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Quand la réconciliation passe par les partenariats économiques

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Depuis le début de la guerre commerciale lancée par les États-Unis, le Canada appuie sur l'accélérateur pour le développement de projets énergétiques. Dans ce contexte, certaines Premières Nations constatent une augmentation des projets d'envergure pour lesquels elles doivent être consultées, mais aussi une volonté de la part des promoteurs et des gouvernements de faire équipe avec elles.

Le gouvernement fédéral veut que des projets d'envergure aboutissent. Ottawa cherche donc à attirer des investissements de confiance, par exemple dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures et des minéraux essentiels.

D’ailleurs, le premier ministre Mark Carney a expliqué que les partenariats avec les peuples et les nations autochtones (nouvelle fenêtre) sont essentiels à la réalisation de son programme de grands projets.

Les tarifs ont sans doute accéléré le développement et le rythme des projets qui sont actuellement menés [avec nos communautés]. Mais les communautés autochtones souhaitent toujours favoriser le dialogue, lance Victoria LaBillois, une entrepreneure de la Première Nation mi'kmaw de Listuguj, au Québec.

Victoria LaBillois.

Victoria LaBillois est l'une des 11 membres du Conseil consultatif autochtone pour les grands projets au Canada. Elle fait partie du conseil d'administration d'Hydro-Québec.

Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin

Des consultations obligatoires aux yeux de la loi

La Constitution canadienne (article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982) et la jurisprudence de la Cour suprême du Canada (test de Haïda) imposent aux gouvernements de consulter les Premières Nations concernées si une décision peut avoir un effet sur leurs droits.

Dans ce contexte, des promoteurs, qui souhaitent tirer leur épingle du jeu, ont grand intérêt à tendre la main aux communautés autochtones.

C’est notamment le cas de l'industrie nucléaire canadienne.

La guerre tarifaire a un impact sur le développement énergétique. Ça nous force à avoir de nouvelles alliances [pour faire avancer] nos projets. Les centrales nucléaires sont souvent à proximité des communautés autochtones. Avec l’aspect réconciliation, ça avance plus facilement si l’on implique les Autochtones, fait valoir le gérant de projets régionaux pour l’Organisation des industries nucléaires canadiennes, André Pelletier.

André Pelletier.

André Pelletier est gérant de projets régionaux pour l’Organisation des industries nucléaires canadiennes. Il est basé au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin

Au-delà de la consultation, les partenariats

Pour Gaëtan Thomas, conseiller stratégique pour la firme McCarthy Tétrault, il faut aller au-delà de la consultation.

De plus en plus, pour que les projets se concrétisent, il faut l’appui des Premières Nations dès le début du projet. Il faut aussi avoir une réconciliation économique, où les revenus sont partagés entre les Premières Nations, les gouvernements et les développeurs, explique-t-il.

Gaëtan Thomas.

Gaëtan Thomas est conseiller stratégique pour la firme McCarthy Tétrault. Il est ingénieur électrique de formation, et a aussi été PDG d'Énergie NB.

Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin

Dans le nord du Nouveau-Brunswick, les deux communautés mi’kmaw d'Oinpegitjoig (Pabineau) et d’Ugpi’ganjig (Eel River Bar), en collaboration avec Airex Énergie et Produits Forestiers Arbec, prennent la balle au bond.

Les Autochtones comptent être actionnaires, en partenariat avec les deux compagnies québécoises, d’une usine de granules de bois qui servirait à alimenter la centrale thermique de Belledune. Cette dernière doit cesser de brûler du charbon d’ici 2030 en vertu d'un règlement fédéral visant à rendre l’énergie canadienne plus verte.

La centrale thermique de Belledune.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a confirmé le 17 septembre 2026 que la centrale thermique de Belledune sera convertie au biocharbon.

Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin

Quand on voit ce qui se passe avec nos voisins du Sud, c’est le moment d’investir au Canada avec les Premières Nations et les provinces, fait valoir le chef de Pabineau, Terry Richardson.

Ce dernier est également d’avis que les projets, qui impliquent les Autochtones, s’accélèrent en raison du contexte économique actuel.

Si tu veux faire des projets, il faut s’engager avec les Premières Nations. [Avec la guerre tarifaire], c’est nous autres qui avons les clés. On peut être les leaders. C'est un moment excitant pour les Premières Nations.

Terry Richardson est à l'intérieur lors d'une entrevue avec Radio-Canada.

Le chef de la Première Nation de Pabineau, Terry Richardson. Sa communauté est située dans le nord du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin

Pabineau et Eel River Bar envisagent également d’autres projets, par exemple, une proposition d’accueillir une centrale nucléaire mobile pour produire de l'électricité dite plus propre dans leur région.

Ils collaborent avec des promoteurs afin de créer un parc éolien dans le nord de la province et de partager les revenus.

Ce type de collaboration où Autochtones et allochtones s’allient pour accélérer des projets s'observe aussi ailleurs au pays.

Au Québec et en Nouvelle-Écosse, par exemple, on collabore pour développer l’industrie de l'énergie éolienne.

Vue en contreplongée d'une éolienne

Sur la Côte-Nord, au Québec, le parc éolien Apuiat, construit tout récemment, est situé sur le territoire traditionnel des Innus de Uashat mak Mani-Utenam. Les Innus sont partenaires à 50 % du projet.

Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin

En Colombie-Britannique, on veut augmenter la production de gaz naturel liquéfié. En Ontario, des Premières Nations seront copropriétaires d’un réacteur nucléaire.

Le directeur général de la Corporation de développement économique Wolastoqey, Salvator Poirier, concède que le contexte de la guerre tarifaire est compliqué, mais il y voit une occasion à saisir.

La guerre tarifaire avec les États-Unis est difficile, car elle rend certains projets irréalisables. Cependant, elle ouvre de nouvelles perspectives, car certaines entreprises sont moins enclines à travailler avec les États-Unis, ce qui les pousse à se tourner vers le Canada. Nous pouvons saisir certaines opportunités, fait valoir M. Poirier, qui représente six communautés autochtones du Nouveau-Brunswick.

Salvator Poirier.

Salvator Poirier est le directeur général de Wolastoqey Economic Development Corporation, qui représente six communautés autochtones du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin

Consultés, mais réellement écoutés?

La cheffe régionale du Nouveau-Brunswick à l’Assemblée des Premières Nations, Joanna Bernard, se demande si les communautés autochtones sont véritablement consultées dans ce développement industriel accéléré et si les préoccupations environnementales sont prises en compte.

D’après Mme Bernard, certains promoteurs vont jusqu'à faire pression auprès des communautés pour obtenir leur approbation.

Joanna Bernard prend la parole à un podium.

Joanna Bernard est la cheffe régionale, au Nouveau-Brunswick, de l'Assemblée des Premières Nations. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Darren Calabrese

J'ai simplement l'impression qu'ils essaient d'accélérer les choses en raison de l'urgence et de la nécessité [de leurs projets], déclare Mme Bernard.

La cheffe régionale de l'Assemblée des Premières Nations au Nouveau-Brunswick n'écarte pas la possibilité de s'opposer à des projets qui ne répondent pas aux critères des communautés.

Nous sommes ici pour protéger la Terre. À travers le pays, c’est terminé de prendre notre eau, nos forêts et nos terres sans l’accord des Premières Nations. Il n’y a rien qui nous empêche de faire une injonction auprès de la province du Nouveau-Brunswick, lance la cheffe.

Joanna Bernard compte faire part de ses inquiétudes au premier ministre Mark Carney, à la fin d'octobre.

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