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10 cm, 11 000 ans et deux amants enlacés : la plus ancienne scène de sexe connue tient dans un simple galet de rivièrex

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Un galet de calcite tient dans la paume d’une main. Il mesure à peine 10 centimètres. Et pourtant, il raconte sans doute la plus vieille étreinte de l’humanité. Sculptée il y a 11 000 ans, cette pierre façonnée par des mains anciennes représente deux corps enlacés, dans ce qui constitue la plus ancienne scène de sexe jamais retrouvée par les archéologues. Son nom : les Amants d’Aïn Sakhri.

À retenir

  • Sculptée il y a 11 000 ans par la culture natoufienne, la statue des Amants d’Aïn Sakhri représente deux corps enlacés et constitue, selon le British Museum, un bas-relief intentionnellement phallique.
  • Découverte par un Bédouin puis identifiée en 1933 par le diplomate René Neuville dans la grotte d’Aïn Sakhri, l’œuvre a rejoint les collections du British Museum après la mort de ce dernier en 1952.
  • Trouvée dans un cadre domestique et non funéraire, la sculpture témoigne d’un usage quotidien dont la fonction exacte reste encore inconnue des chercheurs.

Un galet qui cache trois corps en un seul regard

À première vue, la sculpture montre deux silhouettes assises face à face, l’une installée sur les genoux de l’autre. Aucun visage n’est dessiné, aucun trait distinctif ne permet d’identifier qui que ce soit. Mais la posture, elle, ne laisse aucune ambiguïté.

Selon le British Museum, qui conserve aujourd’hui la relique, les jambes d’un des deux personnages s’enroulent autour de la taille de l’autre. Le musée parle d’un contact génital suggéré, une manière pudique de décrire ce qui ressemble bel et bien à un rapport sexuel figé dans la pierre.

Mais l’objet va plus loin qu’une simple scène d’étreinte. Le British Museum précise que ce bas-relief est aussi, à tous égards, intentionnellement phallique. Toute la silhouette du galet évoque un phallus, comme si l’artiste avait voulu glisser un second message dans la forme même de son support.

Le sculpteur britannique contemporain Marc Quinn est allé plus loin encore dans son analyse, livrée sur les ondes de BBC Radio 4. Pour lui, cette roche grivoise change de sens selon l’angle sous lequel on l’observe. D’un côté, un pénis. De l’autre, un vagin. Et sous un troisième angle, des seins. Il résume la chose sans détour : c’est presque comme un film pornographique, sculpté dans la pierre il y a onze millénaires. La sculpture a d’ailleurs été décrite comme de la pornographie antique, tant son caractère explicite tranche avec l’image qu’on se fait généralement de l’art préhistorique.

La sculpture des Amants d'Ain Sakhri a été découverte par un voyageur bédouin.Crédit : BabelStone via Wikimedia Commons ( CC BY-SA 3.0 )
La sculpture des Amants d’Ain Sakhri a été découverte par un voyageur bédouin.

Un bédouin, un diplomate et 11 000 ans de silence avant la révélation

L’histoire de la découverte de cet objet mérite elle aussi le détour. Tout commence avec un Bédouin qui voyageait entre Bethléem et la mer Morte, et qui met la main sur cette pierre sans en mesurer la portée. La sculpture finit par rejoindre un petit musée appartenant à un ordre religieux, les Pères français.

C’est là qu’en 1933, le diplomate et archéologue français René Neuville tombe sur la relique. Intrigué, il décide de remonter le fil de son origine plutôt que de se contenter de l’admirer derrière une vitrine.

Neuville finit par retrouver l’homme qui avait découvert l’objet. Celui-ci le conduit jusqu’à la grotte d’Aïn Sakhri, lieu qui donnera son nom définitif à la sculpture. Des fouilles menées sur place révèlent que cette grotte servait d’habitation aux membres de la culture natoufienne, un peuple qui occupait certaines parties du Levant au moment précis où les populations locales commençaient à expérimenter l’agriculture.

À la mort de Neuville en 1952, l’objet change une dernière fois de mains : il est acquis par le British Museum lors d’une vente aux enchères.

Une œuvre domestique plutôt que funéraire, un mystère qui résiste au temps

D’après les autres objets retrouvés dans la grotte, les chercheurs estiment que les Amants d’Aïn Sakhri ont été façonnés par une personne menant une vie sédentaire, tout en pratiquant encore une combinaison de chasse et d’agriculture.

Ce qui intrigue surtout les spécialistes, c’est le contexte de la découverte. La sculpture n’a pas été trouvée dans une grotte funéraire, comme on pourrait s’y attendre pour un objet aussi chargé symboliquement. Elle gisait dans un cadre domestique, parmi les traces d’une vie quotidienne.

Cette localisation suggère que l’objet remplissait une fonction de tous les jours plutôt qu’un rôle rituel lié à la mort. Mais au-delà de cette hypothèse, la finalité exacte de cette œuvre d’art érotique demeure un mystère que ni les fouilles ni les analyses n’ont encore permis de résoudre entièrement.

Quelle qu’ait été sa fonction première, la statue des Amants d’Aïn Sakhri ouvre une fenêtre rare sur une dimension de la vie préhistorique qu’on oublie trop souvent : celle du désir et de l’intimité. Elle rappelle, avec une économie de moyens remarquable, que le sexe a toujours été une affaire à la fois passionnée et tendre, et ce bien avant l’invention de l’écriture.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il écrit des articles scientifiques depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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