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Les Québécois ont massivement tourné le dos à la Coalition avenir Québec (CAQ), qui a été rayée de la carte électorale lundi soir.
À l’heure où ces lignes étaient écrites, aucun député caquiste n’avait encore réussi à obtenir une victoire et aucun n’était en tête. La formation politique n’aurait plus un seul représentant à l’Assemblée nationale.
Battue dans Trois-Rivières, la cheffe et première ministre sortante, Christine Fréchette, a concédé la victoire au Parti québécois (PQ), donné gagnant moins d’une heure après la fermeture des bureaux de vote. Elle a pris l’entière responsabilité du naufrage caquiste, mais ne s’est pas prononcée sur son avenir à la tête du parti.
« La défaite, elle est la mienne. Elle n’est pas la vôtre. Alors gardez la tête haute », a-t-elle déclaré aux quelques dizaines de militants réunis dans un hôtel de Trois-Rivières. Certains d’entre eux étaient en pleurs, mais d’autres, comme leur cheffe, avaient les yeux secs, résignés qu’ils étaient face au résultat que leur prédisaient les sondages.
« Ce soir, c’est un résultat clairement difficile pour la coalition. Je mesure la déception de nos candidats, de nos militants, de tous ceux qui nous ont fait confiance. Les Québécois voulaient du changement, je respecte leur choix », a affirmé Mme Fréchette.
Depuis son arrivée à la tête de la CAQ, la cheffe avait pris ses distances de son prédécesseur, François Legault. Dans son discours, elle lui a plutôt rendu hommage, en soulignant la « détermination » dont il a fait preuve en fondant la CAQ avec l’homme d’affaires Charles Sirois, en 2011.
Il est attendu que Mme Fréchette s’adresse aux médias mardi pour se prononcer sur la suite des choses.
Vers une transition « ordonnée »
La première ministre sortante a dit avoir appelé son successeur, Paul St-Pierre Plamondon, pour le féliciter de sa victoire. « Je veillerai avec lui à une transition ordonnée, complète et respectueuse », a-t-elle assuré.
Malgré l’issue du vote, elle a livré un plaidoyer en faveur de la troisième voie. « Moi, je suis convaincue que cette voie-là demeure porteuse pour la suite. Alors, mes amis, soyons fiers. Soyons fiers de ce qu’on a bâti au fil des dernières années. […] Le jour où la troisième voie reviendra au gouvernement, ce sera grâce à notre détermination et notre vision d’un Québec fort et uni », a-t-elle dit.
La directrice générale du parti, Brigitte Legault, a dit se concentrer, dans un premier temps, « à encaisser » le résultat de l’élection. « C’est sûr que ça fait mal. Quand on fait de la politique, on le fait pour gagner », a-t-elle reconnu.
Dans une course avec cinq partis en lice, il a été « assez difficile », pour la CAQ, de faire passer son message, a-t-elle analysé.
Une débâcle spectaculaire
Croisé en début de soirée, l’un des rares ministres sortants à s’être rendu à Trois-Rivières, Lionel Carmant, avait refusé de croire à un scénario faisant disparaître la CAQ de la carte électorale. « Ça n’arrivera pas », avait dit celui qui faisait partie des signataires du manifeste fondateur du parti.
Pourtant, au fil de la soirée, les uns après les autres, les ténors caquistes ont été déclarés perdants dans leurs circonscriptions.
Dans Lévis, le ministre sortant de l’Économie, Bernard Drainville, a été devancé non seulement par son adversaire péquiste, Yanick Godbout, mais aussi par la conservatrice Karine Laflamme, victorieuse.
Son collègue à la Justice, Simon Jolin-Barrette a perdu son pari dans Borduas contre le péquiste Cédric Gagnon-Ducharme. Un autre membre de l’aile nationaliste de la CAQ, Jean-François Roberge, a été remercié par les électeurs de Chambly, qui lui ont préféré Julie Guyot, du PQ.
Le ministre sortant des Finances, Eric Girard, a mordu la poussière dans Groulx, où les électeurs lui ont préféré la péquiste Marie-Claude Sarrazin, ex-procureure de la commission Gallant sur le fiasco SAAQclic.
France-Élaine Duranceau, présidente sortante du Conseil du trésor, a quant à elle terminé deuxième dans Bertrand, derrière le péquiste Alexandre Girard-Duchaine. Sonia Bélanger, en poste à la Santé, a dû se contenter de la troisième place dans Prévost, remportée par la péquiste Anne Nguyen. La ministre sortante de l’Enseignement supérieur, Martine Biron, a elle aussi concédé la victoire dans Chutes-de-la-Chaudière, cette fois face au conservateur Dominique Dumas, qui a fait les manchettes pour ses déclarations controversées.
Une campagne difficile
En cours de campagne, la CAQ a perdu 10 points de pourcentage dans les intentions de vote en un mois, passant de 24 % à 14 % entre le 31 août et le 3 octobre, selon Léger.
Les équipes caquistes se sont notamment empêtrées dans une histoire concernant un prétendu risque d’ingérence américaine dans la course québécoise. Leur cheffe a aussi refusé de dire si elle se rangerait dans le camp du Oui ou du Non advenant un troisième référendum sur l’avenir du Québec.
Dans son message aux militants lundi soir, Mme Fréchette a dit que d’occuper la fonction de première ministre avait été « le plus grand honneur » qui lui ait été donné. « Si j’ai pu amener ne serait-ce qu’une seule jeune femme à réaliser que tout est possible pour elle et pour les autres, j’en serai particulièrement fière », a-t-elle lancé.


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