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En Hesse s’élève depuis les années 1970 une montagne blanche de 200 m qui grossit encore de 900 tonnes chaque heure

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Depuis les années 1970, une montagne blanche ne cesse de grandir au cœur de la Hesse, en Allemagne. Elle domine la petite ville d’Heringen, dépasse 200 mètres de hauteur, et continue d’engloutir des tonnes de sel à chaque heure qui passe. Son nom : le Monte Kali, aussi surnommé « Kalimandscharo » par les habitants de la région.

Ce sommet artificiel n’a rien de naturel. Il s’agit d’une très grande halde de sel issue de l’exploitation minière de la potasse, située près de Heringen, dans le Land de Hesse, non loin de la frontière avec la Thuringe. Le surnom de Kalimandscharo n’est pas un hasard : la silhouette blanche et conique du terril, vue de loin, rappelle furieusement les neiges du Kilimandjaro africain.

À retenir

  • Le Monte Kali, en Hesse, est un terril de 200 m composé de 209 millions de tonnes de sel accumulées depuis 1970.
  • La mine déverse 900 tonnes de résidus salins par heure sur le terril, soit l’équivalent de deux Airbus A380 chargés.
  • L’eau de pluie lessivant le sel modifie durablement la composition chimique de la rivière Werra en aval.

Sommaire

  1. Un terril né de l’exploitation de la potasse
  2. Une montagne toujours plus haute, toujours plus large
  3. Un problème que la pluie ne résout pas
  4. Une attraction touristique inattendue

Un terril né de l’exploitation de la potasse

Ce sont des résidus de sel gemme, dont on a séparé la potasse : si la potasse reste très utilisée comme engrais, le sel proprement dit a trop peu de valeur pour être commercialisé. Impossible donc de le vendre. Il ne reste qu’une solution : l’entasser.

Chaque tonne de minerai extraite du sous-sol hessois contient une part de potasse valorisable et une part bien plus importante de chlorure de sodium, inutile pour l’industrie chimique locale. Ce sel résiduel, trop impur pour rejoindre les rayons des supermarchés, prend alors le chemin du terril. Année après année, la montagne s’élève.

Le résultat donne le vertige. En juillet 2017, la montagne couvrait une surface d’environ 99 hectares et se composait d’environ 209 millions de tonnes de sel, avec 900 tonnes supplémentaires par heure d’extraction. Neuf cents tonnes par heure. C’est à peu près le poids de deux Airbus A380 chargés, déversés toutes les soixante minutes sur le même tas.

Une montagne toujours plus haute, toujours plus large

Le terril ne se contente pas de grossir en hauteur. Il gagne aussi en surface, année après année, au point de devenir l’un des repères visuels les plus marquants de la vallée de la Werra. Depuis certaines routes, on aperçoit sa masse blanche des kilomètres avant même d’arriver à Heringen.

Le sel qui compose cette montagne n’est pas du chlorure de sodium pur. Les gisements de potasse font partie du salinar et sont donc toujours accompagnés de chlorure de sodium, la teneur en potasse variant entre 20 et 35 %. une bonne partie de ce qui sort de la mine finit systématiquement sur le tas, quelle que soit la qualité du gisement exploité.

Un tapis roulant achemine en continu les résidus vers le sommet. Le dispositif fonctionne selon le rythme de l’extraction minière, ce qui explique pourquoi le chiffre de 900 tonnes par heure correspond précisément aux heures d’activité de la mine, et non à une moyenne sur 24 heures.

Un problème que la pluie ne résout pas

Reste une question que la montagne blanche pose depuis sa création : que devient tout ce sel quand il pleut ? La réponse est simple, et embêtante pour l’écosystème local.

L’eau de pluie qui ruisselle sur les flancs du terril se charge en sel avant de rejoindre les cours d’eau environnants, en particulier la Werra, la rivière qui traverse la région. Ce phénomène de lessivage n’a rien d’anecdotique : il modifie durablement la composition chimique de l’eau en aval du site, un enjeu documenté depuis des décennies par les autorités environnementales locales.

Face à ce problème, difficile de trouver une solution radicale. Recouvrir intégralement une montagne de plusieurs dizaines d’hectares relève d’un chantier titanesque, coûteux, et qui ne réglerait de toute façon pas le stock déjà accumulé. La halde continue donc de dominer le paysage, contrainte visible d’une activité minière qui reste, elle, économiquement indispensable à la région.

Une attraction touristique inattendue

Paradoxe local : ce symbole des déchets industriels attire aussi les curieux. Des visites guidées permettent aujourd’hui de gravir le terril, avec un point de vue qui domine toute la vallée de la Werra par temps dégagé.

L’ascension dure une quinzaine de minutes selon la condition physique du visiteur. Une fois en haut, le panorama s’étend sur les forêts environnantes, loin de l’image industrielle que l’on pourrait imaginer en bas de la montagne.

Le Monte Kali illustre à sa façon un dilemme que connaissent bien d’autres régions minières en Europe : que faire des sous-produits d’une industrie qui reste économiquement vitale, mais dont les résidus s’accumulent plus vite qu’on ne peut les traiter ? En Hesse, la réponse tient, pour l’instant, en une montagne blanche qui continue de pousser, tonne après tonne, heure après heure.

Sources : heringen.de | aroundus.com | mapcarta.com

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