.

Le site de Konstantynów lui-même a fini par disparaître presque entièrement du paysage. La majeure partie de la structure métallique a été vendue à la ferraille, et le centre radiophonique a officiellement cessé toute activité en 2003, avant que la plupart des bâtiments ne soient démolis en 2022. Ne reste aujourd’hui qu’une fondation, seule trace visible d’un géant qui a dominé le ciel européen pendant près de deux décennies.

Le Burj Khalifa, dix-sept ans plus tard

Il aura fallu attendre 2008 pour voir tomber ce record posthume. Le chantier du Burj Khalifa, à Dubaï, a fini par dépasser en hauteur le mât polonais disparu, alors même que la tour n’était pas encore achevée. C’est le 19 mai 2008 que le record de hauteur de la construction a été battu par le Burj Khalifa. La tour émiratie a finalement culminé bien plus haut encore une fois terminée deux ans plus tard, avec ses 828 mètres, reléguant définitivement l’exploit polonais au rang de souvenir.

Ce qui frappe, avec le recul, c’est le contraste entre les deux histoires. D’un côté, un mât en treillis métallique conçu à la fin des années 1960 en Pologne communiste, pensé pour porter des ondes radio plus loin que n’importe quelle antenne au monde. De l’autre, un gratte-ciel émirati pensé comme vitrine architecturale et touristique, symbole d’une tout autre époque et d’une tout autre ambition. Entre les deux, dix-sept années où un pays d’Europe centrale a détenu, presque par accident, l’un des records les plus spectaculaires de l’histoire de l’ingénierie.

Aujourd’hui, si le mât de Konstantynów existait encore, il occuperait toujours une place enviable dans le classement mondial. Il serait la troisième construction la plus haute du monde, dépassé seulement par le Burj Khalifa et par le gratte-ciel Merdeka 118, qui culmine à 679 mètres. Un rang honorable pour un géant d’acier tombé en quelques secondes, un soir d’été, à cause d’un câble mal fixé.

Sources : atlasobscura.com | abandonedspaces.com

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