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Tour de France : « Des pavés et des hommes »

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FIGAROVOX/TRIBUNE - Alors que le Tour de France vient de s’achever ce dimanche 26 juillet, l’écrivain Thomas Morales tire le bilan de cette édition 2026 et rend hommage à cette course mythique. Il se réjouit de voir notre pays d’habitude si honni, déployer toutes ses richesses et sa ferveur aux yeux du monde.

Thomas Morales est écrivain. Dernier livre paru : Les Tendresses de Zanzibar (Éditions du Rocher, mars 2026).


Voilà, c’est fini. Trois semaines. 21 jours, des Ramblas, célèbre avenue de Barcelone à la folie de Montmartre. Il va falloir s’habituer à vivre sans lui. Sans son horloge interne. Sans son maillot jaune, roi slovène entré dans le club des 5. Sans trois coureurs français dans le Top 10. Sans cette liesse populaire, entre kermesse et encyclopédie.

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Le Tour, c’est la grande synthèse que l’on attend chaque année. Le Tour, c’est une ferveur et une onde. Une communion et un songe. Tout se mêle, tout s’agrège, tout se transforme sur ce parcours de plus de 3 300 km. L’Histoire butine, les paysages se superposent et l’effort physique des champions, sans répit, continu, brutal, intolérable, nous rend plus humbles. Moins dogmatiques aussi. Celui qui ne comprend rien à la souffrance des forçats ne peut ressentir la piété. Les images défilent, se croisent, on passe d’une église à un gruppetto, d’une bastide à un éperon rocheux, d’un sprint pour grosses cuisses à la sécheresse de la haute altitude. Tout va si vite.

Hier encore, nous étions à Barcelone. Notre pays, si honni et si désiré, a déployé sa traîne. Une fois de plus. Que la mariée était belle ! On aura vu des machicoulis et des bobs à pois, des Norvégiens ramer et des bonnes sœurs rire comme des collégiennes, des aqueducs et des camping-cars, des familles recomposées et des retraités, des spécialistes du vélo et des badauds, des fêtards et des agnostiques, des glacières et des ronds-points, du saucisson et des émotions. Tout un peuple à l’unisson. Assis sur le trottoir, dans les champs ou dans les cols. Aux premières loges d’un spectacle gratuit.

On a suivi le Tour comme on lit un roman en acceptant de bonne grâce certaines longueurs, en ne s’offusquant pas de connaître le nom du vainqueur dès la première page.

Thomas Morales

Même chez les plus suspicieux d’entre nous, la vitesse moyenne a encore affolé les compteurs cette année ; chez tous les mauvais coucheurs, le réveil est difficile ce matin. Pâteux. Il y a comme une boule au ventre. Une petite mort. La fin d’un rêve. Déjà, les jours de repos, ces satanés lundis, nous nous sentions mal dans notre peau. Il manquait quelque chose à notre équilibre estival. Parce que le Tour est une vitrine et un mausolée. Il y a bien sûr les classiques, les autres grandes boucles qu’elles soient rouges ou roses, les courses de prestige et les championnats. Rien n’y fait. Lui seul, existe.

Nous sommes attachés à son manège, à sa langue, à ses sons, à ses mythologies. On est à la fois chez Diderot et au Luna Park, avec Annie Cordy et Yvette Horner sur le bagage. Les klaxons trois tons annoncent l’arrivée des coureurs. Tout le village est dehors. Sous tension. Les mémés et les petits se tiennent par la main. Les drapeaux et les calicots s’agitent. L’excitation à son comble se propage, de génération en génération. Elle s’amplifie même. Un bruit court. La buvette se vide, le peloton tant attendu approche. Il sera là, dans cinq minutes, non, dans deux minutes. Ça y est, ils arrivent par l’Ouest, ils entrent par la ferme des Marcelin, tournent devant la mairie, et prennent la départementale. On distingue à peine deux maillots distinctifs dans cette masse puissante, tendue, floue, électrique, qui s’étire et se contracte, aussi résistante qu’une salamandre, aussi fascinante qu’une aurore boréale.

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Que retiendra-t-on de cette journée à part du calendrier 2026 ? On se mélange déjà les pédales entre les noms compliqués des équipes et les couleurs des casaques mais ce feulement. Cette distorsion du temps. Peut-être qu’un solo de Miles Davis, hypnotique, s’approche le plus de cette musique étrange entendue de Barcelone à la rue Lepic. C’était un peu la musique de nos vacances. On a suivi le Tour comme on lit un roman en acceptant de bonne grâce certaines longueurs, en ne s’offusquant pas de connaître le nom du vainqueur dès la première page, en regrettant cependant l’absence d’une victoire tricolore mais en se délectant des morceaux de bravoure dans les Alpes. Cette dernière étape, à Montmartre, a vu le succès du petit-fils de Raymond Poulidor face au géant jaune Tadej Pogacar devant une foule joyeuse et fraternelle entourant cette coulée pavée d’espoir. Le cyclisme est un sport forcément humain et sublime.

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Malgré les vagues de chaleur, nos après-midi de juillet auront été plus belles que nos nuits. Le Tour de France a dicté notre posologie. Il a rythmé nos journées. Alors maintenant, nous allons errer, nous sommes désœuvrés, l’œil lointain, nous avançons sans appétit, sans but. Par chance, le Tour de France Femmes démarre samedi 1er août de Lausanne. Alors, on remet ça !

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