Une fusée de plus de 122 mètres, capable de se poser toute seule dans les bras de sa tour de lancement : SpaceX s’apprête à tenter un geste jamais réalisé dans l’histoire du vol orbital. Capturer non pas un, mais les deux étages de Starship lors du même essai. Un pari technique qui pourrait rebattre les cartes de l’accès à l’espace.
À retenir
- SpaceX va tenter, lors du 15e vol d'essai de Starship, de capturer simultanément le booster Super Heavy et l'étage Ship avec les bras de sa tour de lancement, une première mondiale.
- Le booster a déjà été capturé trois fois avec succès, mais l'étage Ship n'a jamais réussi cette manœuvre, rendue plus complexe par sa vitesse et son altitude de rentrée.
- Cette réutilisation totale vise à soutenir la constellation Starlink et un objectif de 10 000 lancements par an d'ici 2030, dans un contexte financier solide avec 14,6 milliards de dollars de revenus au troisième trimestre.
Un pari inédit : capturer les deux étages lors d’un seul vol
SpaceX prévoit de récupérer au bras mécanique de Starbase le booster Super Heavy et l’étage Starship lors d’un même vol d’essai, le quinzième du programme. L’annonce a été faite par Elon Musk en personne, lors d’un appel consacré aux résultats trimestriels de l’entreprise.
Si la manœuvre réussit, ce serait la toute première récupération complète d’un lanceur orbital. Deux énormes bras métalliques viennent cueillir la fusée en plein vol, directement au-dessus du pas de tir. Musk parle d’un jalon technologique profond pour l’avenir de l’exploration spatiale.
Il faut dire que l’engin en question n’a rien d’un petit module. Starship culmine à plus de 122 mètres, ce qui en fait le lanceur le plus grand et le plus puissant jamais construit. Contrairement aux Falcon 9 et Falcon Heavy, partiellement réutilisables, ses deux étages sont pensés dès le départ pour voler, atterrir, puis repartir presque aussitôt.
Pourquoi le ship résiste encore là où le booster a déjà été dompté
Pour comprendre l’enjeu, il faut revenir sur le principe même de la capture. Plutôt que de poser la fusée sur des pattes comme le fait un Falcon 9, SpaceX utilise les bras chopstick de sa tour de lancement. Ces bras viennent littéralement attraper l’étage au vol, ce qui permet une inspection rapide, une remise en état accélérée, puis une relance presque immédiate.
Sur les quatorze vols d’essai réalisés jusqu’ici, le booster Super Heavy a déjà été capturé avec succès à trois reprises. L’étage Ship, lui, n’a encore jamais été soumis à cette épreuve. Et pour cause, la manœuvre est nettement plus complexe à son niveau.
La raison tient en trois mots : vitesse, altitude et distance. Le Ship revient de bien plus haut et bien plus vite que le booster, après avoir traversé l’espace et amorcé sa rentrée atmosphérique. Autant dire que le moindre écart de trajectoire devient beaucoup plus difficile à rattraper à ce stade du vol.
Malgré cette difficulté, Musk se dit confiant, estimant la réussite plus probable qu’improbable dès la première tentative. Il n’a donné aucune date précise, évoquant simplement une accélération du rythme des vols Starship dans les mois à venir.
Starlink V3, 10 000 vols par an : l’ambition démesurée derrière la capture
Cette course à la réutilisation totale ne relève pas du simple exploit technique. Elle s’inscrit dans une stratégie bien plus large. Lors du vol précédent, le Ship a atteint l’orbite pour la toute première fois, et a déployé 26 satellites Starlink Version 3, les premiers représentants d’une future constellation qui pourrait compter environ 100 000 satellites.
Pour alimenter un tel réseau, il faut des lanceurs capables de voler sans cesse, sans passer des mois en maintenance entre deux missions. Musk vise ainsi plus de 10 000 lancements de Starship par an d’ici 2030, un chiffre qui donne une idée du changement d’échelle recherché par l’entreprise.
Ces ambitions s’appuient aussi sur une santé financière solide. Sur le troisième trimestre, SpaceX affiche des revenus de 14,6 milliards de dollars, en hausse de 161 pour cent par rapport à la même période l’an dernier, pour un bénéfice net de 4,4 milliards de dollars, contre une perte enregistrée un an plus tôt.
Autant de moyens qui expliquent pourquoi SpaceX peut se permettre de viser aussi haut, au sens propre comme au figuré. Reste à voir si les deux bras de Starbase sauront, le moment venu, cueillir simultanément ces deux géants d’acier sans le moindre accroc.


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