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Harold Robicheau, gardien de la mémoire de Clare

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L'objectif d'Harold Robicheau a été le témoin de nombreux moments de l'histoire du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Les photos qu'il a prises et rassemblées au fil des ans constituent une fenêtre unique sur le passé de cette région acadienne. Mais alors que ce gardien de l'histoire locale s'apprête à fêter l'an prochain ses 80 ans, des questions commencent à se poser quant à l'avenir de son imposante collection.

Depuis 60 ans, ce photographe autodidacte documente la vie dans la municipalité de Clare.

Ce territoire, qui s’étend sur une cinquantaine de kilomètres le long de la baie Sainte-Marie, entre Digby et Yarmouth, regroupe quelque 9000 habitants répartis dans une quinzaine de villages acadiens.

Harold Robicheau possède une collection de plus de 12 000 photos de lieux, d'événements et de personnes de cette région francophone parmi les plus anciennes de la Nouvelle-Écosse.

Harold Robicheau.

« La mémoire, c’est dans la pratique [qu'on l'entraîne], puis [ça aide] quand on connaît le sujet puis qu’on l’aime », affirme Harold Robicheau.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

La mémoire d’Harold Robicheau est impressionnante.

Il se rappelle le moment précis où il a eu le déclic pour la photographie. Ce jour-là, un photographe se présente à son école pour prendre des photos de sa classe. S’il quitte l’école en 11e année – le matin du mercredi 14 octobre 1964, précise-t-il – pour travailler dès l’après-midi dans la quincaillerie de son père, cette passion naissante pour l’image continue de le suivre.

Deux ans plus tard, il achète son premier appareil photo, un Polaroid, et décroche un emploi de photojournaliste au Vanguard, le journal de langue anglaise de Yarmouth.

Un collage d'un article d'Harold Robicheau dans le journal Vanguard.

Harold Robicheau a travaillé comme photojournaliste pour le journal Vanguard de Yarmouth pendant deux décennies. Il a conservé tous ses articles et toutes ses photos de cette époque.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Il travaille pour cet hebdomadaire pendant 21 ans.

C’est durant cette période qu’il commence à collectionner des photos, des négatifs et des coupures de presse. Son intérêt pour les archives locales déborde vite du cadre de son travail. Le 4 juillet 1971, le photographe alors âgé de 27 ans se trouve chez lui, à Meteghan, lorsqu'il entend des sirènes; il se précipite dehors et découvre que l'église catholique du village est la proie des flammes.

Je prends mon Polaroid, puis je vais à l’église et je commence à prendre des portraits.

Aujourd’hui âgé de 79 ans, Harold Robicheau conserve dans une pièce de sa maison du village de Meteghan toute sa collection glanée au fil du temps.

Harold cherche une photo dans sa collection.

Harold Robichaud conserve des milliers de photos qu’il garde précieusement dans de petites boîtes.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Lorsqu’il était plus jeune et avant de connaître des problèmes de vision, le photographe prenait plaisir à photographier des lieux, des personnes ou encore des événements importants dans sa région, comme le Festival acadien de Clare.

Sa collection comprend également des vieilles photos qui lui ont été données. À mesure que la réputation de sa banque d’images historiques grandissait, les membres de la communauté ont commencé à lui offrir leurs propres archives. Beaucoup de ces photos ont été prises il y a plus de 100 ans, et certaines sont encore plus vieilles.

Une photo datant de 1911.

Harold Robicheau conserve aussi de vieilles photos qui lui ont été données au fil des ans, comme celle-ci qui montre la rue principale de Meteghan en 1911.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Elles offrent une perspective rare de la vie d’antan dans ce coin de l’Acadie.

Ça me drive! C’est un hobby, puis c’est ça ma vie itou.

Une curiosité profonde habite Harold Robicheau depuis son enfance. Une soif de vouloir connaître non seulement l’histoire des gens et leur généalogie, mais aussi d’établir les liens entre ces personnes et leurs communautés.

Il est captivé par tout ce qui se rapporte aux villages, aux familles fondatrices, aux lieux historiques, aux établissements et aux entreprises qui ont existé dans la région de Clare depuis 1768, date de l'arrivée des premiers Acadiens.

Tisser la ligne du temps de l’histoire locale

Cette information, il la note au quotidien. Sans ordinateur ni téléphone intelligent, il passe chaque jour des heures dans son bureau à écrire. À tisser la ligne du temps de l’histoire locale.

Selon l’archiviste Matthias Duc, directeur général du Centre acadien de l'Université Sainte-Anne, à Pointe-de-l’Église, la valeur des photographies d’Harold Robicheau réside principalement dans le contexte historique précis qu’il leur donne.

Matthias Duc dans la voûte d'archives à l'Université Sainte-Anne.

L'archiviste Matthias Duc est le directeur général du Centre acadien de l'Université Sainte-Anne, à Pointe-de-l’Église, en Nouvelle-Écosse.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Si on vous donne une photo et qu’on ne sait pas en quelle année elle a été prise et qu’on ne sait pas qui figure sur la photo, l'utilité de l'archive est vraiment grandement diminuée, dit-il. Toutes ces informations qu'on pourrait avoir autour de l'archive, c'est ce qui renseigne l'archive, c'est ce qui donne un sens aux personnes qui vont venir plus tard la consulter.

Harold Robicheau reçoit souvent chez lui, à Meteghan, des personnes qui sont à la recherche de photos et de renseignements généalogiques pour alimenter leurs projets personnels, leurs publications ou leurs travaux universitaires.

Je suis d'une certaine manière le go to. Jusqu'à astheure, j'ai aidé tout le monde qui m'a demandé de les aider avec quelque chose. Des fois, c'est difficile à trouver, parce qu'il n'y a point d'archives là où je trouve mes choses.

Accessible par un escalier extérieur, son vaste bureau est rempli de tables chargées de livres et de documents. On y retrouve aussi un téléphone fixe, une radio et une loupe. Une photocopieuse occupe un coin de la pièce. Entre les fenêtres, les murs sont recouverts d’étagères remplies de livres, de boîtes et de cartables.

Harold fouille dans sa collection.

Harold Robichaud a un système de classement bien à lui. Il sait précisément où se trouve chaque photo de sa collection.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Une petite pièce adjacente aux murs verts est pleine à craquer de classeurs, de boîtes, de livres et de documents. C’est là où sont rangées la majorité de ses photos et toutes ses archives du Vanguard de Yarmouth.

Harold Robicheau sait exactement ce qui se trouve dans chaque recoin de son espace de travail.

Le bureau d'Harold Robicheau vu de haut.

Au centre du bureau d’Harold Robicheau, une énorme table rectangulaire fait presque toute la longueur de la pièce. Devant une chaise, un coin de la table est dégagé. Le reste est couvert de plusieurs amas de feuilles et de documents.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Selon Jocelyne Comeau, présidente de la Société historique acadienne de la Baie Sainte-Marie, l'apport d'Harold est unique : alors que chaque famille conserve ses propres souvenirs, lui parvient à tisser des liens profonds entre les individus, les lignées, les villages et le territoire.

Chaque année, l’organisme décerne le prix Alphonse-J.-Deveau à une personne qui contribue à préserver l’histoire de la région. En 2025, Harold Robicheau a reçu cette récompense en raison de sa collection de photos et de l'histoire locale qu’il documente.

Une citation de Jocelyne Comeau sur une photo d'elle avec Harold Robicheau, vus à travers un miroir.

« C’est un gardien de l’histoire de Clare, des familles, des personnages. Ça vaut la peine d’avoir quelqu’un qui documente tout ça », affirme Jocelyne Comeau, présidente de la Société historique acadienne de la Baie Sainte-Marie.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Mais avec le temps, une question se pose de plus en plus : quel avenir pour cette vaste collection?

Tout le monde me le demande, mais je n'en suis point sûr, répond candidement Harold Robicheau. Il rêve pourtant d'exposer un jour ses milliers de photos dans un musée près de la Vieille Maison de Meteghan, la plus vieille structure acadienne de la Nouvelle-Écosse, construite en 1796.

Mon rêve est de faire un musée, next door de la Vieille Maison. Mais je n’ai point d’argent et c’est point sûr [que ce rêve va se concrétiser]. Les années avancent.

Jocelyne Comeau souhaite également que les archives du gardien officieux de la mémoire de Clare soient préservées. Tout ça, c’est important, parce que si ce n’est pas protégé, c’est perdu, dit-elle. Quand les gens vident les vieilles maisons et trouvent des photos, ça vaut la peine de les garder. Souvent, ça peut être mis dans les poubelles.

Jocelyne Comeau regarde dans un livre de la collection d'Harold Robicheau.

Jocelyne Comeau, présidente de la Société historique acadienne de la Baie Sainte-Marie, tient absolument à ce que la vaste collection de son ami Harold Robicheau soit conservée pour les générations futures.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Le Centre acadien de l'Université Sainte-Anne, qui possède aussi une importante collection d’archives, en plus d'une base de données généalogique des familles acadiennes de Clare, semble être l'endroit tout désigné pour héberger un jour le grand album photo qu'Harold Robicheau a constitué au fil du temps.

C'est toutefois peu probable dans un proche avenir, regrette son directeur.

On a de 20 à 25 ans de retard dans le traitement des archives, affirme Matthias Duc, qui demeure l'unique employé du Centre acadien. Donc, ce n'est pas possible de tout faire. Il faut choisir ses batailles, comme on dit.

L’archiviste de l'Université Sainte-Anne note néanmoins le sérieux avec lequel Harold Robicheau documente et contextualise le quotidien de Clare depuis six décennies. C'est la passion, souligne-t-il. Et avec la passion, on déplace des montagnes, on arrive à faire des choses qui paraissent inimaginables.

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