Kangbashi. Le nom ne dit rien à la plupart des lecteurs, mais l’image, si : des avenues à huit voies désertes, des tours de bureaux flambant neuves et sans lumière allumée, des musées à l’architecture spectaculaire pour un public qui ne vient pas. Ordos, en Mongolie-Intérieure, abrite depuis le milieu des années 2000 un quartier baptisé Kangbashi, conçu pour loger un million de personnes. Vingt ans plus tard, ce n’est ni le charbon ni les usines qui ont fini par y attirer des habitants.
C’est une histoire d’écoles, d’universités et de bureaux d’administration déménagés de force.
À retenir
- Kangbashi a été conçu en 2004 pour accueillir un million d’habitants avec un financement basé sur la vente de terrains aux promoteurs immobiliers
- Le quartier a incarné la « ville fantôme » chinoise pendant quinze ans avec seulement 30 000 habitants au lieu du million prévu
- L’installation d’écoles réputées et d’administrations à partir de 2016 a progressivement attiré des familles, portant la population à 120 000-130 000 habitants
Sommaire
Une ville dessinée pour un million d’habitants, payée avec des terrains
Le projet visait un objectif d’un million d’habitants, avec la construction du nouveau district de Kangbashi approuvée par le gouvernement municipal en mai 2004. Les travaux se sont étalés en plusieurs phases, de 2004 à 2007 pour les infrastructures, de 2007 à 2011 pour le hors-sol, puis de 2011 à 2015 pour la finition du projet. Le résultat visuel a de quoi surprendre n’importe quel visiteur : des artères de huit voies désertes, des musées spectaculaires et un calme presque irréel. Le financement, lui, reposait sur un montage classique en Chine : la collectivité locale vendait ses terrains aux promoteurs pour lever les fonds nécessaires à la construction, un mécanisme qui a fini par se gripper quand la demande immobilière s’est effondrée.
Un rapport datant de 2012 le confirme sans détour : les efforts pour rembourser la dette ont été compliqués par la chute de la demande de terrains non aménagés, que le gouvernement d’Ordos vend aux enchères aux promoteurs immobiliers, et les revenus des cessions de terrains avaient chuté de 80 % au premier semestre par rapport à 2011. Sans acheteurs, plus de recettes. Sans recettes, plus de chantiers.
Quinze ans à incarner la ville fantôme chinoise
Le surnom colle à la peau du quartier depuis plus d’une décennie. Un million d’habitants étaient attendus à Kangbashi ; ils n’étaient que 30 000 au début des années 2010. Les journalistes occidentaux, puis la presse chinoise elle-même, s’emparent du sujet : des rues vides, des appartements de luxe abandonnés et un silence inquiétant deviennent les traits caractéristiques d’Ordos, qui lui vaut le surnom de « ville fantôme » de Chine.
Le stade olympique construit pour les Jeux sportifs des minorités ethniques chinoises résume à lui seul ce fiasco planifié : une enceinte de 60 000 places achevée en 2015, quasiment jamais réutilisée depuis. Même les initiatives les plus créatives n’ont pas suffi à inverser la tendance. En 2008, l’artiste Ai Weiwei coordonne un projet réunissant une centaine d’architectes internationaux pour dessiner autant de villas de luxe dans un quartier dédié. Les résidences sont sorties de terre, mais les acheteurs fortunés, eux, ne sont jamais vraiment venus s’y installer.
Écoles, universités et bureaux : le vrai moteur du repeuplement
Le tournant ne vient ni d’une nouvelle mine ni d’une usine, mais d’un déménagement administratif. Depuis le milieu des années 2010, l’arrivée d’écoles, d’universités et d’administrations a fait remonter la population du district à plusieurs centaines de milliers d’habitants. Un guide local cité par un voyageur ayant visité la région en 2025 racontait comment les prix de l’immobilier et l’envie d’habiter à Kangbashi ont vraiment décollé après qu’un établissement scolaire réputé s’y est installé en 2016.
C’est peu.
Un collège prestigieux qui change d’adresse, et des familles entières qui suivent pour scolariser leurs enfants dans le meilleur établissement de la région. Le déplacement d’administrations, la création d’équipements publics et la baisse des prix ont progressivement attiré des familles, si bien que le district compte désormais environ 100 000 à 150 000 habitants permanents et sert de centre administratif, culturel et résidentiel pour Ordos. Les recensements locaux les plus récents confirment cette progression sans jamais valider les ambitions du départ.
Un bilan qui reste loin du million promis
Deux décennies plus tard, la population officielle plafonne autour de 120 000 à 130 000 habitants selon les recensements les plus récents, soit à peine plus d’un dixième de l’objectif initial d’un million. Le district a formellement changé de statut administratif en 2016, marquant la fin officielle d’un chantier étalé sur plus d’une décennie.
Rapportée à l’objectif intermédiaire de 300 000 habitants fixé au tournant des années 2010, la population actuelle atteint tout de même presque la moitié de cette cible plus réaliste. Ordos ne mise plus uniquement sur ce quartier pour se projeter dans l’avenir : la préfecture investit désormais dans des projets industriels tournés vers les énergies renouvelables, loin du seul pari du charbon qui avait financé la folie des grandeurs initiale. Kangbashi, elle, continue d’attirer des habitants au compte-gouttes, portée par des prix immobiliers restés nettement plus accessibles que dans les grandes métropoles côtières chinoises.
Sources : keops-ingenierie.fr | voyage-chine.com


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