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En sortant à trois dans le vide en mai 1992 après deux échecs de la barre de capture, des astronautes d’Endeavour ont littéralement attrapé un satellite de 4 tonnes à mains nues

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Comment rattraper, à la seule force des bras, un engin de plusieurs tonnes qui file à près de 28 000 kilomètres par heure dans le vide spatial ? Ce défi, qui relève presque de la science-fiction, trois astronautes américains l’ont pourtant relevé lors d’une mission restée gravée dans les annales de la conquête spatiale. Alors que la navette Endeavour effectuait son tout premier vol, l’équipage de la mission STS-49 s’est retrouvé face à un problème technique insoluble avec les outils prévus à l’origine. La solution ? Improviser une sortie extravéhiculaire totalement inédite, à trois astronautes simultanément, pour saisir à mains nues un satellite de communication en perdition. Retour sur une opération de sauvetage spatial aussi audacieuse que spectaculaire, qui mêle erreur industrielle, prouesse technique et courage humain.

À retenir

  • Un défaut de câblage a empêché l'allumage du moteur d'apogée du satellite Intelsat 603, le laissant coincé en orbite basse dès 1990
  • ligneAprès l'échec de la barre de capture, les astronautes Thuot, Hieb et Akers ont réalisé la seule sortie extravéhiculaire à trois de l'histoire pour saisir le satellite à mains nues
  • ligneCette sortie a duré 8 h 29, un record pour l'époque, et a permis d'installer un nouveau moteur grâce auquel Intelsat 603 a rejoint son orbite géostationnaire et est resté en service jusqu'en 2013

Un satellite otage d’une erreur de câblage depuis 1990

Tout commence par un échec industriel qui aurait pu coûter très cher à son fabricant. Le satellite Intelsat 603, destiné à assurer des liaisons de télécommunication internationales, décolle de Cape Canaveral à bord d’un lanceur Commercial Titan III. Mais la mise en orbite tourne court : un défaut de câblage empêche la séparation correcte de l’étage supérieur, rendant impossible l’allumage du moteur d’apogée censé propulser l’engin vers son orbite géostationnaire définitive. Résultat, un satellite flambant neuf de 4 215 kilogrammes se retrouve coincé en orbite basse, totalement inutilisable, comme une voiture de luxe abandonnée sur le bas-côté faute d’essence.

Pour Hughes, le constructeur du satellite, la perte financière est colossale. Plutôt que d’abandonner cet appareil coûteux, l’entreprise se tourne vers la NASA pour envisager une mission de récupération en orbite, une première dans l’histoire spatiale commerciale. Un contrat évalué à 90 millions de dollars est alors signé entre les deux parties. L’objectif est aussi simple à énoncer que vertigineux à réaliser : aller chercher Intelsat 603 dans l’espace, lui installer un nouveau moteur, puis le relâcher pour qu’il rejoigne enfin l’orbite qui lui était destinée depuis le départ.

Deux échecs qui forcent la NASA à improviser l’impensable

C’est donc avec cette mission de sauvetage en tête que la navette Endeavour s’élance depuis le complexe de lancement LC-39B de Cape Canaveral, pour son tout premier vol baptisé STS-49. À son bord, un équipage de sept astronautes parmi lesquels figurent Daniel Brandenstein, commandant de la mission, ainsi que Pierre J. Thuot, Richard Hieb et Thomas Akers, qui vont bientôt devenir les visages de cet exploit. Le plan initial prévoit l’utilisation d’une barre de capture spécialement conçue pour s’arrimer à Intelsat 603 et le stabiliser avant de le ramener dans la soute de la navette.

Sauf que rien ne se passe comme prévu. Une première tentative échoue, puis une seconde. À chaque fois, le contact avec l’outil repousse le satellite et le fait osciller, rendant la capture impossible avec cet outil sans risquer de l’endommager ou de le repousser définitivement hors de portée. Face à cette situation bloquée, les ingénieurs au sol et l’équipage en orbite doivent trouver une parade dans l’urgence. La décision qui en résulte est radicale pour l’époque : tenter une capture manuelle, à mains nues, avec non pas un mais trois astronautes sortant simultanément dans le vide spatial, une configuration jamais testée jusqu’alors.

Thuot, Hieb et Akers : la capture à mains nues qui entre dans l’histoire

Le scénario qui se met alors en place force littéralement le respect. Pierre J. Thuot, Richard Hieb et Thomas Akers s’extraient ensemble du sas de la navette pour approcher le satellite dérivant, dans une chorégraphie millimétrée répétée mentalement des dizaines de fois avant l’opération. L’idée est de saisir Intelsat 603 directement avec les mains, en encadrant sa structure pour neutraliser sa rotation résiduelle, avant de le guider manuellement vers la soute d’Endeavour où un bras robotique et un dispositif de fixation prennent ensuite le relais.

Cette image, celle de trois hommes en scaphandre stabilisant à bout de bras un engin de plusieurs tonnes dans l’obscurité spatiale, reste aujourd’hui encore l’une des plus marquantes de l’histoire des vols habités. Il s’agit en effet de la seule sortie extravéhiculaire à trois astronautes jamais réalisée dans l’histoire du vol spatial, un record qui n’a jamais été reproduit depuis, tant la complexité logistique et les risques associés sont importants. Une fois le satellite sécurisé, l’équipage procède à l’installation d’un nouveau moteur d’apogée, le fameux Orbus-21S, qui doit remplacer celui resté inutilisé depuis le lancement raté.

8 h 29 dans le vide : le record qui a sauvé Intelsat 603

Au-delà de la prouesse technique, cette sortie extravéhiculaire établit également un record de durée tout à fait remarquable pour l’époque : 8 heures et 29 minutes passées dans le vide spatial, un chiffre qui restera inégalé jusqu’à la mission STS-102, près d’une décennie plus tard. Mise bout à bout avec les trois autres sorties réalisées durant la mission STS-49, l’équipage d’Endeavour cumule au total 25 heures et 23 minutes d’activité extravéhiculaire, un record absolu à l’époque qui illustre l’ampleur de l’effort physique et logistique déployé pour mener à bien ce sauvetage.

Une fois le nouveau moteur installé et le satellite relâché depuis la soute de la navette, Intelsat 603 parvient enfin à rejoindre l’orbite géostationnaire qui lui était promise depuis le départ, grâce à l’allumage réussi de son moteur de rattrapage. Ce sauvetage spectaculaire n’a pas seulement permis de récupérer un investissement financier colossal, il a aussi offert au satellite une seconde vie particulièrement longue, puisque Intelsat 603 restera en service plus de vingt ans avant d’être finalement désactivé en janvier 2013.

Avec le recul, cette mission STS-49 illustre à merveille ce que l’ingéniosité humaine peut accomplir lorsqu’elle se heurte à un problème technique en apparence insurmontable. Là où un simple défaut de câblage aurait pu condamner définitivement un satellite coûteux, l’improvisation audacieuse de trois astronautes, combinée à des heures d’entraînement et une bonne dose de sang-froid, a permis de transformer un échec industriel en succès retentissant. Un épisode qui rappelle, s’il en était besoin, que l’exploration spatiale reste avant tout une aventure profondément humaine, où la technologie la plus avancée ne remplace jamais totalement l’intelligence et la détermination de ceux qui la mettent en œuvre.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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