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Tout part de vidéos devenues virales sur les réseaux sociaux sénégalais. Dans un brouhaha de cris et d'insultes, on y voit des commerçants étrangers expulsés de force de leurs étals, leurs affaires lancées sur la route ou écrasées à coups de pied par des riverains en colère. "Mais ils ont leurs enfants avec eux !" lance un homme dans la cohue, tentant de calmer la situation. Mais rien n'y fait, et pendant plusieurs minutes continuent de voler bidons d'eau et casseroles, visant parfois en pleine tête les silhouettes de migrants.
Une vague de xénophobie, de la rue aux réseaux sociaux
Du jamais vu au marché de Colobane, l'un des plus grands de la capitale sénégalaise, où a été prise la vidéo. "Je n'aurais jamais cru que ce soit possible ici, alors qu'il y a toujours eu des étrangers et que ça n'a jamais été un problème", déplore Abdoulaye, vendeur de chaussures du quartier.
L'Afrique du Sud sombre dans la xénophobie anti-africaineUne indignation loin de faire l'unanimité. Sur les réseaux sociaux, nombre de Sénégalais semblent soutenir la démarche, invoquant des problèmes de sécurité ou d'hygiène. Parfois même quitte à reprendre des thèmes et les termes favoris de l'extrême droite européenne : "Il faut refuser le grand remplacement des Sénégalais de souche par une invasion migratoire qui amplifie l'insalubrité et l'effacement de la population indigène", affirme ainsi un internaute sénégalais.
Pour beaucoup, cette poussée xénophobe serait née d'un afflux important de réfugiés venus des pays du Sahel, empêtrés dans une crise sécuritaire. Si aucun chiffre d'immigration ou statistique officielle ne confirme les faits, les réseaux sociaux ont d'ores et déjà imprimé le discours. "Depuis quelque temps il y a beaucoup de vidéos sur TikTok qui se passent à la frontière, des réfugiés des autres pays qui traversent sans vrai contrôle, affirme Khadiatou Fall, vendeuse de fruits, les yeux rivés sur son téléphone. Et c'est vrai qu'on voit aussi beaucoup de mendiants étrangers dans nos rues maintenant. Alors qu'on a déjà beaucoup de mendiants sénégalais ! Ça ne peut pas durer comme ça."
Chez certains créateurs de contenu, le thème revient en boucle. Dans une vidéo, une file de mendiants présentés comme étrangers, assis en bord de route, est montrée en exemple d'" occupation de l'espace public", ces personnes étant accusées de tous les maux. Dans une autre, un influenceur affirme, parlant des Guinéens : "Ils volent l'état civil de nos enfants, nos terrains, nos cartes d'identité, ils ont même infiltré nos lycées !"
La montée en puissance du "Zemmour sénégalais"
Sur les centaines de vidéos et les milliers de commentaires déclenchés par cette vague numérique, un visage émerge : celui de Tahirou Sarr, député présenté comme l'homme de la situation par nombre d'internautes. Tête de proue du petit parti Les Nationalistes, l'homme s'est forgé ces dernières années une réputation de polémiste décomplexé, assumant sans sourciller sa reprise de thématiques et obsessions d'extrême droite. Au point même d'être surnommé par certains le "Zemmour sénégalais".
Au Sénégal, le retour de Macky Sall, symbole d'une rupture politique : "C'est le retour de l'ancien système…""Les étrangers envahissent le Sénégal, qui est notre patrimoine, notre maison ", a ainsi lancé l'homme politique à l'Assemblée nationale, quelques jours à peine après les violences au marché de Colobane. Et de surenchérir : "Dans le quartier de Médina, c'est la même chose, ils sont arrivés et ont créé un banditisme local".
Un avenir incertain
Si le gouvernement n'a pour l'instant pas réagi à cette poussée de xénophobie, un certain nombre d'associations sont, elles, montées au créneau. "Nous appelons la population à préserver la tradition d'hospitalité du Sénégal qui est liée à ses voisins de la sous-région, que les frontières héritées de la colonisation ne sauraient dissoudre", écrivaient ainsi les leaders d'Amnesty International Sénégal et de la Ligue sénégalaise des droits humains le 18 août.
Pour ces activistes, ce discours a aussi un double effet pour le pays, exposant les Sénégalais de l'étranger dans leur pays d'accueil. "Des milliers de Sénégalais prennent chaque année d'assaut les côtes espagnoles, et ils sont quand même accueillis dans la dignité par l'Espagne", rappellent-ils. Et de rappeler que la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, ou Cédéao, garantit la libre circulation des personnes dans la région.
Des appels à la raison qui ne convainquent qu'à moitié Alpha Diallo, commerçant d'origine guinéenne, dubitatif derrière le comptoir de sa boutique. "Si les gens décident que le problème c'est nous, ou les Nigériens, ou n'importe qui d'autre, j'ai peur que ça devienne comme en Afrique du Sud", lance-t-il, résigné. Un scénario encore très peu probable, même si la vague xénophobe des derniers jours a déjà fissuré l'image du Sénégal, depuis longtemps connu comme le pays de la Teranga – "hospitalité" en wolof.
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