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L’incinération, l’enjeu dont les candidats à la mairie de Toronto ne parlent pas

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Les Torontois produisent plus de 720 000 tonnes de déchets par année. Environ la moitié est recyclée ou compostée, le reste prend le chemin du dépotoir de Green Lane, qui devrait être plein d'ici 2035 au rythme actuel. L'incinération, une possibilité que la Ville étudie, est-elle la solution?

On avait l'impression que la Ville et le conseil [municipal] ne voulaient pas parler [d'incinération] avant les élections, affirme l'environnementaliste Karen Wirsig.

Depuis le début de la campagne, les principaux candidats à la mairie n'ont pas abordé non plus cet enjeu. Nous leur avons donc posé la question.

Olivia Chow répond aux questions des médias à Toronto.

La mairesse de Toronto, Olivia Chow, sollicite un autre mandat le 26 octobre. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Mirna Djukic

La mairesse sortante, Olivia Chow, ne ferme pas la porte à l'incinération. Son attaché de presse, Braman Thillainathan, indique par courriel que les fonctionnaires municipaux continuent d'évaluer toutes les options.

En tant que mairesse, Mme Chow laissera le processus suivre son cours afin de prendre les décisions les plus éclairées possibles.

Infographie indiquant que la quantité de déchets produits par les Torontois chaque année est équivalente à plus de 59 000 éléphants et plus de 2500 baleines bleues.

Toronto a géré près de 356 000 tonnes de déchets résidentiels en 2025.

Photo : Radio-Canada / Riel Foidart

Les fonctionnaires doivent présenter un rapport l'an prochain devant le comité municipal des infrastructures et de l'environnement.

Les Torontois préfèrent l’incinération, selon un sondage Environics

Option préférée pour les déchets de TorontoPourcentage
Incinération72 %
Enfouissement (dépotoir)8 %
Aucune préférence19 %
Ne sait pas1 %

Options à l'étude par la Ville :

  • L'incinération (la Ville n'a pas encore déterminé s'il faudrait construire un incinérateur à Toronto ou si un incinérateur existant dans la région pourrait brûler les déchets des Torontois);
  • Prolonger la durée de vie du dépotoir de Green Lane dans la région de London, grâce à plus de recyclage;
  • Agrandir le dépotoir de Green Lane (cette idée a suscité toutefois l'opposition de communautés voisines);
  • Trouver un dépotoir privé prêt à accueillir les déchets de Toronto ou faire l'acquisition de ce dépotoir (Toronto a acheté la décharge de Green Lane en 2006).
Brad Bradford prend la parole lors d’une conférence de presse le 6 mai 2026 à Toronto.

Le candidat à la mairie Brad Bradford n'a pas répondu à nos demandes de commentaire. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Oksana Shtohryn

Le conseiller municipal Brad Bradford, principal adversaire de Mme Chow dans la course à la mairie, selon les intentions de vote, n'a pas répondu à nos demandes de commentaire.

Une technologie qui a fait ses preuves

Le troisième candidat principal à la mairie de Toronto, Chris Alexander, ex-ministre conservateur à Ottawa, croit que l'incinération mérite d'être envisagée comme solution à long terme.

Je considère l'incinération comme une option de plus en plus attirante — dont la logique économique évolue favorablement comparativement à celle des dépotoirs.

Chris Alexander prend la parole lors du débat en français pour la chefferie du Parti conservateur, le mardi 17 janvier 2017 à Québec.

Le candidat à la mairie Chris Alexander pense que l'incinération pourrait être la solution au problème de gestion des déchets de Toronto. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Les installations d'Emerald à Brampton et de Durham-York à Clarington ont fait leurs preuves dans la région du Grand Toronto, écrit-il par courriel, ajoutant que Toronto pourrait aussi évaluer le rendement des incinérateurs de Québec, de Vancouver/Burnaby, d'Edmonton et d'autres villes dans le monde.

L'incinération peut également servir à produire de l'électricité, remarque-t-il, soulignant toutefois les controverses entourant les émissions de gaz à effet de serre et la nécessité persistante de recourir à la mise en décharge pour certains déchets résiduels.

Un homme couvre son nez et sa bouche en marchant devant une montagne de sacs à ordures empilés dans la patinoire extérieure du parc Christie Pits, en juillet 2009.

En 2009, des montagnes de sacs d'ordures avaient été empilées dans des parcs à Toronto, lors d'une grève des éboueurs. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Darren Calabrese

Une solution écologique?

Pas moins de 72 % des Torontois préfèrent l'incinération à l'enfouissement (8 %), selon un sondage Environics commandé par la Ville Reine en juin 2025 dans le cadre de consultations publiques.

L'impact environnemental était la principale préoccupation des résidents en matière de gestion des déchets, indique le sondage.

Or, 47 % des répondants jugeaient que l'incinération était une façon de faire une pierre, deux coups, en produisant de l'électricité avec les ordures.

Les gens ont une perception erronée de l'incinération, pense Karen Wirsig, première gestionnaire des programmes sur le plastique chez Environmental Defence.

[L'incinération] est la façon la plus polluante de générer de l'électricité qu'on connaît, avec le charbon.

Mme Wirsig ajoute ceci : On a le sens que c'est une technologie qui peut faire disparaître les déchets, mais ce n’est pas le cas. En fait, ça crée beaucoup de pollution.

Avec l'incinération, on se trouve à la fin du processus avec à peu près l'équivalent du tiers des déchets, dit-elle. Les éléments toxiques sont très concentrés dans les cendres. Il faut trouver un endroit pour les enfouir, donc ça ne règle pas le problème du tout.

Portrait de Karen Wirsig.

L'incinération des déchets est une fausse solution pour Toronto, affirme l'environnementaliste Karen Wirsig. (Photo d'archives)

Photo : Avec l’autorisation de Environmental Defence

Pour elle, la solution est, d'une part, de s'engager avec les communautés à côté [du dépotoir] de Green Lane, notamment les communautés autochtones qui habitent à la limite de la décharge, pour discuter de tout ce qui nuit aux communautés avoisinantes.

D'autre part, Toronto devrait, selon elle, recycler davantage : La Ville devrait s'allier avec ses voisins dans le Grand Toronto pour minimiser les emballages, valoriser les électroménagers, les textiles, les vêtements, les chaussures, tout ça. Il y a beaucoup de choses que les villes font ailleurs dans le monde que [Toronto] devrait adopter très vite pour minimiser justement ce qui va ce qui est envoyé à Green Lane.

L'incinérateur de la compagnie Emerald à Brampton, qui doit accroître sa capacité, pourrait-il aussi accommoder Toronto? L'entreprise n'a pas répondu à notre demande de commentaire.

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