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L'opposition s'intensifie en Amérique du Nord contre les projets de centres de données de l'intelligence artificielle (IA). Il n'y a actuellement que cinq mégacentres de données au Canada, mais il existe 96 projets en cours de conception ou de construction, selon une récente étude de l'Université York de Toronto.
Les manifestations contre ces projets se multiplient aussi bien en Ontario que dans l'Ouest.
Les inquiétudes quant à l'espace, à l'électricité et à l'eau nécessaires à ces installations gigantesques alimentent l'opposition.
À Hamilton, des centaines de personnes se sont rassemblées devant l'hôtel de ville la semaine dernière, avant une réunion au cours de laquelle une commission d'urbanisme examinait la demande d'un promoteur immobilier visant à diviser un vaste terrain en deux parties, dont l'une est destinée à des centres de données.
À Vancouver, des manifestants ont défilé dans la ville à la fin de mai pour protester contre deux projets de centres de données dédiés à l'IA, exprimant leurs inquiétudes quant à la consommation d'eau et d'énergie de ces installations, alors que la région est confrontée à des restrictions d'eau de plus en plus strictes.
Un autre projet devant voir le jour près de Regina a également fait l'objet d'une manifestation devant l'Assemblée législative provinciale en avril, tandis qu'un groupe de résidents d'Olds, en Alberta, s'est mobilisé pour empêcher la construction d'un centre de données dans cette ville d'environ 10 000 habitants.
Projets rejetés en Ontario et au Manitoba
Dans certains cas, cette opposition pourrait empêcher, ou du moins retarder, la mise en œuvre de ces projets.
À Hamilton, la requête du promoteur a été rejetée par les élus en raison des craintes exprimées par les résidents.
Au Manitoba, une pétition en ligne contre un grand centre de données, dont l'implantation était prévue dans une zone rurale au sud de Winnipeg, a recueilli plus de 13 500 signatures.
Le premier ministre manitobain, Wab Kinew, a déclaré que le projet ne verrait pas le jour, se disant préoccupé par son impact tant sur l'environnement que sur la communauté rurale.
Le Québec n'a pas fermé la porte aux centres de données, mais l'ancien gouvernement Legault a affirmé que ceux-ci devront payer leur électricité plus cher que les autres clients industriels.
Demande en électricité et en eau
En moyenne, une seule requête traitée par le robot conversationnel ChatGPT, qui utilise l'intelligence artificielle générative, consomme près de dix fois plus d'électricité qu'une simple recherche avec Google.
Cela signifie que les centres de données dédiés à l'IA consomment d'énormes quantités d'électricité.
Selon l'étude de l'Université York, un centre de données type de 100 mégawatts consommerait environ 438 000 à 700 800 mégawattheures par an, soit l'équivalent de la consommation électrique d'environ 40 000 à 64 000 foyers canadiens.
Selon des chercheurs de l'ONU, les centres de données auraient consommé environ 448 térawattheures d'électricité en 2025.
Si l'on considérait les centres de données comme un pays, ils seraient le 11e plus grand consommateur d'électricité au monde, a déclaré l'Institut de l'Université des Nations Unies pour l'eau, l'environnement et la santé (UNU-INWEH) dans un rapport publié le 3 juin.
Le rapport souligne que ces centres ont une empreinte carbone considérable, puisqu'ils ont généré 189 millions de tonnes d'émissions de dioxyde de carbone en une année.
Outre l'électricité, les centres de données ont besoin d'énormes quantités d'eau pour leurs systèmes de refroidissement.
Ce même rapport de l'ONU révèle que les centres de données ont consommé 4,5 billions de litres d'eau à l'échelle mondiale en 2025, soit suffisamment pour subvenir aux besoins de plus de 600 millions de personnes en Afrique subsaharienne.
Todd Coleman, fondateur et PDG de la société montréalaise eStruxture, affirme toutefois que ses installations n'utilisent pas d'eau, sauf pour les lavabos et les toilettes. Elles sont plutôt équipées d'un système de refroidissement au glycol en circuit fermé, précise-t-il.
Matt Milton, président de Microsoft Canada, raconte que l'entreprise utilise de nouvelles techniques pour réduire la consommation d'eau, tandis qu'un projet dans l'Utah soutenu par l'investisseur vedette Kevin O'Leary utiliserait un système de refroidissement en circuit fermé qui réutilise l'eau pour en réduire la consommation.
Certaines entreprises investissent également dans la production d'électricité hors réseau afin d'éviter de surcharger les réseaux électriques.
Pertes d'emplois?
Les craintes au sujet des pertes d'emplois liées à l'IA surgissent alors que les entreprises technologiques procèdent à des licenciements dans le cadre d'une transition vers une IA autonome.
Blayne Haggart, professeur de sciences politiques à l’Université Brock, explique que ces centres de données offrent aux gens une cible concrète vers laquelle diriger leur colère — un argument qui, selon lui, a été avancé pour la première fois par le politologue américain David Karpf.
Ils incarnent en quelque sorte ce malaise, cette antipathie et cette colère à l’égard de l’IA, dit-il.
Pour les jeunes, cela détruit les emplois de premier échelon. Quant aux travailleurs en milieu de carrière, ils voient l’IA utilisée comme prétexte pour réduire leurs effectifs, ce qui les laisse un peu livrés à eux-mêmes et surchargés de travail, ajoute-t-il.
De son côté, le gouvernement de Mark Carney a dévoilé sa stratégie sur l'intelligence artificielle la semaine dernière. Ottawa veut que l'IA devienne un générateur d'emplois.
Le plan prévoit la création de 250 000 emplois d'ici cinq ans, une prédiction décriée par les critiques.
D'après des renseignements fournis par Sarah Petz de CBC


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