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Face à la pénurie aiguë de main-d'œuvre qualifiée au Manitoba, la Nation crie de Fisher River a fait le pari de former ses propres résidents sur son territoire. Une stratégie d'autonomie économique et éducative dont témoigne le parcours de Presley Kirkness, devenu entrepreneur et pilier du développement immobilier de sa communauté.
Sur les routes de gravier de la Nation crie de Fisher River, située à 175 kilomètres au nord de Winnipeg, les réalisations de Presley Kirkness sautent aux yeux. À 33 ans, ce charpentier compte déjà à son actif la construction de près d'une cinquantaine de résidences et de bâtiments communautaires.
Chaque année, je monte de 10 à 15 maisons de fond en comble, de l’excavation jusqu’à la poignée de porte, souligne l'artisan. Il admet qu'il n’avait pourtant jamais envisagé une telle carrière au départ.
Son ascension professionnelle découle directement d'une politique adoptée par la Première Nation : obliger les entrepreneurs de l'extérieur à embaucher et à parrainer des travailleurs locaux sur les chantiers de la communauté.
Embauché en 2019, Presley Kirkness a pu accumuler chez lui les centaines d'heures requises pour amorcer son apprentissage, avant d'aller décrocher son certificat Sceau rouge au Red River College Polytechnic à Winnipeg.
Aujourd'hui propriétaire de l'entreprise Tx4K Concrete and Construction, il emploie des travailleurs locaux et signe des projets majeurs, dont le Red Turtle Lodge, un pavillon communautaire octogonal inspiré de la silhouette d'une tortue, inauguré en 2024.

Vu du ciel, le pavillon Red Turtle Lodge, dans la Nation crie de Fisher River, évoque clairement la silhouette de la tortue dont il porte le nom.
Photo : Radio-Canada / Travis Goldby
Réduire la dépendance envers l’extérieur
L'exemple de M. Kirkness s'inscrit au cœur d'un plan de développement sur 20 ans mis en place par Fisher River. Dans cette Première Nation d'environ 1500 résidents (quelque 2700 autres membres établis à l'extérieur de la communauté), les chantiers se multiplient : agrandissement de l'hôtel local, toitures commerciales et nouvelles infrastructures. En 2026 seulement, la communauté a injecté 30 millions de dollars dans ses projets d'immobilisations.
Pour éviter que ces sommes ne profitent uniquement à des entreprises externes, la communauté s'est associée à plusieurs collèges et universités de la province, dont l’Université du Manitoba, le Collège universitaire du Nord (UCN) et le Red River College Polytechnic, afin d'offrir des formations décentralisées sur place, tant en construction qu'en enseignement.
Cette formule a notamment transformé le visage de l'école primaire Charles Sinclair, qui accueille 280 élèves. Sa directrice, Andrea Mason, estime qu'elle n'aurait probablement jamais obtenu son diplôme d'enseignement sans ces cours dispensés dans la communauté.
Au moins, la moitié des enseignants d'ici ont suivi le même programme que moi, confie-t-elle. Nous nous sommes tous soutenus et entraidés.
Les retombées sont concrètes : la proportion d'ouvriers de l'extérieur sur les chantiers est passée sous la barre des 10 % au cours des trois dernières années.
C’est une façon d’abattre les obstacles, et c'est pour moi une véritable forme de réconciliation, soutient la conseillère de la communauté Hillary Murdock. Nous sommes tellement choyés d'avoir nos propres gens dans les métiers spécialisés [...]. Il y a une immense fierté là-dedans.

Selon le chef de la Nation crie de Fisher River, David Crate, offrir des formations sur place permet de faire tomber les barrières aux études.
Photo : Radio-Canada / Kevin Nepitabo
Le chef de la Nation David Crate abonde dans le même sens, rappelant que former les gens chez eux élimine les barrières géographiques et financières liées aux études en ville.
Ce que nous avons fait au fil des ans, c'est d'essayer de bâtir le meilleur programme possible ici, chez nous, pour les gens de notre communauté, explique M. Crate. Nous pouvons ainsi embaucher localement. Nous disposons d'un bassin de professionnels qualifiés auxquels nous pouvons faire appel pour nous prêter main-forte.
Chaque année, Fisher River accorde des bourses d'études à environ 140 étudiants postsecondaires. Selon les données de la commission scolaire locale, près de 88 % des candidats parrainés mènent leur formation à terme.
D'après les informations de Tyler Searle


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