Neuf morts, plus de cent bâtiments détruits ou endommagés, un village rayé de la carte en une nuit : c’est le bilan de l’explosion qui a ravagé Mitholz le 19 décembre 1947. Près de quatre-vingts ans plus tard, ce hameau de l’Oberland bernois s’apprête à revivre une évacuation, planifiée celle-ci, méthodique, et surtout d’une longueur inédite. Pour extraire ce qui reste enfoui sous la roche, une partie des habitants devra quitter les lieux pendant plus de dix ans.
Cette nuit-là, une partie des sept mille tonnes de munitions entreposées dans un dépôt au-dessus de Mitholz-Blausee explosent en trois déflagrations violentes. Le village prend l’allure d’une zone de guerre : plus de deux cents personnes se retrouvent sans abri et plus de cent bâtiments sont détruits ou endommagés. La cause exacte de l’accident n’a d’ailleurs jamais été établie avec certitude.
À retenir
- Une explosion de 1947 dans un dépôt de munitions a tué 9 personnes et détruit le village de Mitholz en Suisse.
- 3500 tonnes de munitions contenant plusieurs centaines de tonnes d’explosifs restent enfouies sous les gravats du dépôt.
- Le déblaiement complet s’étalera sur plus de vingt ans, forçant 31 habitants à quitter le village entre 2032 et 2047.
- L’opération coûtera environ 2,6 milliards de francs suisses incluant la sécurisation des infrastructures et l’indemnisation des résidents.
Sommaire
Un risque resté enterré pendant sept décennies
Pendant longtemps, on a cru le danger écarté. Le site a même connu une seconde vie : la galerie partiellement reconstruite a servi à stocker des produits pharmaceutiques pour l’armée, avant qu’un projet de centre de données y soit même envisagé en 2010. Le réveil a été brutal.
Une expertise commandée en 2018 a changé la donne. Elle a révélé qu’environ 3 500 tonnes de munitions, contenant plusieurs centaines de tonnes d’explosifs, reposent toujours dans le dépôt effondré et sous les gravats. la quantité de matière explosive encore présente sur place avoisine celle qui a provoqué la catastrophe de 1947. Le Conseil fédéral suisse a tranché fin 2020 en faveur d’un déblaiement complet, une décision confirmée par le Parlement en 2023.
Cinquante obus. C’est ce qu’ont retrouvé les équipes de déminage près de l’école du village.
Dans la zone dite « Im Bode », fortement chargée et proche de l’école de Mitholz, une cinquantaine d’obus d’un calibre allant de 4,7 à 10,5 centimètres ont été découverts sur une superficie comparable à celle d’un terrain de football, à une profondeur atteignant 30 centimètres. Un chiffre qui donne la mesure du travail de fourmi qui attend les artificiers pendant les prochaines années.
Un calendrier étalé sur plus de vingt ans
Le projet obéit à une mécanique en plusieurs temps, pensée pour sécuriser la population avant même de toucher aux munitions. Des mesures préalables sont menées depuis 2022 et se poursuivent jusqu’en 2027. Vient ensuite une phase de protection : la voie ferrée et la route seront sécurisées, et selon le calendrier, aucune habitation ne devrait plus être autorisée dans le périmètre à risque à partir de 2032.
Le déblaiement à proprement parler, celui qui consiste à extraire et neutraliser les munitions enfouies dans la galerie effondrée, devrait s’étendre de 2037 à 2043. Le retour des habitants, lui, est envisagé entre 2044 et 2047. Concrètement, plus de dix ans séparent le moment où une partie du village devra se vider et celui où elle pourra à nouveau y vivre.
Trente et une personnes sont concernées par ce départ prolongé. Elles ne perdent pas seulement un logement : elles perdent, pour une bonne partie de leur vie active, la possibilité d’habiter là où elles ont grandi.
Le coût de l’opération donne le tournis. La Confédération l’estime à environ 2,6 milliards de francs suisses, une somme qui inclut la sécurisation de la voie ferrée, la construction d’infrastructures de traitement des munitions sur place et l’indemnisation des riverains déplacés. Pour éviter de faire circuler des matières dangereuses sur les routes, une installation dédiée à l’élimination des munitions doit être construite directement à Mitholz.
Vivre avec une menace qu’on ne voit pas
Le village compte aujourd’hui environ 170 habitants. Tous ne seront pas évacués : les autorités ont défini des périmètres et des zones de risque échelonné, ce qui permet à un plus grand nombre de rester sur place que ce qui avait été envisagé au départ. Mais pour ceux qui vivent dans les secteurs les plus exposés, l’incertitude pèse depuis des années, bien avant même le début des travaux de déblaiement proprement dits.
Le Département fédéral de la défense affirme accompagner les habitants concernés, quel que soit le périmètre dans lequel ils se trouvent, notamment pour préparer leur départ et chercher des solutions concrètes. Reste que composer avec un tel calendrier suppose une forme de patience rare : des enfants qui naîtront pendant la phase de déblaiement grandiront sans avoir connu leur village autrement qu’en chantier.
Le dossier illustre aussi une réalité plus large, celle des vestiges militaires du XXe siècle qui continuent de menacer des territoires civils des décennies après les faits. En Allemagne, un dépôt militaire situé à Prüm avait explosé en 1949 après avoir pris feu, détruisant une large partie de la ville. Mitholz, elle, aura mis près d’un siècle à solder définitivement les comptes de sa propre catastrophe.
Sources : rts.ch | wikidata.org | msiac.nato.int


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