Au point le plus bas de la cuvette de Long Beach, le sol est descendu de 29 pieds, soit près de 9 mètres, la hauteur d’un immeuble de trois étages. La dépression couvre plus de 20 miles carrés, soit plus de 50 km², environ la moitié de la superficie de Paris intra-muros. Ni séisme ni catastrophe naturelle : seulement du pétrole extrait, pendant des années, sous un port.
Le coupable n’était pas un tremblement de terre, mais un forage.
À retenir
- Le sol de Long Beach s’est enfoncé d’environ 9 mètres à cause de l’extraction de pétrole.
- Le gisement de Wilmington, découvert en 1932, est la source de cet affaissement.
- En 1958, la Californie impose l’injection d’eau pour repressuriser le réservoir.
- L’affaissement est stabilisé en 1966, avec un mouvement vertical nul dès 1968.
Sommaire
Un gisement découvert en 1932, un sol qui cède dès 1940
Le gisement de Wilmington est découvert en 1932 sous Long Beach et le sud de Los Angeles. Il s’impose vite comme l’un des plus grands des États-Unis en production cumulée. À partir de 1940, l’affaissement devient visible, et le mécanisme est connu : en retirant le pétrole et les fluides, on fait chuter la pression dans le réservoir, et les roches sableuses qui le composent se tassent. Le sol, en surface, suit le mouvement.
Le rythme a de quoi surprendre. Selon les services de la Ville de Long Beach, le secteur du chantier naval de Terminal Island avait déjà perdu plus de 4 pieds en 1945, et en 1951 la vitesse d’affaissement dépassait 2 pieds par an. Une étude technique de référence situe même le maximum au centre de la cuvette à 71 centimètres en une seule année, en 1951.
Dans les rues, cela se traduit par des dégâts très concrets. Des digues et des murs de protection ont dû être construits autour de zones du port pour contenir l’eau, car les inondations devenaient un risque permanent. Jusqu’au centre-ville, à environ 5 miles du port, Pine Avenue, alors la grande artère commerciale, se trouvait déjà 2 pieds plus bas en 1950.
Ponts parfois impraticables, égouts qui refoulent, voies ferrées et pipelines déformés : le sol ne s’enfonçait pas de façon uniforme, et tout ce qui était rigide en payait le prix.
1958 : la marine américaine attaque tout le monde
Le chantier naval de Terminal Island était l’un des sites les plus exposés. En 1958, les États-Unis poursuivent en justice tous les producteurs du gisement pour les dégâts subis par cette base navale. La demande de dommages est la plus importante de l’histoire américaine pour un affaissement causé par le pompage de fluides. L’affaire se règle finalement à l’amiable, sans verdict.
La même année, la Californie vote sa propre loi.
Ce texte, connu comme le California Subsidence Act, oblige les producteurs à s’unir et à repressuriser le réservoir par injection d’eau. Le point de blocage était l’éclatement de la propriété du gisement : sur un même réservoir, des centaines d’exploitants (on parle d’environ 400 opérateurs, plus des dizaines de propriétaires fonciers) n’avaient aucun intérêt individuel à injecter de l’eau, alors que l’effet ne se voyait que si tout le monde le faisait en même temps. Pour agir de façon coordonnée, les différents blocs de failles ont été regroupés en quatre unités, dont la Ville et de nombreux propriétaires privés ont lancé la création après le vote de la loi.
Remplacer le pétrole par de l’eau
L’idée est contre-intuitive pour quiconque imagine le sous-sol comme un simple stock. On pompe de l’eau sous pression dans la roche pour combler le vide laissé par le pétrole, ce qui rétablit la pression et empêche le réservoir de se tasser davantage. Les premières injections destinées à maintenir la pression datent de 1953, bien avant l’accord général de 1958.
Des essais, donc, mais pas encore de campagne d’ensemble. Il a fallu la menace d’un procès fédéral géant et une loi d’État pour que l’opération change d’échelle, avec des centaines de millions de gallons d’eau de mer pompés dans le champ pétrolier.
Le résultat a surpris jusqu’aux ingénieurs : en 1966, l’affaissement est stabilisé. L’étude de référence citée plus haut note un taux de mouvement vertical tombé à 0 centimètre par an au centre de la cuvette dès 1968. Plus étonnant encore, l’injection a aussi servi les compagnies. Les ingénieurs de la Ville de Long Beach ont montré dans les années 1950 qu’elle accroissait la récupération de pétrole, ce qui a transformé une contrainte réglementaire en argument économique.
Ce que la remontée n’a pas effacé
Après la stabilisation, le sol a légèrement remonté par endroits, un rebond mesuré en pouces seulement. Une publication technique de l’industrie parle d’un soulèvement de 8 ou 9 pouces, soit une vingtaine de centimètres, à comparer aux 9 mètres perdus.
Le paysage, lui, n’est pas revenu à son état d’origine. Certaines parties de la zone portuaire restent plusieurs pieds en dessous de leur altitude d’avant l’extraction, et des industriels, inquiets, ont quitté le secteur pendant les années d’affaissement.
Le gisement n’a pas pour autant été abandonné, et l’épisode a changé les règles du jeu à Long Beach. Selon la Ville, les pétroliers savaient depuis longtemps que les nappes s’étendaient vers l’est, sous la ville et au large, mais le développement de cette zone n’a démarré qu’en 1965, après un vote des habitants levant l’interdiction de forer. La condition posée par les électeurs : que ce prolongement soit unifié avant l’exploitation et que l’injection d’eau commence immédiatement.
Sources : osti.gov | bracpmo.navy.mil


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