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Denis Gerardy : “Organiser un festival est devenu un exercice d’équilibriste… et aussi un acte de résistance”

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Deux ans avant son retour annoncé à la Citadelle de Namur, le festival Les Solidarités s'apprête à faire vibrer une nouvelle fois le site Ecolys. Au menu de cette édition 2026 ? Une affiche musicale éclectique, une offre encore renforcée pour le jeune public, du foot avec Mbo Mpenza et des débats sur les grands enjeux de société. Fidèle à son ADN citoyen et familial, l'événement assume également son positionnement mainstream avec des artistes comme Soprano, Christophe Maé ou Louane. Mais cette cuvée proposera aussi une programmation plus "adulte" ce vendredi 4 septembre, avec les vétérans de la pop indie belge Girls In Hawaii, OMD (les auteurs des tubes synthpop "Enola Gay" et "Electricity") et les Britanniques Faithless. Fort d'un parcours riche qui l'a mené des Francofolies de Spa à la tête du Cirque Royal, en passant par le Brussels Summer Festival, Denis Gerardy, directeur des Solidarités, porte un regard lucide teinté d'un optimisme prudent sur un secteur des festivals en perpétuel questionnement. "Nous sommes des équilibristes", affirme-t-il.

Comment s'annonce cette édition 2026 ?

En termes de fréquentation, le pari semble gagné. Pour la première fois de leur histoire, les Solidarités se déroulent deux semaines après la rentrée scolaire. Les jeunes seront en classe le vendredi 4 septembre. Nous avons dès lors imaginé cette première journée comme un "after work" visant un public plus adulte, avec notamment Girls In Hawaii, Faithless et OMD en exclusivité. La capacité a été limitée à 20 000 personnes. Le samedi 5 septembre – avec Soprano, Suzane et Teddy Bear —, est complet avec 30 000 spectateurs attendus. Nous visons la même affluence le dimanche 6. Sur l'ensemble du week-end, quelque 5 000 billets gratuits ont été distribués à des enfants de moins de 12 ans accompagnés. Nous sommes satisfaits, mais cela ne signifie pas que nous terminerons en équilibre.

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Si on excepte la journée d'ouverture, on sent une volonté de revenir à l'essentiel. Quel est l'ADN des Solidarités ?

Aujourd'hui, la phrase à la mode dans tous les festivals est : "Il faut se réinventer". C'est vrai, mais il est tout aussi important de se rappeler pourquoi on a créé un tel événement. À nos débuts, le festival s'appelait "La Fête des Solidarités". On veut réaffirmer cet esprit de fête. Les concerts, les gros noms et les exclusivités forment bien sûr le socle du projet. Mais ce qui fait notre singularité, ce sont les activités pour les enfants, les rencontres, les débats et la dimension citoyenne. Nous attirons un public familial assez unique : moins "militant" que celui d'Esperanzah ! et d'un profil social différent de Lasemo… Nos tarifs journaliers et nos combis figurent parmi les moins chers de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Quelles sont les nouveautés de cette édition ?

Le site est plus grand. Nous avons créé un nouvel espace de discussion, Le Phare, qui accueillera des débats autour des questions liées au jeune public. Gros succès en 2025, l'opération de sensibilisation au sport animée par l'asbl Impala Performance et Mbo Mpenza est renforcée. Pour la programmation, difficile de mettre un nom davantage qu'un autre. Je ne peux qu'être subjectif pour Gaëtan Roussel. Vous connaissez le lien qui nous unit. Il revient pour la sixième fois. Nous sommes fiers d'être le premier festival à avoir signé TeddyBear Il va exploser dans les prochains mois. J'ai vu récemment la formation dance anglaise Faithless et j'ai pris une grosse claque. Je suis aussi très curieux de découvrir Marguerite.

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Les Solidarités clôturent la saison des festivals. Sur base de ce que vous avez vu et entendu, quel bilan tirez-vous de l'été ?

En France, beaucoup de festivals ont souffert avec plusieurs annulations liées à la météo, la perte d'une tête d'affiche ou à des préventes insuffisantes. En Fédération, je constate qu'aucun festival n'a affiché complet. Nous perdons du public. Celui-ci se disperse et ses attentes évoluent. Organiser un festival est devenu un exercice d'équilibriste… et aussi un acte de résistance.

Entre les discours alarmistes des organisateurs avant la saison (sur les coûts de production, la baisse des aides publiques, la concurrence,…) et les bilans très positifs dressés après leur festival, où se situe la vérité ?

Sans doute entre les deux. Les bilans très positifs ? Je peux les comprendre. La météo a été favorable, l'ambiance excellente. Certains festivals ont attiré plus de monde qu'en 2025. Il y a toujours une part d'adrénaline quand on dresse un bilan à chaud. C'est humain. Maintenant, je sais ce que certains organisateurs ont déboursé pour avoir des artistes qui, au bout du compte, ne leur ont pas permis de remplir leur site. J'ai reçu les mêmes propositions. Pour ma part, je resterai prudent lorsque vous me poserez la question le dimanche 6 en fin d'après-midi. Même en anticipant au maximum, il reste toujours des coûts imprévus, des aides promises qui tardent à arriver, des mauvaises surprises. Je serai heureux à 100 % fin décembre, lorsque mes financiers me diront si nous pouvons continuer sur cette voie.

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En 2027, les Solidarités se dérouleront pour la dernière fois sur le site Ecolys, avant un retour à la Citadelle en 2028. À quoi faut-il s'attendre ?

Je pense de plus en plus à nous rebaptiser "Fête des Solidarités". Cela correspond davantage à ce que nous sommes. Pour l'édition 2027, la course est déjà bien lancée. Je n'ai pas de craintes. On a bien avancé sur la programmation et notre position de "dernier festival de l'été" nous permet d'accueillir en primeur des artistes qui ont une actualité discographique à la rentrée. Dès le 1er janvier 2027, une partie de notre équipe travaillera sur notre retour à la Citadelle. On ne fera pas un simple copié/collé de ce qui existait auparavant. Ce sera l'occasion de se renouveler.

Un festival wallon pourra-t-il s'offrir Angèle en 2027 ?

C'est déjà fait, mais ce ne sera pas chez nous. On pourrait s'aligner sur les offres existantes, voir surenchérir. Mais, dans ce cas, il faudrait mettre le billet autour de 100 euros. Éthiquement, nous ne pouvons pas faire cela à notre public.

Les Solidarités, Namur, du 4 au 6/9. lessoldarités.be

Denis Gerardy, directeur des Solidarités.Denis Gerardy, directeur des Solidarités. ©Les Solidarités

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