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Par Alexandre Latreuille
Le 12 mars 2026 à 16h54

FIGAROVOX/TRIBUNE - Dire «non» à la guerre, comme l’a fait le premier ministre espagnol Pedro Sánchez, est souvent présenté comme un acte de courage. Pourtant, Albert Camus a montré que ce refus dissimule souvent une tentation de ne pas choisir, explique Alexandre Latreuille, rédacteur en chef adjoint de La Fringale Culturelle.
Passer la publicité Passer la publicitéAu moment où les tensions militaires s’intensifient autour de l’Iran et où la perspective d’un embrasement régional au Moyen-Orient inquiète les capitales occidentales, le spectre d’un conflit plus large effraie le monde. Pedro Sánchez, au nom de l’Espagne, a déclaré publiquement : «Non à la guerre». Madrid a refusé que les bases militaires de Rota et de Morón soient utilisées pour des opérations militaires et appelle à une solution diplomatique conforme au (fameux) droit international.
Cette position a été saluée par une opinion publique européenne habituée à la paix. Elle permet aussi au chef du gouvernement espagnol d’apparaître comme la voix de la prudence dans un moment de tension internationale. Mais la prudence suffit-elle lorsqu’une crise exige des décisions difficiles ? En politique, comme en morale, refuser d’agir n’est jamais neutre.
La littérature l’a compris depuis longtemps. Dans Les justes, Albert Camus met en scène des révolutionnaires russes décidés à frapper un pouvoir oppressif. Leur cause est juste, leurs intentions sont nobles. Pourtant, chacun d’eux est confronté à un vertige moral : jusqu’où peut-on aller au nom de la justice ?
La violence, même justifiée, n’est jamais pure. Mais l’abstention ne l’est pas davantage. Camus montre que la véritable tragédie politique réside précisément là : agir ou ne pas agir implique toujours une responsabilité.
L’auteur franco-algérien nous rappelle une vérité inconfortable : le courage politique ne consiste pas seulement à refuser la violence. Il consiste surtout à assumer le risque moral du choix.
C’est ce dilemme que les discours politiques contemporains ont parfois tendance à simplifier. Dire «non» à la guerre paraît moralement limpide. Mais lorsque ce refus devient une posture qui évite d’affronter les conséquences de l’inaction, il cesse d’être un courage.
Refuser d’intervenir face à un régime autoritaire qui a écrasé, en janvier dernier, brutalement les contestations populaires peut aussi condamner un peuple à l’impuissance. La prudence protège nos consciences occidentales, mais elle n’allège en rien le poids qui pèse sur ceux qui vivent sous l’oppression.
La guerre n’est jamais entièrement juste. Elle bouleverse les sociétés et trouble les consciences. Pourtant, la responsabilité politique consiste précisément à accepter cette dimension tragique.
L’auteur franco-algérien nous rappelle une vérité inconfortable : le courage politique ne consiste pas seulement à refuser la violence. Il consiste surtout à assumer le risque moral du choix.
Dire «non» peut être une sagesse. Mais lorsque ce refus devient une manière d’éviter la responsabilité, il cesse d’être une décision. Il devient une simple posture politique.


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