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«Le Français n’a jamais compté autant de locuteurs, et pourtant son influence recule»

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FIGAROVOX/TRIBUNE - Le rapport 2026 de l’OIF* dresse un bilan contrasté de l’usage du français : elle est la quatrième langue mondiale et la deuxième la plus enseignée, mais elle perd de son influence dans les institutions internationales, note Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de la Francophonie.

Les langues ne vivent pas seulement du nombre de celles et ceux qui les parlent. Leur influence se mesure aussi à leur présence dans les lieux où se fabrique le pouvoir : les institutions internationales, l’économie du savoir et, désormais, les technologies numériques. Le rapport de 2026 La langue française dans le monde documente un paradoxe que nous ne pouvons plus ignorer : si le français n’a jamais compté autant de locuteurs, son influence recule dans certains domaines stratégiques.

Les chiffres contredisent le récit du déclin que l’on entend trop souvent. En 2026, la langue française est parlée par 396 millions de personnes, soit 75 millions de plus qu’en 2022. Elle occupe désormais la quatrième place des langues les plus parlées dans le monde, contre la cinquième lors du précédent rapport. Avec 170 millions d’apprenants, elle est la deuxième langue la plus enseignée sur la planète, derrière l’anglais et devant l’espagnol. Elle demeure également la troisième langue des affaires internationales et l’une des grandes langues du droit et de la diplomatie.

Le français doit être massivement présent dans les corpus qui alimentent les systèmes d’intelligence artificielle, qu’il s’agisse de contenus scientifiques, culturels ou juridiques. Passer la publicité

Les projections sont éloquentes. D’ici 2050, le français pourrait compter plus de 700 millions de locuteurs, dont plus de 220 millions de jeunes, ce qui représente un poids démographique considérable. Mais le nombre de locuteurs ne suffit pas à garantir l’influence d’une langue. Le français est l’une des deux langues de travail du Secrétariat des Nations unies, aux côtés de l’anglais, et l’une des six langues officielles de l’Organisation. Ce statut est inscrit dans les textes, mais les règles ne suffisent pas à garantir les usages. Lors des débats de l’Assemblée générale des Nations unies en 2024 et 2025, 83 représentants d’États membres de la Francophonie étaient présents. Vingt-quatre seulement ont pris la parole en français. Autrement dit, même au sein de l’espace francophone, l’usage effectif de la langue recule.

La même évolution s’observe au niveau de l’Union européenne. Celle-ci protège juridiquement le multilinguisme et compte 24 langues officielles. Mais dans la pratique quotidienne, trois langues structurent l’essentiel du travail administratif et politique : l’anglais, le français et l’allemand. Dans les négociations informelles, les documents de travail et les outils numériques, l’anglais tend à s’imposer comme langue d’usage par défaut. Le français résiste là où les règles sont contraignantes, mais recule là où la commodité décide.

Le second front, peut-être le plus stratégique, est le numérique. La langue française représente environ 4 % des contenus publiés sur Internet, contre près de 24 % pour l’anglais. Avec l’essor de l’intelligence artificielle, cet écart devient stratégique : les systèmes qui structurent aujourd’hui la production de connaissances sont entraînés sur des volumes massifs de données largement dominés par l’anglais, et une langue absente de ces corpus devient progressivement invisible dans les outils qui organisent l’économie du savoir. Le risque n’est pas que notre langue disparaisse des discours officiels, c’est qu’elle disparaisse des usages réels.

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Deux leviers sont aujourd’hui décisifs : la quantité et le rapport de force collectif. Le français doit être massivement présent dans les corpus qui alimentent les systèmes d’intelligence artificielle, qu’il s’agisse de contenus scientifiques, culturels ou juridiques. C’est pourquoi la Francophonie soutient les auteurs et créateurs francophones et œuvre à la découvrabilité de leurs contenus sur les plateformes numériques.

Mais la quantité ne suffit pas : aucune communauté linguistique ne peut peser seule sur les grandes plateformes et les forums de gouvernance de l’IA. Aux côtés d’autres grands espaces linguistiques, la Francophonie a fait inscrire la diversité linguistique dans le Pacte numérique mondial adopté par l’ONU en 2024, y compris dans les dispositions relatives à l’intelligence artificielle, et co-fondé le Groupe des amis du multilinguisme, première plateforme de coordination entre grandes communautés linguistiques pour peser collectivement sur les règles en cours d’élaboration.

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Malgré sa vitalité, le français recule là où se prennent les décisions qui comptent : dans les institutions multilatérales et dans l’architecture numérique qui structure désormais la circulation du savoir. Ce paradoxe n’est pas une fatalité. Il appartient aux décideurs francophones de le résoudre.


L’OIF est l’Organisation internationale de la francophonie.

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