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Prier pour faire tomber la pluie « semble fonctionner », mais seulement dans certains endroits. Pourquoi ceci n’a en réalité rien de sorcier ?

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Récemment, des chercheurs étasuniens et espagnols ont publié une curieuse étude relative aux rituels pour faire tomber la pluie en temps de sécheresse. Selon les auteurs, il existe une corrélation entre prières et pluviométrie, principalement dans les régions arides. En revanche, ceci n’indique pas que ces rituels soient à l’origine des précipitations.

La plus vaste étude concernant les rituels de pluie

Rappelons tout d’abord que les rituels et autres processions pour faire tomber la pluie existent depuis la Préhistoire. On les retrouve au quatre coins du monde, en particulier au sein des civilisations agricoles, lorsque la sécheresse met en péril les récoltes et les puits. Par exemple chez les berbères, on promène la Tlaɣunja, une grande cuillère en bois vêtue comme une mariée. En Thaïlande, citons la parade traditionnelle du chat (Hae Nang Maew Festival), durant laquelle on ballade un félin en l’aspergeant d’eau dans le but de déclencher les averses.

En mai 2026, des travaux par les universités de Yale (Etats-Unis) et de Murcie (Espagne) ont fait l’objet d’une publication dans le Quarterly Journal of Economics. L’étude, menée par des spécialistes de l’histoire économique et les marchés de l’énergie et l’environnement, n’est autre que la recherche la plus récente et la plus vaste concernant les rituels pour faire tomber la pluie.

« Nous présentons un modèle dans lequel un chef religieux tente de persuader les fidèles d’y croire. Prier pour la pluie n’est efficace que là où le risque de précipitations pendant une période de sécheresse augmente avec le temps ; la prière a donc plus de chances de réussir lorsque les gens désirent le plus la pluie. », peut-on lire dans l’étude.

rituel prière pluieCrédit : Tonatiuh Mendez Carrizosa / Flickr

L’effet « hazard rate »

Dans les faits, les chercheurs ont croisé les traditions de plus de 1 200 groupes ethniques à travers le monde avec des données climatiques très précises. Selon les résultats, la météo suit un taux de risque croissant – le « hazard rate » – dans les régions arides. Ceci signifie que plus le nombre de jours consécutifs sans pluie est important, plus la probabilité statistique qu’il pleuve le jour suivant augmente.

Les auteurs de l’étude ont affirmé que les rituels et autres prières ne font jamais leur apparition au début d’une sécheresse mais lorsque l’épisode climatique en question devient critique et insupportable. À ce moment précis, la probabilité naturelle qu’une averse se déclenche est déjà à son maximum. Les travaux démontrent qu’une prière lancée au cours d’un mois de sécheresse extrême augmente artificiellement de 71% la probabilité apparente de voir tomber la pluie les jours suivants.

Afin de valider leur modèle, les chercheurs ont ajouté l’analyse de 200 ans d’archives – du XVIIIe au XXe siècle – de la cathédrale de Murcie, une région très aride d’Espagne. Dans les faits, ils ont comparé les dates exactes des arrêts officiels de la structure religieuse ordonnant des prières pour la pluie (les « rogations ») avec les données météorologiques réelles de l’époque. Or, la corrélation a semblé parfaite, dans la mesure où l’Église lançait les rituels au moment précis où la sécheresse historique cumulée rendait le retour de la pluie imminent.

Une question d’illusion d’efficacité

En économie, les rituels pour faire tomber la pluie sont étudiés en tant que « croyances instrumentales ». L’objectif est ici de comprendre comment des comportements pouvant être jugés irrationnels peuvent en réalité aider les sociétés agricoles. Ces sociétés utilisent donc les rituels pour gérer leur stress économique, structurer leur calendrier de récolte et maintenir une cohésion sociale face aux difficultés induites par le climat.

Pour les auteurs, les sociétés humaines vivant dans des milieux arides ont développé une compréhension intuitive bien que biaisée des cycles de probabilités climatiques. Ainsi, les groupes ethniques relatifs à ce profil climatique spécifique ont 47% de chances en plus de développer des rituels de prière pour la pluie par rapport aux autres, puisque l’illusion d’efficacité y est mathématiquement la plus élevée.

Yohan D

Rédigé par Yohan D

Vulgarisateur scientifique depuis plus de dix ans, je m’intéresse à la géographie, aux technologies et à l’environnement. J’espère attirer votre attention sur des sujets captivants !

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