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À trois semaines du référendum en Alberta, quatre Premières Nations cries du Traité no 6 s’unissent pour encourager leurs communautés à aller voter. En dépit des défis logistiques et de la confusion chez beaucoup de personnes, elles espèrent que la mobilisation sera au rendez-vous.
Le 25 septembre, à l’occasion du Treaty Day célébrant les 149 ans de l’adhésion au Traité no 6 de plusieurs nations cries de Maskwacis, au sud d’Edmonton, a eu lieu une séance d’information sur le référendum.
L’initiative est menée par quatre femmes membres des conseils des nations cries Ermineskin, Louis Bull, Montana et Samson, et s’inscrit dans la campagne Rock the vote, qui vise à reproduire en Alberta la mobilisation de l’électorat autochtone aux élections fédérales de 2015.
Informer la communauté
Le parc Bear de Maskwacis s’est peu à peu rempli en fin de matinée. Malgré le froid automnal, la cérémonie habituelle du Jour du traité, accompagnée d’un barbecue, s’est prolongée jusqu’au milieu de l’après-midi.
Des dizaines de participants bien emmitouflés, un café ou burger chaud à la main, sont venus s’asseoir dans l’amphithéâtre au centre du parc pour écouter les représentants des quatre nations.
Les intervenants, majoritairement des femmes, ont pris le temps d’expliquer chacune des 10 questions, ainsi que les différentes conditions pour aller voter, invitant le public à se rendre ensuite au kiosque de leur nation pour s’inscrire.
Ingrid Kelln et deux autres bénévoles sont assises à la table de la nation Montana.
Nous aidons les membres de notre nation et toute personne de Maskwacis qui se présente à effectuer leur inscription en ligne et nous leur transmettons les renseignements nécessaires sur les différentes questions, indique la chargée de communication.

Dans les kiosques d'information, des feuilles indiquent la procédure et les dates clefs pour le référendum du 19 octobre.
Photo : Anne Levasseur
Des brochures sont aussi distribuées, expliquant en détail le contenu des questions et les enjeux économiques, constitutionnels ou territoriaux qu’elles soulèvent pour les Premières Nations.
Malgré les sourires et le ton convivial, le temps presse, et les bénévoles s’activent pour s’assurer que le maximum de personnes s’enregistrent. Vendredi était le dernier jour pour demander le vote par correspondance.
Un peu plus loin, Morris Nepoose fait la queue devant le kiosque de la nation Samson. À l’approche du référendum, il se dit confus et inquiet.
On entend tellement de choses dans les médias, sur Facebook et un peu partout. Mais on voit surtout de la division, déplore-t-il.

Des membres de la Première Nation crie Samson font la queue pour s'inscrire pour le vote du 19 octobre.
Photo : Anne Levasseur
Pour l'instant, c'est en effet la confusion qui domine au sein des esprits.
Est-ce que les bulletins par correspondance peuvent être envoyés à ma boîte postale, est-ce qu’il y aura un bureau de vote sur le territoire de ma nation ou un transport pour m’y rendre?, sont quelques-unes des questions que les gens se posent.
Ces nombreux défis logistiques s’ajoutent à la simple question de savoir que voter.
Beaucoup de nos concitoyens n’ont pas de carte d’identité, on pourrait penser que c’est évident, mais… Tant de gens font face à des difficultés, par exemple de santé mentale ou de problèmes financiers, qui les empêchent même d’obtenir cette pièce d’identité, explique Shannon R Buffalo, élue de la nation crie Samson.
Nos voix comptent, nos traités comptent, notre vote compte
Bien que cette séance d’information porte sur l’ensemble des questions référendaires, c’est surtout la question 10, sur la séparation potentielle de l’Alberta, qui retient l'attention.
Nos traités ont été signés pour que nous vivions ensemble, de manière pacifique, entre Autochtones et non-Autochtones. Si l’on regarde la manière dont les gouvernements agissent ces derniers temps, ils oublient cela. Donc, nous sommes ici pour le leur rappeler, soutient Shannon R Buffalo.
Plus tôt, cette année, des chefs de Premières Nations ont intenté des recours judiciaires contre la tenue de ce référendum.
Toutefois, en attendant les conclusions de la justice, leur position doit s'exprimer dans les urnes.
Est-ce que ce vote sera suffisant pour nous maintenir au Canada? Je l’espère. J’espère que nous serons capables de changer les choses.
Aux dernières élections fédérales de 2025, le taux de participation des personnes autochtones en Alberta était de 35,1 % (l’un des plus bas parmi l’ensemble des provinces), comparativement à 69 % à l’échelle nationale.
D’ici le 19 octobre, Rachel Littlechild, 18 ans et membre de la nation Ermineskin, veut mobiliser la jeunesse.
Malgré un quotidien bien rempli par ses études à Calgary, elle retourne régulièrement à Maskwacis et tente de convaincre ses amis, même s’ils ne sont pas toujours d’humeur à parler de politique.

Rachel Littlechild va voter pour la première fois lors du référendum albertain et souhaite rallier la jeunesse.
Photo : Emilio Avalos
Beaucoup de jeunes sont très mal informés à ce sujet, et ils croient que leur vote ne jouera pas un rôle important dans le référendum, mais c’est pourtant le cas, affirme la jeune femme.
Les prochaines semaines, Ingrid Kelln et d’autres bénévoles des nations de Maskwacis feront du porte-à-porte pour continuer à informer les gens et leur expliquer les procédures.
J’espère qu’on pourra faire passer le message que nos voix comptent, que nos traités comptent et que notre vote compte, soutient-elle.
Avec les informations d'Anne Levasseur


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