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Sales et brisées : Toronto veut réinventer ses poubelles publiques

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Poubelles débordantes, pédales défectueuses et trottoirs jonchés de déchets : près des deux tiers des Torontois jugent que les poubelles de la Ville Reine sont mal entretenues et insalubres, selon une consultation municipale. Les choses changeront-elles avec les nouvelles poubelles que le prochain conseil municipal aura la tâche de choisir?

Au cours des prochaines semaines, Radio-Canada reviendra sur plusieurs enjeux qui touchent les Torontois en vue de cette course à la mairie. Les Torontois sont appelés aux urnes le 26 octobre prochain.

Dans un récent sondage commandé par la Ville de Toronto, 63 % des répondants se disaient en désaccord avec le fait que les poubelles sont bien entretenues, et 63 % estiment qu'elles ne sont pas propres.

Seuls 15 % des Torontois croient que les poubelles sont propres, alors que 14 % s'accordent à dire qu'elles sont bien entretenues.

Une poubelle débordante au centre-ville de Toronto.

Seuls 15 % des Torontois croient aujourd'hui que les poubelles de rue sont propres, contre 63 % qui dénoncent l'insalubrité.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Morissette

En 2017, un sondage similaire avait été effectué, et la Ville rapportait que 52 % des Torontois étaient satisfaits des poubelles de rue équipées d’une pédale à pied.

Méthodologie

Le sondage d'opinion publique sur le programme Mobilier urbain de la Ville de Toronto s'est déroulé en ligne du 10 février au 2 avril 2026 via la plateforme d'engagement public Medallia. Conçu conjointement par la Ville, le questionnaire combinait des questions à choix multiples, des échelles d'évaluation et des questions ouvertes afin de recueillir des données quantitatives et qualitatives sur les priorités, l'utilisation et la satisfaction liées aux éléments comme les abribus, les bancs et les poubelles.

Ouvert à l'ensemble de la population sans échantillonnage aléatoire, le sondage a réuni 12 126 réponses principales (et jusqu'à 14 200 répondants pour certaines sections démographiques), grâce à une stratégie de diffusion combinant des envois ciblés par courriel, des promotions sur le site Web et les réseaux sociaux de la Ville.

Un contrat de 20 ans

En 2007, la Ville de Toronto a signé une entente avec le groupe Astral pour la gestion des 10 500 poubelles de la municipalité.

L’accord de 20 ans donnait à la compagnie l’unique gestion du mobilier urbain, comme les abribus, les poubelles et les bancs de parc. L’entente couvrait aussi la fabrication, l'installation et l'entretien de 25 000 éléments de mobilier urbain. Ce contrat prend fin en 2027.

Une poubelle avec des petites embouchures pour jeter ses déchets.

Le prochain conseil municipal aura la tâche colossale de choisir le futur mobilier urbain qui équipera les rues de la métropole.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Morissette

En retour du contrat, Astral avait obtenu le monopole publicitaire sur les mobiliers. Cet échange de services devait rapporter à la Ville de Toronto des recettes de 400 millions de dollars pendant la période du contrat.

Mais le design choisi par Astral est loin de faire l’unanimité. La fameuse poubelle avec pédale, que l’on retrouve encore à Toronto, se brise facilement et l’embouchure se montre trop petite pour le flot de déchets. Résultat : les poubelles débordent rapidement et les déchets se retrouvent sur le sol.

Au fil des années, le design des poubelles a évolué et l’embouchure des poubelles s'est agrandie.

Un nouveau modèle des poubelles à Toronto.

Sur les plus récents modèles de poubelles, 70 % des usagers ont remarqué une amélioration quant à la facilité d'accès et à la largeur des ouvertures.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Morissette

L’hiver dernier, le comité exécutif a approuvé un processus en vue du nouveau contrat. Selon les modalités, le contrôle complet des poubelles de rue reviendrait dans le giron de la municipalité à la fin du contrat actuel.

Un appel d'offres a par la suite été lancé pour sélectionner le partenaire qui assurera la fabrication, l'installation et l'entretien du futur mobilier.

Une question de propreté

Pour Simon Wong, directeur général de la Zone d’amélioration commerciale (ZAC) de la rue Queen Ouest, la propreté des rues est un enjeu primordial.

Cela donne envie aux gens de venir dans les commerces de quartier, d'y rester un moment et de faire leurs achats, explique-t-il.

Une poubelle dont l'ouverture pour les déchets est petite.

Selon un sondage commandé par la Ville de Toronto, la priorité d'amélioration, pour 71 % des résidents, est d'augmenter la capacité de stockage des poubelles, afin de réduire les débordements.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Morissette

Selon lui, l’entente signée avec Astral en 2007 n’a jamais permis aux Torontois d'avoir des rues propres.

Notre infrastructure actuelle de poubelles ne suffit pas. Elles débordent souvent, et les déchets se répandent parfois dans la rue, particulièrement durant les périodes de pointe comme l'été.

M. Wong croit que le prochain conseil municipal et le prochain maire auront une tâche colossale dans l’octroi du prochain contrat.

La Ville doit penser à construire quelque chose qui durera pour les 20 prochaines années et qui servira une ville en croissance. Il faut penser plus grand et regarder vers l'avenir, note-t-il.

Nous sommes à un moment opportun pour jeter les bases des prochaines années pour la ville. Ce que je dirais aux candidats, c'est de réussir ce virage : revenons à la base et faisons les choses correctement, ajoute-t-il.

Il espère que les prochaines poubelles publiques auront un design simplifié axé sur l'aspect pratique.

Un design à revoir

Rein Maynard, chercheur titulaire d'une bourse au sein de l'équipe University of Toronto Trash Team, où il mène un projet de prévention de la pollution, croit que le design problématique des poubelles explique en partie le fait que plusieurs déchets se retrouvent sur le sol.

Rein Maynard examine des déchets au sol.

Rein Maynard dit avoir trouvé des dizaines de déchets près de certaines poubelles de la ville alors que ces dernières débordaient.

Photo : Gracieuseté : University of Toronto Trash Team

Les poubelles se brisent facilement et celles qui ont des clapets inquiétaient les gens, note-t-il.

Souvent, le pédalier ne fonctionne pas, alors on ne veut pas avoir à toucher le clapet avec les mains.

Récemment, la Ville de Toronto a dévoilé un nouveau modèle des poubelles fournies par la compagnie Astral.

Selon Rein Maynard, ces nouvelles poubelles sont un pas dans la bonne direction, mais peuvent encore être améliorées. L’équipe University of Toronto Trash a travaillé avec la ZAC du centre-ville pour essayer différents designs de poubelles à la place Sankofa.

Un modèle de poubelles publiques avec des couleurs pour mieux identifier quels types de déchets peuvent être jetés.

Une équipe de chercheurs (University of Toronto Trash Team) suggère de créer des poubelles publiques mieux identifiées pour aider les utilisateurs à séparer leurs déchets.

Photo : Gracieuseté : University of Toronto Trash Team

Elles étaient colorées, utilisant le bleu et le noir pour distinguer le recyclage des ordures ménagères. Elles étaient aussi autocompactantes, grâce à un panneau solaire sur le dessus, et dotées d'un capteur de niveau de remplissage interne, explique-t-il. Ce que nous avons constaté avec cela, c'est une réduction des débordements.

L’un des principaux types de déchet qui se trouvent sur le sol à Toronto est le mégot de cigarette, note Rein Maynard. Selon lui, si l’on veut réellement s’attaquer à la problématique de la propreté dans la Ville Reine, il faut trouver une solution au cendrier.

Selon nos études, 73,5 % des déchets que j'ai observés [par terre] aux intersections cet été étaient des mégots de cigarettes.

Les filtres sont composés de fibres plastiques. Pourtant, les gens perçoivent le fait de jeter leur mégot comme un geste différent du dépôt sauvage de déchets classiques, déplore-t-il.

Des poubelles sur lesquelles la séparation entre le recyclage et les déchets traditionnels est délimitée par des couleurs différentes.

La University of Toronto Trash Team a travaillé en collaboration avec la Zone d'amélioration commerciale de la place Yonge et Dundas pour tester différents types de poubelles.

Photo : Gracieuseté : University of Toronto Trash Team

Il croit que, si Toronto opte pour un design séparé plutôt qu’intégré, comme c’est le cas pour les cendriers actuels, les chances de succès sont encore plus élevées.

[J'espère] que la Ville s'impliquera pour faire passer le message que [jeter un mégot], c'est comme jeter son sac de chips par terre ou n'importe quel autre objet en plastique, explique-t-il. Il faut donc agir à la fois sur les infrastructures et sur la sensibilisation.

Ce qu'ils demandent aux politiciens

Nous devons équilibrer le design et l'aspect pratique. Même si la Ville a élargi l'ouverture du design actuel, ce qui est formidable, la question de la capacité réelle de la poubelle reste entière. Parfois, faire quelque chose d'aussi simple que de jeter les objets par le haut est très fonctionnel.

[Il faut qu'ils] apprennent du passé. Nous savons que les gens n'aiment pas les pédaliers, mais il y a d'autres éléments que nous pouvons ajouter. Quand on réfléchit au design des poubelles, il est important d'y inclure de l'information pour les usagers. Actuellement, on peut se promener en ville et trouver de nombreux endroits où l'affichage se décolle. On ne peut même plus distinguer l'ouverture pour le recyclage de celle des ordures.

Olivia Chow

La mairesse sortante Olivia Chow dit vouloir s'appuyer sur des opérations ciblées sur le terrain et la réorganisation des services municipaux pour assurer la propreté et l'entretien de Toronto.

Olivia Chow en point de presse à Toronto, le 8 septembre 2026.

La mairesse sortante de Toronto, Olivia Chow, mise sur des opérations ciblées pour assurer la propreté de la Ville de Toronto. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Sa stratégie repose sur l'initiative Keep Toronto Beautiful (Garder Toronto belle), qui mobilise jusqu'à 400 employés et 1100 véhicules lors de huit journées de nettoyage intensif entre mai et octobre.

Ces blitz visent le ramassage des détritus, l'effacement des graffitis, l'entretien des bouches d'égout et le colmatage des nids-de-poule dans les quartiers prioritaires. L'an dernier, elle affirme que Toronto a réparé 257 477 nids-de-poule, soit une hausse de plus de 78 000 par rapport à 2022.

Mme Chow mise également sur le rapatriement des services publics. En 2025, la collecte mécanique des déchets est entièrement repassée sous la gestion de la Ville, générant plus d'un million de dollars d'économies, selon son équipe.

De plus, elle indique que les services d'arboriculture urbaine sont passés de 75 % de sous-traitance à une répartition égale entre le privé et le personnel municipal. Mme Chow croit que cela garantit une meilleure qualité de service et une intervention plus rapide.

Brad Bradford

Le candidat à la mairie Brad Bradford n’a pas répondu aux questions de Radio-Canada, mais il a déjà annoncé, depuis le lancement de sa campagne, qu’il souhaitait faire de la propreté et de la sécurité des lieux publics l’une de ses priorités pour revitaliser Toronto.

Son plan prévoit la publication de normes d'entretien strictes pour les parcs et les stations de la Commission de transport (CTT), l'installation de portes palières sur les quais et une garantie de remboursement pour les usagers en cas de retard majeur.

Le candidat à la mairie Brad Bradford tient un rassemblement de campagne au centre culturel ukrainien Plast Huculak, à Etobicoke, le 7 juillet 2026.

Brad Bradford fait de la propreté et de la sécurité des lieux publics l’une des priorités de sa plateforme électorale. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

M. Bradford souhaite également transformer la place Sankofa au centre-ville, qu'il propose de rebaptiser la place de Toronto, en un lieu propre, sécurisé et animé toute l'année par des événements culturels et commerciaux.

Chris Alexander

Chris Alexander n’a pas répondu non plus aux demandes d’entrevue de Radio-Canada.

Sur son site web de campagne, il soutient que la propreté et l'entretien de Toronto sont actuellement négligés, citant en exemple des parcs laissés à l'abandon, des rues non nettoyées et des nids-de-poule non réparés.

Il affirme vouloir mettre à profit son expérience en gouvernance acquise dans des zones de conflit, notamment en Afghanistan, pour restaurer l'ordre et la sécurité dans la métropole.

Chris Alexander à l'hôtel de ville de Toronto.

Chris Alexander mise sur son expérience pour régler le problème. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Sa plateforme repose sur deux engagements pour améliorer la propreté et la gestion des espaces publics : établir un contrat des services de base prévoyant des normes de service précises par quartier, assorti d'objectifs de temps de réponse mesurés, et rendre des comptes au public.

M. Alexander croit qu’il faut établir des critères de propreté et de sécurité clairs pour l'ensemble des parcs et des lieux publics, et rendre publiques les évaluations qui seront publiées fréquemment.

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