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Près de 23,7 milliards d’euros engloutis pour un chantier annoncé à 3,4 : pas un seul kilowattheure n’est sorti avant décembre 2024

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Vingt-trois virgule sept milliards d’euros. C’est le montant que la Cour des comptes attribue au coût total du projet, qui atteint désormais 20,4 milliards d’euros en euros constants de 2015, soit 23,7 milliards d’euros actualisés en 2023, pour un réacteur annoncé en 2007 pour 3,4 milliards d’euros et une mise en service promise dès 2012. Douze ans plus tard, le 21 décembre 2024, à 11h48, les équipes d’EDF réalisaient le premier raccordement du réacteur au réseau national, qui commençait alors à produire de l’électricité. Entre la promesse et la réalité, aucun kilowattheure n’était sorti du site pendant plus d’une décennie.

Sept fois le budget promis, pour douze ans de retard.

À retenir

  • Le réacteur EPR de Flamanville a coûté 23,7 milliards d’euros selon la Cour des comptes, soit sept fois le budget initial de 3,4 milliards annoncé en 2007
  • Aucun kilowattheure n’a été produit avant décembre 2024, soit 12 ans après la mise en service promise initialement pour 2012
  • Le programme EPR2 de six nouveaux réacteurs affiche déjà une hausse budgétaire de 30 %, passant de 51,7 à 67,4 milliards d’euros

Sommaire

  1. Un calendrier promis en 2007, aussitôt dérapé
  2. 23,7 milliards d’euros : la facture selon la Cour des comptes
  3. Une rentabilité incertaine, un programme EPR2 sous surveillance

Un calendrier promis en 2007, aussitôt dérapé

Le chantier démarre en 2007, sur la pointe de Flamanville, dans la Manche, avec l’ambition de livrer un réacteur de nouvelle génération capable de produire de l’électricité dès 2012, pour une enveloppe annoncée de 3,4 milliards d’euros. Ce calendrier doit démontrer la maîtrise technologique de la filière nucléaire française, présentée à l’époque comme un modèle exportable vers d’autres pays européens. Les difficultés apparaissent pourtant très vite sur ce chantier hors norme, entre problèmes de génie civil et de qualification des équipements. Des problèmes de sûreté sont bientôt soulevés, notamment une fragilité de l’acier utilisé dans la cuve du réacteur, un sujet qui va occuper les experts pendant plusieurs années.

Un premier report, puis un second. En septembre 2015, EDF réévalue le coût du projet à 10,5 milliards d’euros et repousse la mise en service au quatrième trimestre 2018, un calendrier qui, lui aussi, ne sera pas respecté.

23,7 milliards d’euros : la facture selon la Cour des comptes

Dans un rapport publié le 14 janvier 2025, la Cour des comptes recalcule l’addition finale du projet. Elle évalue le coût total à 20,4 milliards d’euros en euros constants de 2015, soit 23,7 milliards d’euros une fois actualisés en 2023. Cette nouvelle estimation dépasse de 1,3 milliard d’euros l’évaluation précédente de 2020, qui s’élevait alors à 19,1 milliards d’euros, un chiffre déjà considéré comme vertigineux à l’époque.

Un dépassement supérieur à sept fois le devis d’origine.

Cette réévaluation s’explique notamment par des ajustements dans le calcul des provisions financières présentées par EDF et dans le coût de financement du projet. La Cour intègre aussi les dépenses liées aux essais et à la toute première phase d’exploitation du réacteur, une fois celui-ci raccordé. Elle prend en compte la préparation du premier arrêt de la centrale, prévu en 2026, le changement à venir du couvercle de la cuve, ainsi que l’achat de pièces de rechange. Ces postes, additionnés, expliquent près de 1,5 milliard d’euros de hausse par rapport aux estimations les plus récentes.

Entre 2007 et le début des années 2010, la facture grimpe déjà par paliers successifs : 4 milliards d’euros en 2008, 5 milliards en 2010, 6 milliards en 2011, puis 8,5 milliards quelques années plus tard. Chaque nouvelle estimation officielle s’accompagne, presque systématiquement, d’un nouveau report du calendrier de mise en service.

Une rentabilité incertaine, un programme EPR2 sous surveillance

La Cour des comptes s’inquiète également de la rentabilité future du réacteur, qu’elle juge médiocre. Pour un facteur de charge de 85 %, chaque mégawattheure produit devrait être vendu à 122 euros pour dégager une rentabilité de 4 %, et à 176 euros pour atteindre 7 %. Le réacteur ne devait atteindre sa pleine puissance que durant l’été suivant la publication du rapport, plusieurs mois après son raccordement initial au réseau.

Six nouveaux EPR2 sont annoncés, avec les mêmes risques financiers en toile de fond.

EDF, de son côté, retient un chiffre différent de celui de la Cour. L’énergéticien estime son propre coût total à 19,3 milliards d’euros en euros de 2015, soit 22,6 milliards d’euros de 2023, coût de financement compris, soit environ un milliard d’euros de moins que le calcul des magistrats financiers. Pour les six EPR2 promis, la Cour signale déjà une hausse de 30 % du devis de construction, passé de 51,7 à 67,4 milliards d’euros, à conditions économiques inchangées et hors effet de l’inflation.

Sources : assemblee-nationale.fr | ici.fr | connaissancedesenergies.org

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